Fayol Dioum TALL,
8 Novembre 2003
Le coeur s'afflige, les larmes coulent mais nous ne disons que c'est ce qui plait à Dieu car de lui nous venons, à lui nous retournons.
C'est avec tristesse et émotion que nous avons appris le mardi 23 avril 2oo3, le décès de notre frère et maître Alioune NDIAYE, Directeur Général du Conseil National pour la Promotion des Caisses d'Epargne et de Crédit au Sénégal (CONACAP). Si l'histoire de la micro finance nous était contée, nous dirons qu'il était une fois au Sénégal, un Monsieur qui s'appelait Alioune NDIAYE que nous avons connu en 1989, lors d'une rencontre organisée par l'USAID pour restituer l'étude de feu Charbel ZAROUR sur le secteur informel au Sénégal. Ce fut la première grande rencontre où furent débattus entre autres, les problèmes d'institutionnalisation du crédit des ONGS. Le Directeur du CONACAP que tu étais trouva pertinents les propos de Fayol Dioum TALL, nous parla des principes de la coopération internationale et décida de maintenir le contact au sortir de cette réunion. C'est ce même jour que Madame Fayol Dioum TALL fit la connaissance de feu Ibrahima CISSE, secrétaire exécutif de Sahel 3000. Depuis ce jour, tu as tenu à nous encadrer, nous inculquer les principes de la coopération internationale lors du séminaire organisé par ton ONG la même année.
Ainsi, nous avons pu rencontrer M Kelly MORIS du WOCCU (Conseil Mondial des Coopératives d'Epargne et de Crédit) et Philippe de Thieulois, Président du Centre International du Crédit Mutuel (CICM) en France. Combien de coopératives rurales d'épargne et de crédit n'ont pas été mises en place par tes soins avant l'avènement de la réglementation sur le secteur de la micro finance ? Combien de groupements de femmes, associations villageoises, cadres de ce pays ont-ils eu à bénéficier de ton expertise en micro finance ? Mais comme tout bon pionnier, développeur, agent du Peace Corp, tu es parti sur la pointe des pieds, à la manière de Montaigne qui disait « adopter une attitude courageuse, sereine, voire indifférente à l'égard de la mort, cet événement inéluctable qui n'épargne personne, je veux que la mort me trouve plantant des choux mais nonchalant d'elle », tu es parti en plantant des structures de micro finance car malgré ta maladie, tu as tenu à quitter ton lit d'hôpital à Paris pour venir honorer un contrat dans le secteur de la micro finance à Dakar. Aussi, est-il important de revenir sur le CONACAP que tu as mis sur les fonts baptismaux en 1970 avec ton ami Pierre NDOYE ainsi que de hautes personnalités de ce pays.
En 1972, la première caisse expérimentale a été créée avec les cheminots de Thiès, la deuxième avec les agents de l'animation rurale, la troisième a été la caisse de solidarité de la SOCOCIM qui a pu prospérer et devenir la Mutuelle d'Epargne et de Crédit des agents de la SOCOCIM. En 1974, des caisses rurales ont été implantées dans les départements de Fatick, du Ndoucoumane et au niveau de la région de Diourbel avec des ONG catholiques comme le Catholique Relief Service (CRS). A l'issue de la rencontre organisée par l'Association des Caisses d'Epargne et de Crédit d'Afrique (ACECA) et qui avait pour objet la préparation du programme d'implantation de mutuelles genres, des groupements féminins ont été ciblés pour la phase test et une correspondance adressée aux partenaires Canadiens. Ainsi une mission d'identification des activités liées au micro crédit séjourna au Sénégal. Après une audience avec le Ministre du Développement social de l'époque, Louga a été choisi comme région test avec dix groupements de femmes, et l'USAID apporta un premier financement de trois millions de F CFA. L'évaluation en 1989-1990 de cette phase test s'est révélée positive et l'idée a été émise de rencontrer les autorités en l'occurrence le Ministre des Finances qui accueillit cette idée avec beaucoup d'enthousiasme.
