Hédi Khelil
8 Novembre 2003
Dans la mise à jour d'un film, on sait l'importance capitale qu'accordent les sociétés de production occidentales à des travaux qui interviennent dans la dernière phase et dont peut dépendre la carrière d'un film, à savoir l'affiche, par exemple, ou le sous-titrage. Sous nos cieux, il est dommage, mis à part quelques exceptions, que de telles tâches ne soient pas envisagées avec l'attention et la conscience professionnelle requises.
La plupart des films tunisiens, des plus anciens aux plus récents, souffrent de toute évidence d'un problème d'adaptation des dialogues en arabe à la langue française et de défaillances incalculables au niveau des sous-titres. Si les films de certains cinéastes tunisiens professionnels qui sont de très bons francophones tels Moufida Tlatli, Abdellatif Ben Ammar, Férid Boughedir, Naceur Khémir et autres, s'illustrent par un sous-titrage impeccable, ce n'est malheureusement pas le cas d'autres cinéastes qui, par ignorance ou pressés par des contraintes diverses, accomplissent ce travail au pied levé dans l'improvisation et la précipitation les plus totales.
Les sous-titres de plusieurs films tunisiens, entre courts et longs-métrages, sont bourrés de fautes d'expression et d'orthographe. Les exemples à cet égard sont nombreux et il serait fastidieux d'en faire un inventaire exhaustif. Dans un court-métrage de fiction réalisé récemment par un jeune cinéaste qui en est à son premier opus, une jeune fille accompagnée de son amoureux entrent par effraction, la nuit, dans une salle de théâtre. A un certain moment de leur virée nocturne, la comédienne chuchote à son compagnon cette expression dialectale : «Chichlkoû binâ», c'est-à-dire qu'ils «vont nous voir» ou «s'apercevoir de notre présence».
La traduction qui s'inscrit en bas de l'écran est la suivante : «On va nous noter». Ce n'est pas parce que le sous-titre ne doit pas excéder les 38 lettres d'usage et les 4 ou 5 secondes imparties à l'apparition du texte qu'il faudrait être nécessairement expéditif et désinvolte. Cela, sans compter les innombrables fautes de grammaire et de syntaxe qui émaillent les sous-titres.
Dans le budget global alloué à la réalisation d'un film, une somme conséquente devrait être consacrée, d'une manière ou d'une autre, aux sous-titres, entre autres. La bonne tenue d'un film tunisien, à l'étranger ou sur des chaînes européennes, n'est pas un atout négligeable. Les cinéastes ont évidemment un droit de regard sur le sous-titrage proposé, mais certains d'entre eux devraient avoir l'intelligence et la sagesse de confier de pareilles tâches à des spécialistes expérimentés et rodés.
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