L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Vishal avide de diplômes

Sonia Serra

8 Novembre 2003


Port Louis — Vishal Verdiraz est tenaillé par des envies de revanche et de reconnaissance. Après avoir longtemps mangé de la vache enragée, il voit aujourd'hui le bout du tunnel. Il vient de remporter un concours sur la «Corporate Finance», devant 5000 participants. Il veut surtout réussir pour épouser Leena, une amie d'école.

Une humble détermination habite le regard de Vishal Verdiraz. En jean et T-shirt, à 23 ans, il apparaît de prime abord comme tous les jeunes de son âge. Il s'installe à une table, croise fermement les bras, incline légèrement la tête avant de planter son regard dans celui de son interlocuteur.

Le jeune homme, originaire de Phoenix, vient de se classer premier parmi plus de 5 000 participants, à un concours sur la Corporate Finance de l'Association of Business Executives (ABE).

Depuis trois ans bientôt, il suit des cours d'administration pour obtenir un Advance Diploma de l'ABE. Il s'orientera ensuite vers un BA, puis un MBA en administration d'entreprise.

«Pour être un bon directeur, il faut bien connaître les différentes sections d'une entreprise, et savoir comment l'on gère un staff, comment l'on gère le capital », explique-t-il.

Ses ambitions ? «Sans limites », dit Vishal, le visage un peu éclairé par un sourire.

L'étudiant avait commencé des études en comptabilité. Mais il s'est rendu compte que ce secteur était bien trop saturé à Maurice et qu'il n'aurait guère de chance d'évolution dans le travail. L'ABE lui permet de viser toujours plus haut.

Mais qu'est-ce qui pousse ce jeune étudiant, déjà Junior Officer à la South East Asian Bank (SEAB) de Flacq, à aller toujours plus loin ?

La vie n'a pas été tendre avec Vishal. Chez lui, chaque opportunité équivaut à une rage de vaincre, comme s'il s'agissait d'une revanche sur la vie.

Le point d'ancrage de sa vie remonte à 1992. Le père, Indul Sewarj, perd la vue à cause d'un décollement de la rétine.

Du coup, il perd son emploi et ne peut plus subvenir aux besoins de la famille. La mère, Santa est ouvrière dans une usine et le grand frère travaille comme il peut.

Solidarité familiale

Vishal a alors 12 ans et fréquente l'école primaire de Bambous, puis le collège d'Etat de la localité. Malgré les difficultés, la famille entière reste solidaire et encourage Vishal à poursuivre ses études.

Il n'hésite pas à travailler après ses heures de classe. L'argent lui sert pour acheter la bouffe et payer le ticket d'autobus jusqu'à Bambous.

«Le week-end, je devenais gardien chez un de mes voisins. Il me donnait Rs 250. Il m'arrivait aussi de laver les voitures pour Rs 100», se souvient Vishal. Il arrondit son pécule en vendant les légumes de son jardin aux boutiques des alentours, tous les matins.

A l'école, il est bon élève. Il rate pourtant son HSC. Un échec sans doute dû à ses pénibles petits travaux hors classe.

Il décide alors de s'inscrire dans une école de Phoenix. Là, les choses s'arrangent et il réussit avec brio son HSC.

Après le collège, Vishal travaille comme aide-chauffeur durant six mois. Puis il décroche quelques stages, avant de se faire embaucher à SEAB.

A la banque, il souhaite s'orienter vers la comptabilité. Mais il croise bientôt Pradeep Babooral, son «tuteur» et ce dernier lui conseille l'administration. Ce service offre plus de débouchés et permet de se spécialiser. Cette ascension sociale n'a pas gommé chez Vishal les années de vache maigre.

Très humble, il est sans cesse rattrapé par son passé et tout ce qu'il a enduré avec sa famille. Petit à petit, sa fausse froideur cède à l'émotion puis au sourire.

«Mon père n'avait que le CPE, ma mère n'a jamais été à l'école. Mais ils n'ont jamais voulu que j'arrête l'école. Aujourd'hui, c'est pour les remercier que je veux réussir», dit-il.

Chaque instant est une occasion pour remercier ses parents, son frère Kishan et sa soeur Nirmala.

S'il réussit, c'est aussi pour une fille, finit par avouer le Vishal, soudain timide. Il espère pouvoir épouser bientôt Leena, cette jeune fille qu'il a rencontrée à l'école, en 1996.

«C'est un peu grâce à elle que je veux devenir quelqu'un. Je pourrais ainsi demander sa main à sa famille», confie humblement Vishal.

Sa récente promotion comme Junior Officer et sa grande réussite au concours de l'ABE ne font aussi que confirmer son potentiel.

«On n'aurait jamais cru qu'il aurait la première place. Il plaisante tellement. Le concours était international. Mais il le mérite car il s'est beaucoup impliqué», dit Harley Juste, l'un de ses amis.

Difficile d'imaginer le sérieux Vishal, «plaisantin» et amateur de courses.

Dans l'immédiat, il souhaite rester à la SEAB encore quelques années et passer d'autres diplômes. «J'ai encore beaucoup de choses à apprendre. Dans quelques années, je serai au top».

Une fois acquis un bagage professionnel solide, il pourra bouger plus facilement. «Je pourrais même sauter les étapes», prévoit-il. Du dur labeur et des sacrifices, en perspective.

Car, les cours par correspondance de l'ABE ne sont pas donnés et hormis sa famille et son «leader», il ne peut compter sur personne. Les frais d'inscription, et d'examens, le prix des livres rongent trois quarts de son salaire. L'an prochain, il tentera un BA Honours. Coût : entre Rs 75 000 et Rs 80 000.

A-t-il les moyens ? «Non, mais je m'endetterai s'il le faut». Il fera ses études coûte que coûte. Tout seul.

Il sourit un peu. Toujours la même détermination dans les yeux. Rien ne l'arrêtera. Les yeux levés au ciel, il se souvient d'une autre déception.

A la fin de son HSC, il se rappelle d'une demande d'inscription à l'Université. Il n'a jamais reçu de réponse. Cela le fait encore rire. «L'Université demande trop. Je n'y ai pas été mais j'ai été accepté dans une institution de renommée internationale.»

Il en est fier. Il le mérite. Il a confiance en lui. Sa volonté aura raison de tous les obstacles.

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