Eugène Dipanda
6 Novembre 2003
En 2001, son premier opus, " Ella ", avait déjà permis de déceler la graine de star qui se cachait en ce jeune Camerounais.
Deux ans après, Alain Manga et le groupe Homonyme refont parler d'eux. Depuis quelques semaines en effet, les cinq virtuoses du rythme hip-hop ont commis une croustillante galette sur le marché discographique. Intitulé " Dis-moi ", l'album est un cocktail de sons fortement bouillants, un étonnant mélange de cadences locales et américaines. Des thèmes passablement profonds, abordés d'un bout à l'autre des huit titres, forment le " miroir de la condition humaine en particulier et de la jeunesse en général ", explique t-on. Mais de manière globale, " Dis-moi ", comme la plupart des airs hip-hop, projette un éventail de problèmes sociaux sur écran géant. L'amour y est chanté avec un zeste de mélancolie. La misère, l'injustice et les souffrances, elles, y restent vigoureusement décriées. Le courage, l'optimisme et la foi en sont les armes fatales : la seule issue plausible pour une jeunesse africaine à la fois solitaire et " sacrifiée ".
Enregistré dans les studios camerounais et français de renom, le nouvel album d'Alain Manga, dans le fond et dans la forme, a donc quelque chose de bon. Du point de vue technique et musical, les arrangements et la programmation ont été bien menés. Les percussions, parfaitement perceptibles, sont également omniprésentes. Au-delà du titre phare de l'album, une " histoire d'amour, de fête et d'espoir pour la vie ", qui fait déjà danser les noceurs dans les dancings, l'exceptionnel débit oratoire de Duc-Z, Dj B-End, Ml Stide et Francky Pi, tous du groupe Homonyme, vient revaloriser le timbre vocal, plutôt voluptueux, d'un Alain Manga manifestement plus mature. Un impressionnant featuring, en somme, que l'on apprécie pleinement dans " Eméya mba " (accepte-moi). La chanson relate les " souffrances et [les] tribulations d'un orphelin envers lequel la vie a été injuste ". Dans " Bulu tè " (chaque nuit), le mouvement hip-hop semble d'ailleurs marquer un petit temps de recul, pour octroyer davantage d'espace à des " notes sulfureuses et mélancoliques " ; une histoire d'amour à la Roméo et Juliette en effet, où l'être passionné a tout l'air de perdre ses repères face au rejet dont il est l'objet de la part de l'être adoré.
Dans leur nouvel album, Alain Manga et le groupe Homonyme n'ont pas oublié de rendre, en plus, un hommage mérité à la femme. Deux titres, d'une qualité moyenne, lui sont entièrement consacrés. D'abord " Muto " (la femme), un hymne-fusion psalmodié en diverses langues nationales Camerounaises, où les auteurs prescrivent plus d'amour et de respect vis-à-vis de la mère de l'humanité. " Mulema " (le coeur), ensuite, est une espèce d'appel à la révolte, pour toutes les femmes quotidiennement trompées par leurs époux. " La patience féminine a des limites, surtout lorsqu'elle est mise à rude épreuve. Gare aux hommes qui négligent ou maltraitent leurs femmes en leur faisant voir des vertes et des pas mûres ", prévient l'artiste. Un " avocat défenseur des femmes " ? Pas pour autant, puisque, par souci d'équité, Alain Manga tente d'inverser les rôles de souffre-douleur dans " Kodikili " (la pitié), la fourberie et le machiavélisme sont conjugués au féminin ! " Elle a reçu, pendant plusieurs années, tout ce qu'une femme est en droit d'attendre d'un mec : prise en charge totale (éducation, santé, protection financière ), amour etc. Un beau matin, il a perdu la raison, ruiné psychologiquement et financièrement, parce qu'elle est partie, sans remords, pour un parti beaucoup plus exquis ". La profondeur du texte, simplement, incite à l'écoute
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