Abdou B.
9 Novembre 2003
opinion
La scène politique est tellement opaque et les véritables enjeux économiques si bien camouflés que les spéculations les plus vaseuses et les affirmations péremptoires ex-cathedra font florès.
La nature fondamentalement chaotique du système depuis l'été 1991 entretient avec «gourmandises» toutes les envolées fantaisistes et tous les ingrédients qui font différer de façon récurrente les velléités à même de poser et d'entreprendre de vrais débats démocratiques autour des thèmes qui concernent le plus grand nombre, les orientations stratégiques du pays et l'avenir des générations futures. Les adversaires politiques ne sont pas présentés comme ils sont, porteurs de projets, de choix culturels et économiques. Leur caricature est poussée à la limite de l'insoutenable, en dehors de toute analyse politique ou à la lumière de leur couleur idéologique. Ce sont des ennemis irréductibles, sinon pour certains des «traîtres», farouches destructeurs de leur propre pays. D'autres sont immaculés, parés des vertus, à la frontière du religieux, jusqu'à hier indésirables.Si de nombreux partis et acteurs politiques d'envergure tentent, vainement, de ramener les choses sur le terrain de la politique, sur celui de la place que peut avoir l'Algérie dans une mondialisation qui lamine tous les pays dont le front intérieur est atomisé en sectes, clans et tribus aux moeurs archaïques, des courants, dans un désordre absolu essayent de structurer une guerre de tranchées. Un événement des plus humains comme la mise en terre du regretté M'hammed Yazid est «pris en charge» par des «lectures» barbares.
Si des personnalités rendent un dernier hommage à un géant du mouvement national et du combat démocratique, ce ne peut être que dans le cadre de «mouvements» en fonction du scrutin de 2004. Ces hommes ne peuvent-ils être simplement humains devant la mort et considérer le défunt comme leur ami arraché à la vie et à leur affection ? Rêve-t-on d'enterrements avec seulement quelques parents pour accompagner la dépouille d'un être humain pour ensuite «dérouler» sur l'indifférence des vivants devant la mort ? En fait, la pente prise par des journalistes mène à une seule obsession, celle de l'élection que M. Bouteflika doit perdre et que M. Benflis doit gagner, ou l'inverse. Le credo est la fermeture du jeu, sous un déguisement moderne et démocrate.Des esprits démocratiques ferment eux-mêmes le jeu pour créer une bipolarité haineuse entre l'actuel Président et le secrétaire général du FLN. L'Algérie et chacun doivent s'aligner ou périr.
Ce qui reviendrait à faire un enterrement de première classe au pluralisme, au débat d'idées et à éliminer d'avance d'éventuels candidats, aussi légitimes que les deux «ennemis» définitifs, comme s'il y avait une «fin de l'histoire» en politique. Pendant que la marmite médiatique est chauffée à blanc, la crise au niveau des enseignants perturbe gravement la rentrée, traumatise les élèves et les parents en marge de la mise en scène pour le combat final, limité pour le moment entre deux hommes qui étaient très proches il y a peu de temps. On essaie grossièrement de faire pression sur l'ANP pour qu'elle fasse aussi un choix qui serait décisif, accréditant la thèse qui était vraie, jusqu'à nouvel ordre, que l'armée continuera à désigner le premier magistrat du pays. Comme si une élection, si importante soit-elle, allait précipiter l'Algérie dans une économie transparente, une démocratie adulte à travers une séparation stricte des pouvoirs, et dans le respect des lois par tous.L'attrait du pouvoir et les luttes politiques existent et font partie «naturellement» de la vie des nations. Mais il est sûrement possible que chacun s'évertue à rendre propre, sans renier ses convictions, la préparation et la tenue d'une élection présidentielle digne, sans oublier que, peut-être, les électeurs auront le dernier mot. A moins que pour eux aussi, il va falloir se «positionner» ou périr.
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