Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: La gauche, aujourd'hui, dans le monde

Par : Kadialy GASSAMA

8 Novembre 2003


analyse

D'un point de vue historique comme de l'évolution, les Etats asiatiques en développement, l'Amérique latine ainsi que l'Afrique ont la particularité commune d'être régies par des rapports d'échange marqués du sceau de l'iniquité avec le reste du monde tels qu'attestés aujourd'hui par les règles absolument attentatoires de l'Omc (échec de Cancun).

Le paradigme que leur confère ensemble cette position défavorable dans l'échiquier économique mondial fait que ces Etats partagent le même destin et par conséquent portent les mêmes valeurs : les mêmes causes produisant les mêmes effets. Pourtant, la chute du Mur de Berlin avec la vague de démocratisation qui s'en est suivi n'a pas pour autant empêché la montée fulgurante de la gauche dans nombre de pays appartenant au Tiers-Monde : ce regain de dynamisme de la gauche mondiale n'est-elle pas liée à la précarisation continue des économies tiers-mondistes ?

Il apparaît aujourd'hui nettement que le Brésil, l'Argentine, le Venezuela, le Chili et tout récemment la Colombie viennent de subir un basculement de leurs régimes politiques vers la gauche social-démocrate traduisant une nette rupture idéologique du continent latino-américain d'avec le libéralisme dominant incarné par la toute-puissante Amérique du Nord toute proche.

Naturellement, ce recul du libéralisme est l'aboutissement d'un long processus de transformations sociales internes inhérentes aux défauts de l'économie de marché quant à son mode de fonctionnement et aux déséquilibres qu'elle engendre : c'est ainsi qu'à partir des années 1990, de graves crises économiques profondes et durables ont frappé de plein fouet concomitamment tous les pays d'Amérique latine y compris le Venezuela, grand pays producteur de pétrole. Manifestement, la survivance de crises économiques profondes dans ces grands pays pourtant fortement dotés en facteurs est consubstantielle du mode opératoire de fonctionnement de l'économie libérale même réformatrice en ce que ses principes sont générateurs d'inégalités sociales : le libéralisme ne s'accommode point de l'économie solidaire ou du commerce équitable comme il ne peut devenir un libéralisme à visage humain tel que proclamé tout récemment par le président Abdoulaye Wade.

En effet, la recherche effrénée de l'optimum- optimurum implique indubitablement la paupérisation de la grande masse, ces deux variables étant inversement proportionnelles. Si, dans un tel système, il y a impossibilité de transfert de valeurs permettant la satisfaction interne des revendications sociales, tous les ingrédients sont réunis pour permettre l'accession au pouvoir de partis politiques qui se réclament de valeurs se situant aux antipodes du libéralisme, c'est-à-dire d'essence social-démocrate c'est en fait ce qui s'est passé en Amérique du Sud au point que l'Internationale Socialiste voudrait y rajeunir ses troupes en y incluant ces forces montantes.

La fin de la Guerre froide avait donné l'occasion de réfléchir à un ordre économique globale fondé sur des principes d'efficience et d'équité mais les Etats-Unis ont préféré privilégier leurs intérêts particuliers commerciaux et financiers. En plus de l'Amérique latine, le pays de l'Oncle Sam est aussi regardé d'un mauvais oeil en Asie et dans les pays arabes : en 1997 en pleine crise financière asiatique, les Etats-Unis pour préserver ses intérêts économiques se sont opposés à la constitution d'un fonds monétaire asiatique avec une participation du Japon à hauteur de cent milliards de dollars. Tout récemment la grande invasion sur l'Irak pour des arguments absolument superfétatoires l'isole davantage. Du refus de signer le Traité de Kyoto, de la non-adhésion à l'instauration d'une Cour pénale Internationale, à la ratification du traité sur la propriété intellectuelle qui allait interdire l'accès des pays pauvres au médicaments s'ajoute les énormes déficits et subventions du Trésor américain ainsi qu'une réduction d'impôts pour aider les plus riches plutôt que de développer la solidarité. L'altitude liberticide des Etats-Unis qui consiste à considérer exclusivement leurs intérêts nationaux en marchant sur ceux des autres au mépris de la justice a été à la base à la fois de l'avènement de partis politiques d'obédience gauchiste et de la naissance sur la scène mondiale d'un vaste mouvement citoyen alter-mondialiste antilibérale contre la pauvreté et pour un commerce mondiale équitable. L'enclenchement de la dynamique unitaire du mouvement alter-mondialiste avec les forces politiques montantes de gauche tel qu'impulsé aujourd'hui par le président Lula pour des objectifs d'instauration d'une Onu économique et d'une solidarité Sud-Sud, est le prélude à l'établissement d'un ordre mondial nouveau fondé sur la lutte contre le libéralisme spoliateur. C'est dire que la gauche mondiale trouve un terrain fertile de massification dans un monde perturbé en raison de l'appui des alliés objectifs alter-mondialistes de la société civile d'autant que l'introduction de l'économie de marché dans les nouvelles démocratie d'Europe de l'Est et de l'ancien Bloc soviétique n'a pas permis de réaliser les expansions économiques attendues. Si l'Amérique du Sud et l'Afrique présentent des similitudes dans leurs rapports économiques et culturels d'avec les pays développés du Nord, le vieux continent quant à lui subit davantage les effets dévastateurs des politiques libérales subventionnistes du fait de la faiblesse de son économie où prédomine une agriculture non compétitive,

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Il est impossible d'appliquer la doctrine libérale dans les pays pauvres dominés économiquement en ce que le libéralisme y engendre le développement du sous développement et l'exclusion des masses paysannes majoritaires, de même que son fondement idéologique se trouve à l'antipode de la culture négro-africaine dont les principes reposent sur la vie communautariste. Il devient dès lors anachronique d'évoquer une quelconque voix africaine du libéralisme à l'opposé de la voix africaine du socialisme comme le préconise le président Abdoulaye Wade qui n'est en fait qu'une tentative politicienne d'utilisation d'un parallélisme des formes. Il va s'en dire que la théorisation du Nouveau partenariat Nord-Sud (Nepad) d'inspiration libérale, qui exclut la société civile paysanne africaine, relève de l'utopie.

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