En visionnaire averti, au cours d'une réunion avec, entre autres, ton ami Pierre Ndoye, réunion à laquelle le Ministère des Finances a été représenté par Madame Fayol Tall DIOUM, agent de la Direction de la Monnaie et du Crédit, tu émis l'idée de mettre en place une Structure Ministérielle de Suivi, chargée de la réglementation des activités de micro finance. N'est-ce pas une prémonition pour la régulation du secteur ? Par la suite, des Comités Régionaux de Développement (CRD) avec les gouverneurs de régions ont permis de pousser la réflexion à un niveau très avancé. Ainsi au sortir de la restructuration bancaire en 1990, fut mis en place le projet ATOBMS (Assistance Technique aux Opérations Bancaires Mutualistes au Sénégal dont l'AT/CPEC prit la relève en 1992) qui avait entre autres objectifs de tracer les contours d'un cadre juridique spécifique à la micro finance. Le CONACAP de par son dynamisme fut coopté au sein du comité de validation mis sur pied pour réaliser cet objectif. Vu les urgences de l'heure, en attendant que cette loi ne soit mise en place, outre Monsieur Julius Coles, Directeur de l'USAID, tu as été le premier à proposer des dispositions transitoires pour ce secteur, idée qui fut entérinée par la tutelle qui prit l'arrêté N° 001702 du 23 février 1993 qui permit d'agréer l'ACEP.
Ce rappel de l'historique du CONACAP est d'autant plus important qu'il n'existait sur le terrain comme opérateurs en micro finance que le CONACAP, le Programme Intégré de Podor (PIP), le New Trapsutary Fondation devenu ACEP, les Caisses Populaires du Centre International du Crédit Mutuel (CICM) et ENDA CHODAK. Doyen, l'Inspecteur de l'animation rurale que tu étais doublé du profil de socio économiste a su être à la fois affable, rigoureux, actif et désintéressé. Ainsi, on sentait toujours ton empreinte au niveau du Comité National de Concertation (CNC) pour la promotion des SFD dont tu étais membre du secrétariat permanent. Tu continuas à cheminer avec nous jusqu'à l'avènement de la loi-cadre UMOA qui fut adoptée au Sénégal sous le N° loi 95-03 du 5 janvier 1995 portant réglementation des Institutions Mutualistes ou Coopératives d'épargne et de Crédit, complétée par le décret N° 97-1106 du 11 novembre 1997, les instructions de la BCEAO du 10 mars 1998 et la convention cadre tant souhaitée par les ONG pour marquer leur différence. Ainsi, le CONACAP a signé une convention cadre avec le Ministre de l'Economie et des Finances le 02 février 1999 pour légaliser ses activités. Alioune, quand faute de moyens, les activités du CNC furent gelées, tu t'impliquas pour la redynamisation de cette structure de concertation. Tu nous as quitté au moment où ce secteur que tu as vu naître connaît de grandes mutations et gère actuellement 653 Structures Financières Décentralisées (SFD) exerçant légalement au Sénégal des activités d'épargne et de crédit. Parmi ces SFD, on dénombre: - 26o Mutuelles d'Epargne et de Crédit agréées; - 384 groupements d'épargne et de crédit reconnus - 9 signataires de la convention cadre. De plus, rien qu'en examinant à la même date, la situation des grands réseaux: -le nombre de sociétaires s'élève à 259 263 membres; -l'épargne globale mobilisée affiche 32 000 000 000 francs CFA; - le volume total des crédits octroyés se chiffre à 30 000 000 francs CFA ; - avec des taux de remboursement dépassant parfois plus de 98 % dans certaines structures. On peut retenir les chiffres suivants au niveau de l'UMOA: - le nombre de bénéficiaires directs des services des SFD est passé de 1 873 240 en 1998 à 2 655 462 en 2000 - les ressources des SFD passent de 123 milliards F CFA en 1998 à plus de 175 Milliards en 2000. Un autre grand événement a été la création de la Direction des Systèmes