Aline Groeme
8 Novembre 2003
Port Louis — C'est l'histoire d'une libération. Celle d'une voix qui a pris son envol. De Maurice à Toulouse avant d'intégrer «une autre dimension», celle de l'Opéra Bastille à Paris.
Depuis le 15 septembre, la soprano mauricienne Natacha Finette-Constantin est l'une des trois voix - les deux autres sont masculines - recrutées sur concours par le centre de formation lyrique du célèbre Opéra Bastille. Ce haut lieu de l'art traditionnel fonctionne de concert avec le prestigieux Palais Garnier. Jointe au téléphone à son domicile parisien, c'est avec vivacité que la jeune femme de 23 ans nous a dépeint sa nouvelle réalité.
«C'est fantastique. Vous imaginez, le rêve inaccessible, les images que je voyais à la télé qui se matérialisent d'un coup.» La voix émue, Natacha Finette découvre «les perruques faites sur mesure avec de vrais cheveux, les coulisses qui font neuf fois la taille de la scène.» Avant d'en arriver là, la soprano a envoyé - comme deux mille autres concurrents - son dossier d'inscription. Cinq cents candidats sont retenus pour une première audition. Un nombre ramené à quinze avant que le choix ne se fixe sur trois lauréats.
«Je suis désormais une salariée de l'Opéra Bastille pour dix mois renouvelables. Les cours individuels et collectifs sont tout simplement géniaux. J'ai appris une discipline et une méthode de travail qui n'a rien de comparable avec tout ce que j'ai pu connaître auparavant. A Toulouse, on mettait un an pour apprendre un rôle. A Paris, en quinze jours, il faut avoir tout appris : la mélodie, la partition, le sens du texte s'il est dans une langue étrangère.»
maîtrise de divers répertoires
En sus des sessions animées par Janine Reiss, pianiste et chef de chant ayant travaillé avec nulle autre que La Callas, Natacha Finette cite volontiers ses cours de théâtre. «Je suis plutôt timide à la base. Les premiers jours, j'ai angoissé.
Je me disais : 'T'es nulle, tu n'y arriveras jamais.' Les profs sont sensationnels. Tout de suite, je me suis habituée aux nouvelles techniques.»
La jeune femme savoure abondamment ce moment de sa vie. Cela s'entend. «La plus belle marque d'encouragement que j'ai eue, c'est de voir un de mes profs pleurer pendant que je répétais.» Sans compter les trois opéras par semaine qu'elle peut aller voir gratuitement, sachant que la place se monnaye à 140 euros. En plus de la chance de voir répéter, «de s'asseoir à la table d'à côté» à la cantine, de Roberto Alagna, ténor ou de Nathalie Dessay, soprano connus.
Si pour l'instant, la jeune soprano s'astreint à maîtriser divers répertoires - de l'italien à l'anglais en passant par des rôles en français, en allemand, en russe, voire en tchèque - NatachaFinette attend toujours le moment où elle sera appelée à servir de doublure dans une grosse production ou remplacer une chanteuse au pied levé.
«Mon emploi du temps est établi semaine par semaine. Je ne me projette pas trop dans le temps. Je sais seulement qu'il y a un projet avec Teresa Bergenza, mezzo-soprano qui conduira des master class sur le répertoire espagnol. Les sessions seront filmées et peut-être que j'y serais. Nous travaillerons aussi sur des soirées ayant pour thème Le Songe. Une tournée est aussi prévue, il reste à finaliser les dates.»
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