Eugène Dipanda
5 Novembre 2003
Un ancien exilé politique propose une solution originale pour vaincre la pauvreté du continent noir.
Question à cent sous : combien d'enfants devrait faire un couple africain normalement constitué ? Par ces temps de récession économique, nombreux sont certainement ceux qui préfèreraient jouer la carte du réalisme ; c'est à dire en faire selon que leurs moyens financiers leur permettraient de combler leurs progénitures d'un minimum de bonheur. Même s'il ne détient pas le record en nombre de rejetons, Albert Samba Ngwana (cinq enfants) ne partage malheureusement pas cet avis. Ancien Directeur général de Cameroon Bank, créateur, en 1983, du tout premier parti d'opposition camerounais, le Cameroon democratic party (Cdp) ; cet ancien exilé politique (1985-1991) vient en effet de publier, aux éditions African development corporation, un livre intitulé " Population and development ". Auteur de deux autres oeuvres sur la vie politique et la démocratie au Cameroun, sa dernière trouvaille est dédiée à sa maman qui a mis six enfants ( !) au monde.
L'ouvrage qui compte 170 pages écrites en langue anglaise sera officiellement présenté au public au cours de la cérémonie de dédicace annoncée pour le 8 novembre prochain à Douala
Dans le fond, le nouveau livre de Albert Samba Ngwana est un véritable cours sur l'essor du monde et la vie des êtres humains qui y vivent. Une espèce de melting-pot, qui va des notions basiques d'économie générale à l'ère de l'industrialisation ; en passant par le boom démographique, la récession économique et les différents procédés mis en place pour limiter les naissances. Pour l'auteur, l'évidence crève les yeux : l'Afrique est pauvre et endettée parce qu'elle est cruellement sous-peuplée. Pour y remédier, une seule solution : encourager la natalité par une politique de prise en charge des nouveaux-nés et, pourquoi pas, imposer une taxe à tous les hommes de plus de 25 ans qui ne seraient pas mariés et pères d'enfant(s) !
Une position pour le moins curieuse, pour qui connaît le niveau de vie et les politiques mises en place par les gouvernants Africains, qui tranche net avec la théorie de Malthus qui, au contraire, était pour une limitation de naissances dans les foyers européens pour, expliquait-on, éviter que l'offre alimentaire disponible ne s'avère insuffisante face à la forte demande. Page après page, les méthodes de contraception usuelles sont vigoureusement critiquées par Albert Samba Ngwana; tout comme la face cachée de " l'aide au développement des pays du Sud " est dévoilée ; et les effets néfastes de la sous-population, qui y sont mis en exergue à travers des tableaux et autres diagrammes comparatifs traitant, entre autres, de la densité des populations à chaque kilomètre, et des revenus moyens par habitant. Un authentique contraste entre l'Europe et Afrique !
Capotes anglaises
Plusieurs décennies plus tard, la politique Malthusienne de la démographie a cependant montré ses limites. Aujourd'hui, la population européenne est vieillissante ; et les dirigeants tentent de faire appliquer la politique contraire : le baby-boom, pour consommer les richesses qui n'ont, elles, jamais cessé de s'amonceler. Afin de maintenir leur suprématie sur le reste du monde, pense Albert Samba Ngwana, ces mêmes Européens essayent d'imposer leurs vieilles pratiques aux Africains. Sous le prétexte " fallacieux " d'une protection contre le virus du Sida, écrit-il, les préservatifs ont inondé toutes les rues. Or, semble t-il convaincu, ce bout de caoutchouc inventé pour empêcher que l'ovule féminin ne soit fécondé par le spermatozoïde, ne protège pas véritablement contre l'infection du Vih/Sida. Pour convaincre d'ailleurs ses lecteurs, l'auteur propose (page 84) des croquis du spermatozoïde humain et de plusieurs virus sexuellement transmissibles. Le premier, à échelle identique, est plusieurs centaines de fois plus costaud que les autres. La preuve, s'il en est, qu'un " filet " confectionné pour la pêche au saumon ne peut efficacement servir pour la pêche à la sardine
Et la protection contre le Sida dans tout ça ? Simplement, Albert Samba Ngwana opte pour l'abstinence et la fidélité. " Les jeunes ne doivent pas être pressés d'avoir des relations sexuelles. Ils ont tout le temps pour cela après leur mariage, où ils ont la latitude de faire autant d'enfants que leur anatomie le permet ", soutient-il. Quant aux moyens nécessaires pour leur bien-être, l'auteur ne se montre pas moins optimiste : " Les Etats ont le devoir d'appliquer des politiques sociales adéquates. Dans le cas contraire, lorsque les pauvres n'auront plus rien à se mettre sous la dent, un soulèvement populaire ne serait pas évitable. On ne peut pas faire des omelettes sans casser les oeufs ".
En clair, Albert Samba Ngwana agit comme un " libérateur " ; c'est à dire celui qui vient sortir les Africains de la léthargie et de l'obscurantisme dans lequel veulent les maintenir les pays du Nord. Une " conspiration " qui vise à faire de l'Afrique un continent en perpétuelle dépendance, malgré son potentiel humain, agricole et scientifiques qui a longtemps fait ses preuves. Un hymne à la révolution en somme, qui passe par un gonflement stratégique des troupes ; une natalité à outrance qui devrait inéluctablement déboucher sur le développement de cette portion terrestre qui, depuis des millénaires, a été à la fois exploitée et sacrifiée.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.