Financiers Décentralisés (DSFD) au niveau du siège de la BCEAO qui a mis en place un programme d'appui au secteur de la micro finance. On parle également d'Industrie de la microfinance et de rating. Fayol se rappelle ce jour où tu l'informais de ton retour en France pour raison de santé, et ne cessais d'insister sur la « patience, la foi, la persévérance » en référence à cet Hadith: « agis dans ce bas monde avec désintéressement et les hommes t'aimeront, agis envers Dieu avec désintéressement et Dieu t'aimera » pour nous inciter à travailler d'avantage, avoir confiance en Dieu quelles que soient les situations, c'était un vendredi comme d'habitude, car Fayol avait deux conseillers avec qui elle s'entretenait le vendredi; son cher Papa et toi, notre frère, Maître et ami. Elle n'entendra plus ces voix, mais la vie est ainsi faite. Comme le dit le poète « les morts ne sont pas morts », tu resteras toujours parmi nous de même que tes amis que tu as rejoint auprès de Dieu le Tout Puissant, il s'agit de Charbel ZAROUR Consultant, Ibrahima CISSE de SAHEL 3000, Hamat SAMB de la CECAS de Saint Louis, Fallou NIANG du CONGAD et de tant d'autres. Aussi, nous te promettons de continuer à donner le meilleur de nous-même pour que ce secteur que nous avons bâti ensemble, en sillonnant le Sénégal des profondeurs du nord au Sud, de l'Est à l'Ouest et en allant aux sources du savoir aussi bien dans d'autres pays africains qu'en Europe, Asie et au Canada, continue à connaître un essor remarquable en conciliant le dilemme de la lutte contre la pauvreté et la viabilité financière des SFD par une bonne surveillance du secteur, le respect des ratios prudentiels et de la réglementation, une bonne gouvernance, la micro finance étant une grande école de la vie, un ensemble de services financiers et non financiers où il faut concilier beaucoup de facteurs. A ta famille éplorée, tes épouses Charlotte Ajavon Ndiaye et Aminata Mbengue NDIAYE, nous réitérons nos sincères condoléances, à tes enfants, qu'ils sachent que quelque part, ils ont une grande soeur, une tante, un oncle qui pensent à eux, en l'occurrence Fayol Dioum Tall et Djibril DIOP. A tes amis Pierre NDOYE, Ousmane SAMB, Mamadou Faye Dialane, Ibrahima LO, Momar DIOP, à tes collaborateurs du CONACAP et au Président du CONACAP, tous ceux que nous n'aurons pas cités et qui sont les pionniers de la Microfinance, à l'Association des Professionnels du Secteur de la Microfinance (APIMEC) dont tu parlais avec fierté, nous réitérons nos sincères condoléances.
Qui sait ? Peut-être qu'un jour, tu seras décoré à titre posthume dans le cadre d'une journée nationale de la Microfinance. En tout cas tu l'auras bien mérité. Cher grand frère, même si Fayol Dioum Tall n'a pas pu suivre ton cercueil en tant que femme musulmane respectueuse des valeurs de l'Islam, une forte délégation de la Cellule AT/CPEC du Ministère de l'Economie et des Finances avec à sa tête, ton frère Djibril le " Ndiobène " que tu aimais taquiner, t'ont accompagné ce dimanche 04 mai 2003, dans ta dernière demeure à St Louis, ville que tu chérissais tant en bon " Domu Ndar ". Que Dieu le Tout Puissant t'accueille dans son Paradis pour tout ce que tu as fait pour les populations démunies, ces pauvres qui sont les amis de Dieu. Nous t'assurons que chaque vendredi, à l'heure de la prière du " Diouma " nous prions pour toi et pour tous ceux qui t'ont précédé en ayant à l'esprit que nous n'entendrons plus cette voix de stentor qui nous appelait pour nous faire des bénédictions. Tu n'es pas mort Doyen, tu es parti dans cet autre monde qu'on appelle Au-Delà en bon "Gaïndé N'DIAYE ", mission accomplie. Dors en paix Maître. Tes Disciples et Amis.
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