La Presse (Tunis)

Tunisie: Commerçants - Contrôle des prix

Anis Souadi

9 Novembre 2003


Tout au long du mois de Ramadan, on assiste à un véritable «jeu de pièges» entre contrôleurs des prix et commerçants, les uns cherchent à harceler pour contenir toute pratique illégale, les autres tentent d'endormir la vigilance pour tromper les consommateurs. D'où ce bras de fer qui s'éternise et prend toujours des formes et des couleurs différentes.

Yacine Chebbi, contrôleur, observe que «la situation est toujours la même. A chaque Ramadan, les commerçants se livrent à toutes les astuces pour écouler leurs produits à des prix très forts».

Son collègue n'en pense pas moins : «En cette période, les vendeurs cherchent à élargir au maximum leur marge bénéficiaire pour compenser toutes les périodes mortes de l'année. Il est difficile parfois de les contourner tellement ils sont déterminés».

Il est vrai en effet que certains commerçants semblent accorder moins d'importance à ces opérations de contrôle.

Yacine Chebbi confirme un tel état d'esprit : «Le contrôle, même régulier, ne décourage pas assez, semble-t-il, certains commerçants. Ils trouvent toujours le moyen, surtout l'audace, de revenir à la charge».

Le marché d'El Ouardia offre une belle illustration. Il était déjà 10h00 lorsque les contrôleurs passent à l'action. L'affluence est de taille et l'organisation n'apparaît pas comme le point fort de cet espace. On se présente au premier marchand et déjà un premier signe douteux : aucune mention des prix. Le vendeur se lance alors dans un étalage des tarifs de tous les articles. Yacine Chebbi demande alors les factures. Et encore une fois un signe douteux : «Pour le moment, je n'ai pas de factures. Le patron n'est pas encore arrivé», répond-il. Le contrôleur ne lâche pas et exige de vérifier les prix d'achat, et c'est toujours le même alibi. La réaction est alors immédiate : nom et prénom et une convocation à la direction générale pour le lendemain, en l'absence de la carte d'identité nationale. Pour le contrôleur, «les prix annoncés par le marchand ne sont pas raisonnables si l'on tient compte de la qualité des produits exposés». On passe aussitôt au prochain et c'est le même scénario : pas d'affichage, pas de factures, pas de carte d'identité nationale et des prix douteux. Toutefois, la solidarité semble de mise dans cet espace populaire. Plusieurs commerçants se joignent à leur «collègue» avec l'ambition de mieux le soutenir. La trentaine, Saber, vendeur de légumes, estime que «le problème, aussi bien des contrôleurs que des consommateurs, est qu'ils ne s'intéressent qu'aux prix de vente et non d'achat». Pour lui, «les fournisseurs exercent une pression permanente énorme et posent beaucoup de tort au marché». L'administration «ferait bien mieux de contrôler pour garantir un meilleur équilibre», propose-t-il. Le suivant est un vendeur de poulets. Et là les hausses sont flagrantes : quatre dinars le kilogramme pour un prix d'achat d'environ deux dinars deux cents millimes. Contravention immédiate et convocation pour le lendemain, sans aucune contestation du propriétaire !

Mieux contrôler les fournisseurs

On continue la tournée et c'est les mêmes pratiques qui se renouvellent, à quelques différences: tous les commerçants sont maintenant informés de la présence des contrôleurs. D'où les modifications et les ajustements de dernière minute.

Si l'on procède à une première évaluation, l'on peut dire que le marché d'El Ouardia ne répond à aucune norme de transparence ni aux règles de bonne conduite. Mohamed, agent municipal dans ce marché, relève que les commerçants ont dépassé toutes les limites et qu'il ne peut plus maîtriser à lui seul une telle situation. «Il faut qu'il y ait d'autres agents contrôleurs en permanence».

Sur ce point, l'on estime que «l'administration est très sensible à cette question, mais elle ne peut pas y répondre pour le moment faute de nombre suffisant d'agents. Il faut donc patienter encore».

Par ailleurs, l'on pense que «les vendeurs ambulants et les points de vente occasionnels posent autant de problèmes que ces marchés».

Cette catégorie offre souvent des produits importés à des prix très élevés. Sans aucune garantie de qualité. Cette question est un véritable casse-tête pour les contrôleurs, car elle est difficile à maîtriser : on n'expose presque jamais les matinées, mais souvent à quelques heures de la rupture du jeûne.

Il est donc clair que l'opération de contrôle a besoin plus que jamais de nouvelles stratégies, de nouvelles options et de nouveaux mécanismes pour pouvoir prétendre à une maîtrise parfaite de ces pratiques illégales. Un tel pari nécessite la mobilisation non seulement de l'administration du commerce, mais de toutes les parties concernées.

En parallèle, l'on note que le volume de travail effectué quotidiennement par les contrôleurs est très important, imprégné souvent de risques. De ce fait, l'on pense que la direction générale du contrôle des prix devrait mieux motiver son personnel. C'est bien là un atout de taille. D'un autre côté, il est nécessaire de mobiliser une brigade spéciale dont la mission essentielle serait un contrôle en amont Car, de l'avis de certains commerçants, la source du mal se situerait bien avant la vente au public.

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