L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Krishna Luchoomun : envie de Partage

Propos recueillis par M.N.Elissac-foy

8 Novembre 2003


interview

Port Louis — Le plasticien préside depuis trois jours, une toute nouvelle association d'artistes, Partage, dont l'objectif est de professionnaliser et redynamiser l'art à l'île Maurice. Cette association veut promouvoir les échanges avec des artistes étrangers à travers des ateliers. Partage a déjà pour partenaires le Kuona Trust du Kenya, le Triangle Trust de Londres et l'organisation Prince Claus des Pays-Bas. L'association se veut aussi un lien entre les artistes de la région. Autre but visé : la création d'une galerie permanente d'art contemporain.

-En parlant de professionnaliser et de redynamiser l'art, c'est une critique de la scène artistique locale ?

Oui. On trouve que cette scène est endormie. Toutes les activités qui sont organisées manquent de professionnalisme. Cela se voit dans l'organisation des expositions, des activités artistiques. Peut-être que les organisateurs de ces activités ne sollicitent pas les personnes ayant les compétences nécessaires. Nous voulons travailler en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture et faire des suggestions.

-Quelles seraient vos suggestions ?

D'abord, il faut des personnes ayant une connaissance de base de l'art, surtout en ce qui concerne l'organisation d'événements comme les biennales, les triennales ou même une exposition sur Gauguin. Je pense ensuite à notre participation à des biennales ou autres expositions à l'étranger. Les artistes n'ont pas la possibilité de s'exprimer à l'étranger. Pour un artiste, c'est très important de se rendre à des expositions ou biennales à l'étranger, de voir comment cela se passe, de rencontrer d'autres artistes.

-Comment cela se passe ? Si vous êtes sélectionné à une exposition à l'étranger, avez-vous les moyens d'y aller ?

Actuellement, c'est assez difficile. La plupart du temps, ce sont les officiers du ministère qui partent à ces expositions.

-Ces officiers sont-ils aptes à représenter les artistes ?

Pas vraiment. Ils n'y vont pas pour représenter les artistes mais pour représenter leur ministère. Je n'ai rien contre cela. Mais je pense que ce sont surtout les artistes qui doivent aller à ces manifestations à l'étranger. C'est ce type d'opportunités que Partage souhaite créer : participation à des ateliers à l'extérieur. On songe aussi à faire venir des artistes étrangers.

-En vous écoutant, on a l'impression qu'il y a une passerelle qui manque entre les artistes et les autorités ?

Oui, il manque cette passerelle. Peut-être que notre association pourra la créer. Il y aura peut-être plus de compréhension entre les artistes et le National Art Gallery (NAG) et le ministère de tutelle.

-En examinant la liste des membres de Partage, l'on constate qu'il y a beaucoup d'enseignants du MGI. Ne craignez-vous pas de n'être que l'association des Beaux-Arts du MGI ?

Cela peut être perçu ainsi. Il faut préciser que l'association n'a rien à faire avec le MGI. Il faut savoir que nos membres ont passé beaucoup de temps, entre leurs heures de cours, à justement partager leurs points de vue sur l'art. C'est tout naturellement que cette idée a germé. Cependant, à Partage, nous sommes prêts à accueillir d'autres artistes professionnels.

-Vous déplorez l'absence d'un lieu où l'on pourrait voir des oeuvres d'art contemporain mauriciennes. N'est-ce pas la vocation du NAG?

Oui, c'est vrai. Le travail principal du NAG est de montrer au public mauricien et aux visiteurs, ce qu'est l'art à Maurice, de montrer ce que nous produisons. Après une longue attente, ne voyant rien venir, nous avons décidé d'agir. Ceci dit, nous ne sommes pas en compétition avec le NAG. Je suis persuadé que nous pouvons coexister.

-Quel est l'intérêt des ateliers que Partage compte organiser dès 2004 ?

Liens Pertinents

Ce sera un atelier international auquel nous inviterons des artistes de différentes parties du monde. Il y aura un nombre égal de Mauriciens et d'étrangers. Le but est d'arriver à vivre et à travailler ensemble. Ce sera un atelier très intense. Les artistes devront prendre des risques dans leur travail. Ils devront beaucoup expérimenter. L'important, c'est cette énergie dégagée par les artistes de cultures différentes.

-Où en est l'art contemporain mauricien aujourd'hui ?

A Maurice, il y a un petit groupe d'artistes contemporains qui sont égaux aux meilleurs artistes de monde. Dommage, qu'il n'y ait aucun moyen de les pousser hors des frontières de l'île Maurice.

-Le lancement de votre association s'est fait sans la présence du ministre de la Culture. C'est volontaire ?

Oui, c'est volontaire. Notre association est apolitique, non-gouvernementale. Encore une fois, cela ne signifie pas que nous sommes en opposition avec le ministère. Pour d'autres activités, nous pourrons nous associer. Par exemple, ce serait bien que le ministère collabore avec nous pour notre atelier en 2004. Ce serait bien pour son image.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 L'Express. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Ile Maurice

Rubriques