Karima Mokrani
8 Novembre 2003
La Fédération nationale des travailleurs de l'éducation (FNTE) monte au créneau et appelle à une grève graduelle de quatre jours du 16 au 19 novembre prochain.
La situation de pourrissement que connaît le secteur de l'éducation ne fait qu'empirer. La grève nationale des lycées se poursuit à l'appel des deux organisations autonomes CLA et CNAPEST et une autre est prévue du 16 au 19 novembre prochain, dans les trois paliers de l'enseignement, à l'appel de la Fédération nationale des travailleurs de l'éducation (FNTE) affiliée à la centrale syndicale UGTA. Cette grève pourrait être reconduite le 1er décembre prochain pour quatre autres jours si les revendications de la FNTE n'étaient pas satisfaites. L'appel au suivi du mouvement, soulignent ses initiateurs, est adressé à tous les travailleurs de l'éducation et non pas seulement aux enseignants. C'est à l'issue d'une réunion ayant regroupé, mercredi dernier à Zéralda, les cadres syndicaux de la FNTE, représentant les 48 wilayas du pays, que la décision de recourir au débrayage a été adoptée. Les enseignants des deux organisations autonomes, non reconnues par les pouvoirs publics, CLA et CNAPEST, accusent la FNTE de vouloir casser leur mouvement de protestation au moment où ils sont arrivés au point de non-retour dans leur lutte pour la satisfaction des revendications socioprofessionnelles des enseignants du secondaire.
Ils estiment que la FNTE manoeuvre pour récupérer sa base (nombre de militants ont rompu leurs liens avec la FNTE et ont rejoint l'une des deux organisations autonomes) et justifier sa représentativité lors des négociations qui devraient avoir lieu prochainement dans le but de trouver une issue au conflit. Rappelons, à ce propos, que le premier responsable du secteur de l'éducation, M. Boubekeur Benbouzid, persiste dans son refus de reconnaître les deux organisations et les qualifie d'illégales. Il se dit, en revanche, ouvert au dialogue avec toutes les organisations agréées par le ministère du Travail. Le CLA et le CNAPEST se démarquent, dès maintenant, des résultats des négociations qui pourraient avoir lieu entre les deux parties (ministère de l'Education et les organisations syndicales agréées) et ce, même si elles débouchent sur une augmentation salariale : «La lutte doit payer. Le ministre est obligé de négocier avec nous et nous reconnaître en tant qu'entité», insiste le porte-parole du CLA, M. Osmane Radouane. Le porte-parole du CNAPEST, M. Meriane Meziane, affirme, de son côté : «Pas de négociations sans agrément.» Benbouzid pousse au pourrissement et l'école devient l'otage des guerres de positions.
En ce qui concerne la grève de la FNTE, il est à préciser que ses revendications tournent autour d'une augmentation conséquente des salaires, la promulgation urgente du statut général de la fonction publique et celui particulier du travailleur de l'éducation, la promulgation de la circulaire d'application de la loi concernant la reconnaissance de la dysphonie comme étant maladie professionnelle, le gel de la circulaire 1273 concernant la gestion et la reconversion des postes budgétaires. A propos de ce point, il est à préciser que lorsqu'un travailleur décède, part en retraite ou est promu, son poste reste vacant jusqu'à l'année d'après. A cause de cette circulaire, 7 000 postes budgétaires sont gelés, au niveau national, depuis le 31 décembre 2002. L'application de cette circulaire empêche aussi la reconversion des 9 000 postes budgétaires arrachés, l'année dernière, après la grève de trois jours déclenchée par la FNTE. La plate-forme de revendications de la FNTE contient aussi l'amendement de la circulaire 1423 régissant le recrutement des contractuels. Cette circulaire exclut les personnels administratifs et de service de toute dérogation.
Les initiateurs du mouvement revendiquent enfin l'application de la convention portant sur la construction de 5 000 logements participatifs par an au profit des travailleurs de l'éducation. Le chargé des conflits sociaux au sein de la FNTE, M. Abdelwahab Khoulalene, note que cette grève n'a absolument rien à voir avec celle observée dans les lycées à l'initiative du CNAPEST et du CLA : «Notre grève est programmée depuis l'année précédente. Nous avons tu nos revendications à cause du séisme qui a frappé Alger et Boumerdès. Nous avons jugé indécent de revendiquer une augmentation de salaire au moment où des frères et des soeurs meurent et d'autres se retrouvent sans toit», note le porte-parole de la FNTE. Cela dit, précise M. Khoulalene, «notre base n'a jamais cessé d'appeler à la protestation». Le report du mouvement a été dicté, par la suite, par la tenue de la bipartite et de la tripartite. Après avoir analysé les incidences de l'augmentation du SNMG sur l'avenir des travailleurs de l'éducation, «nous avons constaté que cette augmentation ne profitera qu'aux basses catégories, alors que les enseignants et autres travailleurs ne bénéficieront que du rabattement de l'IRG». C'est à partir de ce constat, termine M. Khoulalene, que «la base nous a interpellé pour le recours à une action générale de protestation».
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