Le Phare (Kinshasa)

Gabon: Relations pouvoir-presse : le président Bongo promet le déballage au sommet de la Francophonie

Kimpozo Mayala

7 Novembre 2003


Libreville — C'est un président Bongo très préoccupé par l'assassinat, le mois dernier à Abidjan, de «son ami personnel», le journaliste français Jean Hélène, qui a reçu le 06 novembre dernier en sa résidence, près de 150 délégués venus prendre part aux 35è assises de l'UIJPLF (Union internationale des journalistes de la presse de la langue française).

Le chef de l'Etat gabonais a promis de se plaindre publiquement lors du 10è sommet de la Francophonie devant se tenir en octobre 2004, et non pas en novembre 2005, de la haine que nourrissent plusieurs de ses collègues Chefs d'Etat et des décideurs politiques africains à l'endroit de la presse. Cet homme d'Etat connu pour son franc parler est d'avis qu'un décideur qui n'a rien à se reprocher ne peut avoir des problèmes avec la presse. Et de s'interroger:«Y a-t-il en Afrique un chef d'Etat qui a autant souffert d'attaques de la presse que moi?». Rappelant au passage les affaires ELF; sa prétendue séropositivité; les ragots sur son épouse et, tout récemment, sa mort, Bongo a estimé que la meilleure façon de se venger, c'est de pardonner. D'où son ferme engagement de donner de la voix sur l'état d'esprit qui prévaut dans le cercle des chefs d'Etat pour obtenir la résolution relative à la dépénalisation du délit de presse. Que cela plaise à ses pairs ou pas, il a juré de leur parler franchement pour qu'il n'y ait plus de peines d'emprisonnement pour des cas de diffamation par voie de presse.

Le Gabon, a-t-il indiqué, a déjà montré la voie en laissant la latitude à la profession de régler les questions d'éthique et de déontologie à travers le conseil national de presse. Bongo pense qu'il est impossible de construire la démocratie, l'Etat de droit, en continuant à tuer des journalistes, à les envoyer en prison, à aliéner leur liberté de pensée et d'action. Il est de ceux qui militent pour l'émergence d'une presse francophone performante et responsable dans le reste du monde. Versant dans les confidences, il a révélé avoir été menacé par certains collègues chefs d'Etat pour avoir parrainé la création d'Africa n°1 au motif que ceux-ci craignaient d'y être régulièrement diabolisés.»Si tout le monde avait la même taille, renchérit-il, que serait le monde?». Et d'ajouter, soyons heureux d'accepter les journalistes tels qu'ils sont. Aux journalistes, Bongo a recommandé d'accepter les risques, de s'assumer pour préserver leur indépendance d'esprit, dans le respect de vie privée des gens.«Parfois la presse révèle des choses vraies que même les services de renseignement ignorent».

Très inquiet pour l'avenir du français et de la Francophonie face à la montée de l'anglais dans les forums internationaux où des chefs d'Etat et des ministres francophones s'expriment dans la langue de Shakeasper, Bongo a invité les usagers de la langue française à se ressaisir. Omar Bongo a encouragé les journalistes à remplir leur devoir quoi qu'il leur en coûte. Une société qui se veut réellement démocratique et civilisée doit, insiste-il garantir l'indépendance de deux acteurs: le magistrat et le journaliste.

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