La Presse (Tunis)

Tunisie: Rencontre avec Mokhtar Laâjimi sur le tournage de son premier long métrage : « Bab El Arch, c'est ma vision de la vie et des hommes »

Propos recueillis par Asma DRISSI

8 Novembre 2003


interview

« Bab El Arch, c'est ma vision de la vie et des hommes »

Il est à la troisième semaine du tournage de son premier long métrage de fiction, il a des idées plein la tête et de grandes ambitions pour ce nouveau-né longtemps choyé et mûri.

Entre deux plateaux, entre deux prises, Mokhtar Laâjimi prend le temps de parler avec ses comédiens, il prend le temps de communiquer et d'échanger des idées pour que Bab El Arch lui renvoie l'idée qu'il porte, l'histoire qu'il voudrait nous raconter. Entretien

Où situez-vous ce premier long métrage de fiction dans votre parcours de cinéaste?

Je suis le dernier Tunisien ressortissant de l'IDHEC avant qu'il ne devienne la «Femis», j'ai fait mes études de cinéma en France, et j'ai réalisé un premier court métrage La voyante qui a été primé.

Après l'IDHEC, j'ai réalisé et écrit cinq courts et moyens métrages de fiction . Mais j'ai une passion particulière pour le documentaire et j'ai réalisé pas mal de documentaires de création, un style qui comprend à la fois l'aspect informatif mais aussi avec une certaine recherche et créativité au niveau du traitement : le cinéma colonial coproduit par Arte et «Gaumont Télévision», «Mille et une danses orientales», ces deux films à eux seuls ont fait le tour de 30 festivals : La nuit du henné, L'Orient des cafés.

Quant au long métrage de fiction Bab El Arch, je le portais depuis plusieurs années dans mon coeur, et je me suis accroché à ce scénario malgré le fait que j'en ai écrit d'autres et j'espère apporter avec ce scénario un plus par rapport à ce qui a été fait jusque-là dans le cinéma tunisien.

Il faut dire qu'il y a eu des dates importantes dans le cinéma tunisien, et des films importants, et j'espère que, par rapport au langage cinématographique, la réalisation ou encore le traitement, Bab El Arch marquera son passage.

Quel serait ce plus?

C'est essentiellement au niveau du langage cinématographique, la façon de filmer et de voir les choses, d'approcher certains personnages, c'est la manière de raconter cette histoire.

Et c'est la raison pour laquelle, j'ai été obligé de réécrire le scénario à plusieurs reprises à chaque fois je n'étais pas satisfait du résultat et j'en suis à la 7e mouture, et je pense sincèrement que cette dernière, que je suis en train de tourner, aujourd'hui, est une vraie synthèse, une version très sentie et je sens que je maîtrise mon film, que l'histoire que je raconte m'appartient et ne m'échappera pas dans cette phase du tournage.

Avec le recul, je trouve que les versions précédentes manquaient de teneur, par moments, mais là je suis sincèrement satisfait, je n'ai rien à ajouter à l'écriture.

Mon scénario, je le sens, et je le teste avec les comédiens. Parfois, on opère certains changements dans les dialogues surtout au moment du tournage et cela est très bénéfique pour le film.

L'échange avec les comédiens crée une certaine synergie et je suis à l'écoute de leurs propositions.

Comment se déroule le tournage?

Je pense que pour réussir un film, il faut prendre sont temps, le temps de discuter avec les comédiens, le temps que l'équipe technique trouve ses repères

Mais heureusement, je suis bien entouré, et j'ai dans mon équipe des compétences qui me facilitent la tâche, je cite par exemple Jacques Besse, le directeur plateau qui a énormément travaillé avec Abderrahamne Sissako, Mounir Bauziz, le premier assistant, Faouzi Thabet, l'ingénieur du son, Hajer Bouhaouala au maquillage et Abdellaziz Ben Mlouka qui a eu le courage de produire le film malgré l'absence de subvention du ministère de la Culture, en plus du soutien de «Ciné-sud promotion», chapeauté par Thierry Lanouvelle qui produit les films d'auteur et qui est attentif, très attentif au cinéma issu des pays du Sud.

Pour l'instant, je n'ai pas assez de financements, mais j'espère que les choses vont bouger et qu'on nous donnera un coup de main.

D'autant que le film est ambitieux, par ses décors, son casting et de par son histoire.

C'est une production vraiment «lourde».

Que racontez-vous dans ce film?

L'histoire tourne autour d'un mariage arrangé dans une famille composée de trois frères.

Ce mariage sera le prétexte pour l'explosion de conflits entre les frères durant la période de préparation des noces.

Dans notre société, on remarque que dans le quotidien, les choses vont normalement la vie est tranquille et paisible, mais à partir du moment où l'on vit un événement, la pression de la famille devient forte, les tensions, deviennent importantes et les défauts comme les qualités de chacun vont paraître au grand jour.

Ce qui est impressionnant dans Bab El Arch, ce sont les rapports humains à travers ces moments uniques de la vie, là où tout ce qui se cache sous les conventions sociales, l'hypocrisie et le jeu en société se dévoilent et les masques tombent.

C'est ce que j'ai envie d'arracher aux comédiens, toutes ces émotions parfois contradictoires.

J'ai ma propre vision des rapports familiaux, humains et fraternels et j'espère que cela sera décelable dans le film.

Quel genre de traitement avez-vous choisi pour raconter cette histoire?

Ça sera un film d'auteur tout court, plutôt dans la comédie dramatique, il y a des moments très drôles, d'autres qui seront chargés d'émotion, ce sont des sentiments qu'on pourrait éprouver tous les jours.

Et mon souhait c'est que ce film contribuerait un tant soit peu à réconcilier le public avec le cinéma tunisien au moins un peu par rapport à ce qui existait il y a 10 ans.

Malheureusement, ces dernières années on a vu le public déserter les salles obscures.

Liens Pertinents

Deux choses essentielles régissent mon travail, c'est la sincérité et la manière de raconter les histoires, ces deux éléments réunis dans un travail avec un regard proche de certaines réalités sociales peuvent changer le cours des choses.

La pratique documentaire a-t-elle contribué à vous forger un certain regard sur les choses?

Le documentaire m'a apporté beaucoup de choses, c'est vrai que mes films documentaires ont été toujours un peu à part parce que j'y utilise un mélange d'archives d'images contemporaines, d'iconographie et c'est souvent des images assez subtiles entre le passé et le présent, entre des choses vécues et des pensées non dites.

Ce qui s'insère dans la même vision véhiculée par ce premier film de fiction, une vision de la vie, une certaine philosophie, une manière de traiter des réalités sociales sans les retransmettre d'une manière vulgaire mais en essayant par ailleurs de les transgresser.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 La Presse. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Tunisie

Rubriques