Issa Niang
8 Novembre 2003
L'intensité du phénomène de la dégradation des côtes dakaroises est telle que les travaux de protection que s'apprête à lancer l'Etat avec le concours de la république de Roumanie n'auront qu'un impact local et ponctuel, selon les spécialistes consultés.
Pour sauver Dakar de la dégradation marine, il ne s'agit pas de proposer une solution ponctuelle. Selon les géomorphologues spécialistes du littoral, la campagne de lancement des travaux de protection des côtes initiée par l'Etat du Sénégal avec l'appui de la république de Roumanie, dont son président Ion Ilescu vient d'effectuer une visite officielle à Dakar, n'a qu'un impact local et ponctuel, et ne peut pas régler, de manière définitive, l'intensité du phénomène de la dégradation des côtes. Le site qui abrite la Porte du Millénaire est, selon Mame Demba Thiam, géomorphologue du littoral au Département de géographie de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), la partie la plus érodée de Dakar. "C'est là où l'érosion marine attaque le plus". Et selon M Thiam, "quand un barrage est aménagé ici pour arrêter le phénomène d'érosion marine, l'action de la mer se déporte quelques mètres plus loin". Pour dire que même si la lutte contre l'érosion marine est enclenchée dans cette partie du littoral de Dakar, les côtes voisines de la Porte du Millénaire ne sont pas à l'abri du phénomène de dégradation des côtes. Et le cimetière des abattoirs montre l'acuité et la dimension dévastatrice du phénomène. En sonnant l'alerte rouge sur le littoral, notamment sur le site qui abrite la Porte du Millénaire construite par Pierre Goudiaby Atépa qui est un architecte et non un ingénieur du génie civil, la question qui se pose est de savoir si des études d'impact environnemental ont été effectuées sur le site ? Saviez-vous que sur les 750 m de côtes que compte le Sénégal, Dakar offre des lendemains incertains sur la corniche ? Les pourtours de la corniche, la Pointe de Fann, le Cap Manuel, le blocus du camp Dial Diop et les Mamelles sont tous en sursis. Parce que la corniche, endroit de rêve et d'attraction pour tout visiteur de la capitale sénégalaise, est un site jalonné de constructions irrégulières. Pire, elle est menacée par l'érosion marine, les éboulements et autres effondrements. Le risque est énorme pour une grande partie de la ville de Dakar dont une partie du littoral qui pourrait, un jour, se retrouver dans la mer, puisque la taille de la houle peut atteindre 2 à 4 m suivant la zone. L'érosion pluviale et les effets dynamiques des courants marins sont à la base de ces dégradations.
L'ampleur des dégâts appelle des solutions d'urgence. Il est donc impératif de renforcer et de protéger les pieds de falaises. Selon le Pr Pape Goumba Lô, de l'Institut des sciences de la terre de l'Université Cheikh Anta Diop, s'exprimant dans les colonnes de Sud Quotidien en date du 17 novembre 2002, «la construction dans les zones instables est inacceptable». Dans les mêmes colonnes, le président de l'Ordre des architectes, M. Jean-Charles Tall, estime, quant à lui, que les habitations neuves et les immeubles bâtis sur certains endroits du littoral, sont «construits en violation flagrante des règlements » L'imposant siège de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) et l'ancien palais de Justice sont, selon les spécialistes, construits sur la corniche déstabilisée. Le Pr Goumba Lô recommande que les aménagements sur ces sites soient préalablement soumis à des études d'impact. Selon Mame Demba Thiam, du département de Géographie de l'Ucad, il faut initier un programme global qui permettrait de stabiliser toute la côte dakaroise.
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