Coulibaly Brahima
8 Novembre 2003
«Un événement majeur survint en septembre. La rébellion armée et les autorités au pouvoir s'engagèrent dans des pourparlers interminables mais qui, au fil du temps, étaient réellement prometteurs. Après un long marasme, tout s'enchaîna très vite.
On allait peut-être vers le calme, quoiqu'une branche de la rébellion (une minorité) non satisfaite des négociations, refusait de déposer les armes et proclamait la continuité de son action. En décembre, on annonçait, enfin, le démantèlement des camps et le retour des réfugiés chez eux. On promit une aide physique et matérielle à l'armée nationale. Des organismes d'aide se déclarèrent favorables et prêts à intervenir auprès des déplacés. «Déplacés» était le nouveau terme conventionnel pour désigner les anciens réfugiés (...)» C'est le décor de la violence, la détresse qui parfume cet ouvrage de Grâce Emmanuelle, «Maudit soit le jour...». Bien que paru avant le 19 septembre 2002, date du déclenchement de la crise politico-militaire, cet ouvrage sent la Côte d'Ivoire. Un pays qui vit au rythme d'une rébellion comme le pays imaginaire dans lequel Grâce Emmanuelle Peh plonge ses lecteurs. A demi-mots avec une plume tributairement glacée par la chaleur maternelle, cette galette littéraire évoque le sort réservé aux enfants pendant la guerre. Pourquoi à douze ans, Josuah doit - il renoncer à une vie paisible, à ses rêves légitimes d'enfant ? c'est la problématique que traite ce jeune écrivain. En effet, la guerre a disloqué la famille de Josuah.
Cet enfant apprendra à ses dépens dans les camps de réfugiés que l'enfance en Afrique pue la misère. Une autre réalité à laquelle Josuah tente de transcender. Hélas! «A la place des nouvelles annonçant la fin de tout, on apprenait la formation de milices supplémentaires. Les informations les plus contradictoires se rapportaient dans les conversations. On préférait bien sûr celles qui étaient favorables. Tout le monde en avait assez de cette guerre dont on ne savait déjà plus la cause. Le pays était divisé à présent en deux (...)», Page 50. «Maudit soit le jour...» n'a peut-être pas la dimension de «Allah n'est pas obligé» de Ahmadou Kourouma dans lequel il est question des enfants soldats au Libéria et en Sierra Leone. Mais, a le mérite d'évoquer la douloureuse enfance en situation de guerre et la problématique des réfugiés. Une oeuvre qui colle à l'actualité ivoirienne. On est à rappeler cette boutade du célèbre écrivain français voltaire : «Quand je parle de moi, je parle de toi. Ah ! insensé qui croit que je ne suis pas toi». Une oeuvre actuelle que devront lire soigneusement ceux qui prônent aujourd'hui, la reprise de la guerre. Combien sont-ils les Josuah depuis le 19 septembre ? Difficile d'y répondre. Le bilan sera catastrophique à l'heure des comptes.
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