Ramy Narimene
9 Novembre 2003
Les entreprises de bâtiment recrutées pour la restauration des bâtisses endommagées se sont contentées de simples opérations de «bricolage» et de «rafistolage»
La gestion de l'aide destinée à la réhabilitation des habitations endommagées est toujours d'actualité. Comment a-t-elle été répartie ? Qui en a profité ? Et, sur quelle base a t-elle été attribuée ? Ce sont autant de questions qui entourent ce sujet qui continue de susciter le courroux de bon nombre de citoyens. Notons que l'aide consacrée à l'indemnisation des bâtisses endommagées varie en fonction du degré des dégâts (entre 20 à 100 millions de centimes). Les sinistrés qui s'estiment lésés vont jusqu'à dire que la distribution de l'aide en question est entachée d' «irrégularités», mettant à l'index ceux en charge des opérations de réparation des bâtisses affectées par le tremblement de terre. Il leur est reproché le fait qu'ils aient bricolé l'opération, en ce sens que le travail de réhabilitation des immeubles a été mal fait, allant jusqu'à endommager davantage certaines habitations. «C'est du saupoudrage», dénonce-t-on.
Et, des exemples de bricolage, certains citoyens concernés par cette aide, à l'exemple de Faïza Laribi, en citent une multitude. Elle habite au 1er étage de l'immeuble n°89 sis au boulevard Bougara, à El Biar, «une bâtisse classée vert», indique-t-on. «Des ouvriers sous-qualifiés recrutés dans la précipitation ont débarqué sans matériel adéquat. Et au lieu de retaper ce qui peut l'être, ils ont tout cassé», témoigne cette jeune dame aujourd'hui désemparée face au remue-ménage laissé par la première entreprise désignée par l'OPGI de Hussein Dey en charge des travaux. «C'est scandaleux», s'indigne-t-elle, ajoutant que normalement «ce sont les gens qui s'acquittent régulièrement de leurs impôts qui doivent bénéficier en priorité de l'opération de restauration».
Des mois après la catastrophe du 21 mai, toutes ces questions se posent avec acuité surtout si l'on sait qu'il y a eu beaucoup «à boire et à manger» dans la gestion de l'aide destinée à la réhabilitation des habitations touchées. Il faut savoir que la wilaya d'Alger a divisé la capitale en dix zones, chaque zone dispose d'un maître d'ouvrage délégué, en l'occurrence l'EPLF d'Alger et les OPGI, qui agit pour le compte de la wilaya. Ces organismes ont confié les opérations de restauration des bâtisses à des entreprises privées et publiques sélectionnées, il faut le dire, dans «la hâte». Le travail de recensement des habitations a été effectué par des commissions installées à cet effet par le ministère de l'Habitat en coordination avec les wilayas affectées par le séisme. L'aide a été distribuée de façon anarchique, dans certains cas attribuée directement et dans d'autres via les entreprises de bâtiment, «une manière de masquer les éventuels détournements», crient certains citoyens victimes de «cette mauvaise gestion». Devant cette «débandade», les autorités affichent «un mutisme total» et semblent cultiver le principe du «deux poids, deux mesures».
Faïza Laribi illustre bel et bien l'exemple de ces personnes qui se sentent «arnaquées» en découvrant que cette opération de réhabilitation annoncée en grande pompe et pour laquelle un budget spécial a été débloqué n'est en fait qu'une simple affaire de «rafistolage» et de «bricolage». Il est à souligner aussi que, dans beaucoup de cas, les entrepreneurs se présentent et proposent de repeindre l'appartement, histoire de justifier leurs factures exorbitantes, certains citoyens en profitent. «Je n'ai pas demandé qu'on me repeigne ma maison mais qu'on mène en bonne et due forme cette opération de restauration», dit, irritée, Faïza Laribi. Depuis plus d'un mois, la vie de cette jeune dame est un véritable enfer, son appartement est devenu purement et simplement un chantier. «Je ne sais plus à quel saint me vouer, je me sens perdue dans tout ce nuage de poussière Je côtoie les souris», ajoute-t-elle en montrant du doigt dans des recoins des souris mortes. «Jusqu'à maintenant, je n'ai pas reçu les agents du CTC, aucune expertise n'a été réalisée de mon appartement. On n'a même pas daigné nous fournir la moindre information sur notre situation.
Faïza Laribi illustre bel et bien l'exemple de ces personnes qui se sentent «Une personne est venue, a regardé de l'extérieur l'immeuble et l'a classé vert. Et puis le flou total. De quoi devenir fou. Tout cela n'obéit à aucune logique», explique Faïza. «On nous a pourtant bien dit que tous les appartements endommagés seront réparés, en fonction de leurs dégâts. Mais la réalité est toute autre.» Surtout si l'on sait que certaines OPGI qui avaient pour prérogatives de désigner des entreprises de bâtiment pour la réfection et les travaux de rénovation ont fait, de l'avis de certains, une sélection «à la carte». «On s'est retrouvé avec des entreprises qui ne sont même pas qualifiées, des ouvriers incompétents.» Suite à cela, certaines travaux ont été retirés aux OPGI et confié à l'EPLF qui a repris les choses en main et sélectionner d'autres entreprises. Revenons au cas de Faïza Laribi : à l'intérieur de son appartement, les murs sont émaillés de fissures, le balcon, selon les avis d'un expert venu à titre bénévole, menace de s'effondrer et constitue une menace pour les passants.
Tout cela n'a pas été mis en exergue par la première entreprise désignée par l'OPGI de Hussein Dey qui s'est contentée de refaire la peinture sans se soucier des véritables dégâts», souligne notre interlocutrice non sans ajouter que cette entreprise a travaillé sans expertise et a fait des travaux de «bricolage», se contentant de refaire la peinture. Pis, les ouvriers ont été recrutés sans aucun critère professionnel et ont débarqué sans aucun matériel. Ils ne disposaient même pas d'une échelle, ils se sont acharnés sur mon carrelage, ils ont cassé le parterre marbré et ont proposé pour «rattraper le coup» du granito. Les pseudo-maçons ont complètement bousillé mon appartement au lieu de réparer ce qui devait l'être. Cette situation est révoltante et je ne resterai pas les bras croisés, s'il le faut j'irai en justice pour exiger des dommages et intérêts de cette entreprise qui a complètement chamboulé ma maison, laissant derrière elle un chantier. Tout ce que je demande, c'est qu'on me restitue mon bien», poursuit-elle. Après les lacunes de la première entreprise désignée par l'OPGI, l'EPLF est entrée en jeu et a recruté une autre entreprise relativement plus «sérieuse», reconnaît Faïza. De son côté, l'APC d'El Biar est complètement absente : «Ils sont en train d'attendre si je serai encore en vie à la prochaine secousse», lâche notre interlocutrice sur un ton amer.
D'après elle, «la mairie s'est manifestée seulement pour informer les citoyens de la commune de l'ouverture d'un registre au niveau de son siège pour recevoir les doléances des citoyens concernés par l'opération de réhabilitation des bâtisses et immeubles endommagés par le séisme du 21 mai dernier». Et puis, plus rien, le silence total. A quand la fin du calvaire ?
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