Nejib GaÇa
9 Novembre 2003
Les absents ont toujours tort surtout lorsqu'il s'agit d'une prestation qui sort de l'ordinaire. Il s'agit de la troisième d'une série qui s'est déclenchée à Sousse, s'est poursuivie à La Manouba pour se clore au festival de la Médina en cette soirée du 7 novembre.
Sonia M'barek nous a surpris. Elle a pris du poids et de l'expérience. Dans un koftane sorti des Mille et Une Nuits, elle donnait à voir un être épanoui et une personne qui semble avoir rompu avec l'éternelle adolescente aux cordes aiguës et à la silhouette mince.
Sa voix? Elle a épousé la signification ambiante et le recueillement qu'installe en nous ce chant mystique qui, comme elle nous l'a confié, nous transporte d'une aire de l'érotisme, de l'amour, de la passion et des émotions fortes, humaines, très humaines, vers une aire de l'amour du divin, du sacré et du Prophète adulé.
Le passage se fait spontanément tellement on s'adonne avec piété, recueillement et foi sincère, sans prudence ni doute ou hésitation.
Ce passage serein a permis à Sonia M'barek de revêtir sa voix de cette chaleureuse douceur qui invite à l'adhésion non seulement de ce programme de chants soufi et mystique mais aussi à cet air de totale osmose avec le public. Cette harmonie est dictée par le concours de circonstances suivant : il s'agit du mois sacré où le discours religieux a plus d'impact sur toute personne de confession musulmane. La facture de certains morceaux portent le sceau d'un Salah Mehdi avec Ya kheira khalqi Allah ou d'une Laure Daccache avec Amenti Billah ou encore grâce à des «morceaux de choix» tels que Billahi ya hadia anniyaki, Achraqa ala al akwani.
Om ezzine ajjamalia et Ya gamrata ellil ont enivré le public et fait entrer le Théâtre municipal dans une transe paradisiaque.
«Wajd» de Sonia M'barek nous a paru avoir permis à cette star de la chanson tunisienne qui impose le respect du public, d'enjamber le Rubicon de la simple correction rigoureuse de son art pour accéder à un stade fondateur de la musique arabe : le tarab.
Cette soirée fut «enceinte» de promesses. Et Sonia M'barek enfantera dans les jours à venir, nous en sommes convaincus, une chanson tunisienne «typée» inscrite dans l'humus de l'authenticité de la musique arabe et du tarab.
Une remarque de taille qu'on ne peut passer sous silence est de rappeler à Sonia M'barek que ce qu'on appelle achchakl ou en termes savants, la vocalisation ou la voyellation est déterminant en ce qui concerne la langue arabe puisque s'il ne fausse pas le sens, il porte préjudice à la beauté de la langue et constitue une fausse note.
Les quelques erreurs d'ailleurs, reprises et corrigées par la «diva», sont à éviter impérativement surtout quand on a l'art, la sensibilité, la dignité, la splendeur et la rigueur de Sonia M'barek.
Pour finir, il y a lieu de rappeler que ce genre de programme fait de chants soufis est strictement réservé aux hommes. Une femme ne peut, à titre d'exemple, assumer l'appel à la prière.
Sonia M'barek a convaincu. Elle a opéré une mutation au niveau de l'opinion collective à propos de son art.
Désormais, elle est appelée à répondre à cette nouvelle image qu'elle a commencé à asseoir.
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