Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Briqueterie : le fléau de l'Insécurité

Modeste Mefenza (stagiaire)

6 Novembre 2003


Malgré le calme apparent de ses rues, ce quartier inquiète.

Briqueterie, Yaoundé, un après-midi de ramadan. Trois gamins d'une dizaine d'années ramassent dans l'indifférence totale des passants et d'un policier en faction des graines fermentées de maïs qui serviront à la fabrication du "bilibili ".

Un liqueur illicite à très forte dose d'alcool, très prisée de certaines populations ressortissant de l'Est et du grand Nord, mais dont les conditions de production ne respectent pas toujours les normes hygiéniques. Un fait qui, ailleurs pourrait paraître banale, mais qui, dans le contexte de ce quartier qui fait le plus souvent parler de lui pour ses faits divers et son insécurité légendaire, est symptomatique de l'état dans lequel se trouve ce quartier qui fut en son temps, le lieu de résidence des employés de l'administration coloniale et la fabrique de briques qui fit sa réputation.

Aujourd'hui, il ne reste plus rien de tout cela. Le quartier s'est transformé. La démographie galopante a entraîné son cortège de difficultés. Le nombre d'habitants atteindrait aujourd'hui les 27 000 habitants sur une superficie de seulement 122 hectares. " En réalité, la Briqueterie est divisée en deux principales zones. La zone nord en amont avec sa dizaine de mosquées, plus calme, et la zone en aval partant du carrefour soya à l'ancienne route briqueterie plus dangereuse à cause des activités commerciales " explique Me Ali, syndicaliste qui y réside depuis son enfance.

En fait, ce quartier jadis occupé uniquement par les Mvog Nsam Mba, abrite depuis des populations venues de l'Ouest, du grand nord, des autres régions du pays, mais également des populations venues du Nigeria, du Niger, du Mali, du Tchad, de République Centrafricaine et du Congo qui y ont trouvé asile. Un véritable "États-Unis " d'Afrique selon l'un de ses habitants. Un cosmopolitisme que le secrétaire général de la chefferie du groupement d'Ekoundou Briqueterie, Djibril Ahmadou ne voit pas comme un facteur d'insécurité. " Nos frères des pays voisins ont un sens civique plus élevé que les nôtres et se retrouve à 80% dans tous les petits métiers du quartier. " Il voit une main étrangère derrière le phénomène de l'insécurité "Ceux qui commettent ces délits viennent généralement d'autres quartiers". Il trouve que le problème est un peu dramatisé. Un point de vue qui n'est pas partagé par tout le monde. M. Salif vendeur de tissu d'origine nigérienne installé dans le quartier depuis plus d'un an estime que le quartier est " la caverne des bandits". "Il y a des coins ici où il n'est pas bon de s'y trouver la nuit tombé. J'ai, à plusieurs reprises, assisté impuissant au cambriolage des clients et surtout des femmes, Cela se ressent dans notre chiffre d'affaires. Car depuis février les affaires vont vraiment mal". Une situation anormale pour beaucoup.

Le quartier est quadrillé par quatres postes de police et de gendarmerie. Djibril Ahmadou tout en déplorant le manque de collaboration des agents de sécurité qui exigent toujours d'être motivé avant d'intervenir, estime donc que les patrouilles de polices devraient être multipliées par trois. La promiscuité qui a ici fait son nid depuis longtemps rappelle certains coins de Soweto en Afrique du Sud. Passés les principales artères bitumés du quartier, on tombe sur des ruelles étroites jonchées de déchets de toutes sortes, et où le ruisselement des eaux ménagères finissent de décourager le plus ténéraire des visiteurs. Des familles entières, souvent polygames entassées dans des maisons de deux à trois pièces aux murs maculés de graffitis. Le quartier est sale malgré la journée de propreté instaurée chaque jeudi matin. Presque tous les canaux d'irrigation sont remplis d'ordures. Les responsables du quartier proposent aujourd'hui d'instaurer un comité de surveillance chargé du contrôle en matière d'hygiène et de salubrité et instituer des amandes pour les fautifs. Une Ong, "Sarkan-zumunci", s'est depuis peu proposée d'assurer le ramassage des déchets ménagers auprès des familles dans ce quartier qui ne dispose que de cinq bacs à ordures. Bien plus, elle se propose de se lancer dans la récupérations des certains déchets réutilisables, et ainsi créer un peu d'emploi dans un quartier où plus de 80 % des jeunes sont au chomâge.

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