Malick Rokhy Bâ
7 Novembre 2003
Dans l'énumération des faits se rapportant à la violence, chaque camp politique rappelle des évènements susceptibles d'accabler son adversaire.
Le Cadre permanent de concertation (Cpc) de l'opposition et la majorité ou leurs épigones respectifs sous forme de " viviers de cadres " ou des "organisations de jeunes " mettent chacun un soin particulier à ne prendre en compte que les évènements survenus pendant le règne de l'autre. Ainsi, il est de bon ton d'accabler le Parti socialiste (Ps) ou ses rejetons doctrinal et politique comme l'Alliance des Forces de Progrès (Afp) et l'Union pour le Renouveau Démocratique (Urd) pour des faits qui se sont passés de 1960 à 2000.
L'attitude inverse consistant à ne se focaliser que sur la séquence temporelle écoulée de février-mars 2000 à aujourd'hui est adoptée par les opposants au pouvoir actuel.
La démarche est ainsi basée sur une mémoire volontairement sélective. La posture polémique dans laquelle elle s'inscrit est non seulement empreinte d'idéologie mais cherche à gommer les enseignements qu'on peut tirer de l'histoire du Sénégal qui dans tous les cas restera toujours une totalité. Quel mal y a t-il à reconnaître des fautes qu'on a commises par le passé ou même reconnaître sa responsabilité dans le cours de certains évènements. La difficulté et dans certains l'impossibilité à voir émerger cet esprit de dépassement limite sensiblement la portée du discours . Elle fausse le jeu et rive le débat à des considérations où les attaques mutuelles sans consistance et les accusations réciproques l'emportent sur l'analyse froide des évènements à la lumière desquels un saut qualitatif peut-être fait dans la gestion d'une cité extirpée des démons ou des germes de violence.
L'intérêt n'est pas de poser le débat en termes chronologiques ou quantitatifs mais de se focaliser plutôt sur les principes qui transcendent les appareils politiques et les hommes qui les animent.
La ruée vers les marabouts constitue une autre question par laquelle la classe politique sénégalaise étale son inconstance dans ses positions. Les marabouts dont l'intervention sur le champ politique est perçue comme un obstacle, sont chaque fois sollicités par les acteurs politiques pour satisfaire un dessein quelconque. Il y a ainsi une sorte de duplicité à déclarer vouloir bannir l'espace politique de tout " ndigel " (consigne de vote) et en même temps se prosterner pour la moindre cause devant ces mêmes marabouts pour bénéficier d'un appui.
Car, si les hommes politiques arrivent à bride abattue devant les cours des guides religieux, c'est qu'ils leur reconnaissent un pouvoir d'intermédiation auprès des masses, pouvoir qu'ils comptent par conséquent mettre à profit pour l'élaboration et la mise en oeuvre de leurs projets politiques s'il en existe.
Et demain, en période électorale, au vu de la perche qui leur est tendue, des marabouts, quel que soit leur idéal, se sentiront animés par un devoir presque divin d'intervenir dans la politique.
Ce double langage qu'adopte la classe politique sur la question des marabouts et le rôle qui leur est imparti dans la gestion d'une république laïque demeure un obstacle dans la voie menant vers une société où certaines influences captives sur le vote des citoyens ne laisseront pas de conséquences fâcheuses .
Le recours aux ambassades constitue un autre niveau par lequel peut se lire cette inconstance dans les positions de principe décliné. Il apparaît sous une forme de violence pernicieuse. Sous Abdou Diouf et dans la logique de son régime, l'appréciation du rôle et de la place de l'extérieur dans notre vie politique ont conduit l'opposition d'alors à faire le déplacement sur les bords de la Seine, devant le palais Bourbon pour une campagne contre le pouvoir socialiste. La lutte politique a ainsi débordé les frontières nationales. La reproduction de cette attitude, dans une version " soft " a consisté à présenter récemment devant des ambassades accréditées à Dakar une manière de voir la violence, de la part aussi bien de l'opposition que de la majorité . Elle s'inscrit en droite ligne d'une tradition politique sénégalaise souvent encline à prolonger le débat politique hors des frontières nationales, de la France singulièrement. Et on se demande si réellement , les contradictions en cours au Sénégal ont atteint un niveau où la nécessité d'impliquer l'extérieur dans le débat se pose.
Certes, dans un monde d'inter-dépendance , il n'y a aucune gêne à joindre sa voix au concert mondial mais la rigueur devrait dans ce cas pousser à s'abstenir de tenir le moindre discours sur l'ingérence. L'intervention d'une force extérieure dans la crise que connaît un pays retarde toujours le processus de résolution des conflits qui, à travers leur dynamique et leurs ressorts internes ont plus de chance de connaître une fin à travers un destin national pensé d'abord par les acteurs nationaux en crise.
Au surplus, majorité, opposition, voire la quasi-totalité des composantes politiques sénégalaises aurait négativement réagi à une éventuelle immixtion d'une force étrangère dans la vie politique nationale.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.