La Presse (Tunis)

Tunisie: Décisions présidentielles : innovation financière et compétitivité

Par Jawhar CHATTYY

9 Novembre 2003


Dans son discours-programme à l'occasion du 16e anniversaire du Changement, le Président Ben Ali s'est arrêté sur les progrès accomplis pour la réalisation d'un objectif désormais qualifié de suprême. Il s'agit de hisser la Tunisie au rang des pays développés.

Un tel objectif est d'autant plus impérieux que l'économie nationale sera crescendo amenée à évoluer dans un environnement formidablement ouvert et hautement concurrentiel. Ce qui, à l'évidence, requiert un effort plus important en faveur de la sphère productive dans son ensemble et, tout particulièrement, en faveur de l'investissement rentable. C'est à cette fin et dans une logique de compétitivité économique que concourent les toutes récentes mesures présidentielles. Mesures déterminantes à plus d'un titre, elles ont toutes l'indéniable mérite de conférer davantage de souplesse à notre appareil productif et d'imprégner un surcroît de dynamisme et de réactivité à l'activité économique dans la mesure où elles permettent un accroissement de la marge de manoeuvre des agents économiques. Une telle marge est d'autant plus nécessaire, voire salutaire, que l'entreprise économique n'a, au prix de sa survie et de sa pérennité aujourd'hui d'autre choix que celui de la compétitivité.

L'entreprise a, en effet, la santé et les couleurs de son environnement. Elle peut en pâtir ou, à l'inverse, y trouver le ferment d'une vitalité et d'un dynamisme sans fin.

Le soutien de l'Etat à l'entreprise n'a jamais été autant significatif et d'une ampleur peu commune que ces dernières années. La libéralisation et l'ouverture de l'économie nationale sur l'économie mondiale n'a pas, il faut le dire, exposé outre mesure nos entreprises qui n'ont pas été laissées à leur propre sort. Un programme de mise à niveau leur a été dédié pour les aider à se restructurer, à se moderniser et à affronter les vents de la concurrence. Et puis, l'Etat a toujours cherché, tout à son mérite, à défendre à la fois le principe de libéralisation et à se montrer rassurant à l'égard des entreprises. C'est dans ce sens que s'inscrit d'ailleurs la décision présidentielle portant lancement d'un programme de modernisation du tissu industriel en complément au programme de mise à niveau. Un complément dont la nécessité et la pertinence sont d'autant plus évidentes que son apport est à dominante technologique et que, en toute vraisemblance, les secteurs concernés par ce programme seront ceux-là même à investissements rentables. C'est-à-dire, les secteurs à grande valeur ajoutée, générateurs de richesses et d'emplois. C'est également en vue de renforcer la compétitivité de l'entreprise tunisienne et de lui permettre ce faisant d'évoluer sereinement dans un environnement concurrentiel et de se mesurer aux titans de l'économie mondiale que le Chef de l'Etat a ordonné d'identifier les priorités nationales et d'établir un calendrier approprié de nature à faire réussir les négociations à venir dans le cadre de l'OMC.

Ces négociations porteront, comme chacun le sait, sur un volet particulièrement sensible puisqu'il ne s'agit pas moins de la libéralisation des services, notamment des services financiers. Or, comme corollaire à cette libéralisation, la transparence de l'information financière a bénéficié d'un intérêt particulier. Enboîtant, en effet, le pas à la nouvelle norme comptable conforme au standard international et à l'adoption successive du nouveau code des sociétés puis de la loi sur les groupes, les nouvelles règles prudentielles sur la division des risques et l'exigence d'états financiers certifiés comme condition d'accès au crédit bancaire, ont manifestement assaini la relation système financier-entreprises. De plus, la refonte des systèmes de paiement et la dématérialisation des supports de crédit, ont constitué une avancée notable soutenue par l'adoption d'un programme cohérent pour la mise en place d'une architecture informatique moderne et sécurisée.

Réduction des délais et des coûts

Ce qui, à l'évidence, se traduit pour l'entreprise, pour l'investisseur tunisien ou étranger qui opte pour le site Tunisie, par une réduction des délais et des coûts, et par une simplification des procédures. Dans le même esprit et s'inscrivant dans la même logique d'ouverture économique, la décision présidentielle portant élaboration d'un projet de loi garantissant la régularité des transactions financières, de manière à en renforcer la fiabilité, ne manquera pas de se répercuter positivement sur la crédibilité du marché financier local, et partant, sur la dynamique de l'investissement privé aussi bien national qu'étranger.

Un tel dynamisme se trouve de plus servi par une culture de l'épargne longue dont la promotion et la diffusion sont chaque fois encouragées au plus haut niveau de l'Etat. La récente décision présidentielle permettant à la Poste tunisienne d'étendre ses prestations à la branche assurance-vie, en exonérant de l'impôt sur le revenu les rentes viagères dans le cadre des contrats ad hoc tant individuels que collectifs, en est une illustration notable. Notable, dès lors que l'on sait le dynamisme de cette institution et toute l'étendue de ses réseaux d'agences, autant dire qu'avec cette innovation financière, c'est de l'épargne longue à portée de main.

En termes économiques, cela signifie littéralement, une consolidation et un renforcement du passage de la finance indirecte à la finance directe. Cette innovation financière est remarquable, signe, si besoin est, d'un soutien inconditionnel à l'économie nationale. La compétitivité de l'entreprise tunisienne est aussi à ce prix.

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En prévision d'échéaces économiques et commerciales cruciales, nos entreprises sont appelées à se dimensionner, ne serait-ce qu'à l'échelle euroméditerranéenne. Les banques seront sans doute à cet égard plus sollicitées que par le passé, et leur prise de risque ira s'amplifiant. Les entreprises auront de leur côté besoin de plus de fonds propres et de moyens. Obligation de compétitivité oblige, elles se résoudraient enfin, et c'est une bonne chose, à recourir au marché financier en synergie avec le système bancaire.

Surtout que la dernière innovation financière ordonnée par le Chef de l'Etat est de nature à stimuler de la belle manière qui soit l'épargne longue et par voie de conséquence l'investissement au coût réel, le coût du marché financier, avec pour l'entreprise, un gage de crédibilité et de performance.

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