Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Tchad: Foire de N'djAmena : Les participants camerounais déçus

Jean-Claude TALLA (Envoyé spécial N'Djamena)

7 Novembre 2003


Ils ont rencontré beaucoup d'entraves à la bonne marche des affaires.

Annoncée à grand renfort de publicité, la grande foire dite internationale de N'Djamena n'aura été que de la poudre jetée aux yeux des opérateurs économiques : tracasseries douanières, chèreté des stands, organisation approximative, coût d'hébergement excessif, sans compter les difficultés du mois de Ramadan... " toutes les conditions etaient réunies pour que 1e rendez-vous soit un parfait gâchis " fulmine un opérateur économique camerounais, excédé par ce qu'il appelle "l'escroquerie de la chambre de commerce, d'industrie, d'agriculture, des Mines et d'Artisanat (CCIMA) du Tchad ". " Escroquerie " : le mot traduit à peine l'amertume des Camerounais présents à cette foire. A en croire Mamadou Yaouba, la partie tchadienne n'a pas respecté ses engagements. "Malgré l'existence des documents prouvant 1a destination des produits et les exonérations douanières dont nous devons bénéficier, nos produits sont stockés à la Douane pour payement préalable des taxes.

Celles-ci sont estimées entre 100 et 135 % de la valeur réelle de ces marchandises " précise le responsable de la communication et des ventes de Manu Cycle. Selon M. Nyangang Joseph, responsable de Sahel Springs, une Pme basée à Maroua qui fait dans le conditionnement et l'embouteillage de l'eau minérale, rien n'a marché dans " ce rendez-vous international qui a eu toutes les allures d'une foire pour enfants ". Outre les tracasseries douanières, le doigt accusateur est pointé vers la location des stands. Les prix pratiqués sont trop élevés : 300.000 FCFA pour un stand de 3 m2 ; 450.000 FCFA contre celui de 5m2 et près 1,5 million pour un stand de 25m2 supposé équipé de moquette, de table de bureau et de ventilateur. "Malheureusement, entre ce que nous avons réservé et ce que nous découvrons, la différence est grande ", précise-t-il.

Flâneurs

Jamais, 1a foire de N'Djamena n'a convaincu personne depuis le début, reconnaît-t-on ici. Au cinquième jour, plus de 1a moitié des 200 stands étaient encore vides. De leur côté, les hommes de Monsieur Ahmed Christin Matho (Président du comité d'organisation) mettaient encore la dernière main sur les stands et les couloirs de la guérite de contrôle à l'entrée du village de 1a foire. Une entrée où 1a foule a brillé par son absence, à cause sans doute des prix d'entrée pratiqués : 500 FCFA les jours ordinaires et l.000 FCFA les week-ends. "De quoi rendre frileuses les populations compte tenu de leur confort financier, surtout pendant cette période de jeûne de Ramadan " lance un visiteur. La coïncidence de la foire avec cette période de jeûne et l'organisation concomitante du Fest'Africa, le rendez-vous des hommes de lettres d'Afrique et de la diaspora ont ajouté un peu plus de morosité à cette ambiance. Dans la journée, le village de la foire était presque vide. Aux heures chaudes de la journée, seuls étaient perceptibles quelques flâneurs en quête d'ombrage. Il fallait attendre la rupture du jeûne pour assister à une soudaine animation de la foire à l'arrivée de quelques visiteurs.

Au même moment, l'entrée au Fest'Africa était libre à toute personne. C'est justement à cette heure que la plupart des Camerounais devaient replier sur Kousseri pour la nuit. Question de se mettre à l'abri des prix pratiqués dans les auberges au Tchad 18.000 à 30.000 FCFA la nuitée, le plus souvent sans eau et électricité. Voilà qui a renforcé le sentiment de déception.

" Déception ", ce mot revient presque dans toutes les bouches. Et pour mieux expliquer leur ras-le-bol, les opérateurs économiques Taiwanais sont rentrés au quatrième jour de 1a foire ; suivis le lendemain par les Nigérians. Quant aux Camerounais, ils ont solidairement fermé leurs stands le 29 octobre dernier avant d'être ramenés à l'ordre par les responsables de 1a Chambre de Commerce de leur pays. Mais, il faudra attendre la fin de la foire pour résoudre le problème des marchandises stockées à la Douane. Monsieur Tcebechou de 1a Division des Etudes à 1a Chambre de Commerce était conscient des problèmes qui ont surgi dès clôture de la foire.

"S'assurer que tous les Camerounais sont rentrés en possession de leurs marchandises et les inviter à payer les frais de stockage pour éviter toute confrontation avec la Douane ", a-t-il préconisé avec regret. C'est qu'en lançant cette " foire à la tchadienne ", les responsables de la Chambre de Commerce, d'Industrie, d'Agriculture, et d'Artisanat (CCIAMA) ont voulu faire d'un coup d'essai, un coup de maître, à l'instar de celle organisée il y a trois ans par 1a Mairie lors du centenaire de 1a ville de N'djamena. "Cette foire, bien qu'organisée par des amateurs, n'a pas posé de gros problèmes comme celle-ci " soutient M. Tchebetchou, qui reconnaît que 1a douane est à l'origine de beaucoup de maux. Que d'espoirs déçus pour les opérateurs économiques camerounais, qui entendraient, à travers ce rendez-vous d'affaires, resserrer les liens d'amitié et de coopération entre le Cameroun et le Tchad d'une part et aller à la rencontre des autres promoteurs pour d'éventuels contrats d'autre part.

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