Thierry Ngogang
6 Novembre 2003
C'est désormais devenu un rituel : le 06 novembre de chaque année, comme si cela était la dernière fois, les cadres et militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) se réunissent, afin de célébrer l'arrivée au pouvoir de leur champion, Paul Biya.
Cette année n'a pas dérogé à la coutume. Dans une note de 26 pages portant création de la commission d'organisation du 3e grand festival du 21è anniversaire du renouveau national, Joseph Charles Doumba, secrétaire général du Comité central, vient de fixer le cadre général de l'ode des militants du parti à celui qu'il dénomme lui-même le "Président national-fondateur".
Comme on peut s'y attendre, en la gloire du chef de l'Etat, c'est tout le pays qui s'arrêtera de fonctionner aujourd'hui. A l'instar des "incontournables" personnalités ressources, appelées à se déverser dans leurs localités respectives pour célébrer l'anniversaire avec les militants de base, la note de Joseph Charles Doumba a recensé et mobilisé pratiquement tout ce que le Cameroun compte en termes de personnalités influentes. Ces dernières sont reparties en près de 80 sous-commissions et cellules. Certaines de ces sous-commissions, dirigées par des hauts dignitaires de la République, ont une dénomination curieuse, à défaut d'être tout simplement ridicule.
Il s'agit par exemple de la sous-commission des tissus, que préside le ministre chargé de mission à la présidence de la république, Philippe Mbarga Mboa. Selon les consignes du secrétaire général, les membres de cette "importante" sous-commission sont chargés du " recensement des différents tissu du parti, de leur acquisition, de leur distribution dans les sections et de la conception de leur mise en valeur pour l'anniversaire". Dirigés par les ministres de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, et celui de l'Enseignement supérieur, Maurice Tchuente, la sous-commission des Interventions et actions diverses est chargée "d'apporter toutes contributions utiles à la réussite de la participation du parti à la gestion de l'anniversaire".
Dans le même style burlesque, on peut aussi citer d'autres, telles celles de la Biodiversité (présidée par le ministre de l'Environnement et forêts, Clarckson Tanyi Mbianyior, des Nouvelles générations (du député Calvin Foinding), des Nouvelles recrues (du Dg de la caisse d'épargne postale, Francis Laibe Wapi), du Jeu (du recteur de l'université de Yaoundé I, Jean Tabi Manga), de la Nouvelle économie (le conseiller diplomatique à la présidence de la République Réné Sadi), des Marches de soutien (des anciens ministres Rose Zang Nguele et Charles Etoundi), de l'Artisanat (Ambroise Ondoa Onana), des Premières personnalités ressources (le ministre de la Communication, Jacques Fame Ndongo), des Grands promoteurs (les hommes d'affaires Mohamadou Abbo et Victor Fotso), de la Frontière (Bend Bernard Claude), de l'Animation radio (Lucien Wantou Siantou) ou encore de la Modernisation (Phillipe Mbarga Mboa).
En parlant justement de modernisation, face au mutisme du président national, les modernistes et les conservateurs, deux tendances qui se déchirent officiellement au sein du parti au pouvoir, semblent avoir décidé de "signer" momentanément la trêve. L'illustration la plus parfaite s'est déroulée lors d'une réunion préparatoire qui s'est déroulée mardi dernier au Palais des congrès de Yaoundé. Ce jour là, c'est en tant que président de la sous-commission Entreprise que Christian Penda Ekoka, l'un des chantres du courant des modernistes, s'est exprimé devant ses camarades du parti.
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