La Presse (Tunis)

Tunisie: Couple entreprise-université : un mariage du coeur et de la raison

Mongi Gharbi

9 Novembre 2003


Face aux enjeux inédits que suscite, de façon pressante et irréversible la dynamique d'intégration mondiale des économies, le couple université- entreprise est désormais appelé à vivre en intelligence, condamné à mieux communiquer et faire le réapprentissage des rapports complices, de coeur et de raison.

Il y va en effet, autant de la pérennité de ces deux institutions elles-mêmes que de la manière dont seront négociés les objectifs stratégiques, fixés par la Tunisie pour ce début de troisième millénaire, à savoir une société cognitive pour tous, de l'emploi et de l'employabilité pour les jeunes diplômés et un niveau optimal de compétitivité pour les entreprises.

Depuis le Changement, de profondes restructurations visant l'adaptation des espaces de production et des hauts lieux d'apprentissage aux nouvelles exigences de l'économie planétaire ouverte, ont été opérées, sans relâche ni précipitation.

Les réformes engagées dans ces deux secteurs vitaux, lors de ces dernières quinze années furent d'ailleurs si nombreuses et si ciblées qu'il serait vain et fastidieux de vouloir les inventorier de manière exhaustive, dans cet espace réduit.

Il y a lieu de souligner cependant que les divers redéploiements stratégiques opérés ont eu d'importants impacts, à deux niveaux au moins. D'une part, ils ont modifié en profondeur autant le paysage de la formation universitaire que la réalité de l'appareil productif. D'autre part, ils ont permis d'essaimer des valeurs et des attitudes culturelles d'un type nouveau, parmi les principaux acteurs du projet de développement.

Pour la première fois dans l'histoire moderne du pays, l'université se résout en effet à s'ouvrir sur son environnement économique, ne se considérant plus comme un temple inviolable du savoir, jalousement réservé aux jeunes élites. Parallèlement, l'entreprise consent à être moins égoïste et devient plus permissive que jamais à l'économie de partage.

Cette saine démarche citoyenne a permis aux formateurs et aux employeurs de céder chacun une parcelle de territoire et de renégocier leurs domaines respectifs de compétences. Et une réelle dynamique d'ouverture et de décloisonnement est en somme enclenchée. Au propre comme au figuré. Dans les faits, aussi bien que les représentations, marquant ainsi un véritable changement de repères dans les relations des deux parties.

Dans ce contexte, les gestionnaires directs et indirects de l'enseignement supérieur acceptent désormais d'étalonner les cursus de formation et les filières d'orientation sur le critère de l'employabilité des jeunes diplômés. Et l'entreprise semble avoir pris conscience à son tour que son propre avenir dépend bien de l'université qui la pourvoit en compétences hautement qualifiées, et sans lesquelles elle n'est plus en mesure aujourd'hui de générer de la valeur ajoutée.

Bien entendu, on n'en n'est pas encore à la lune de miel et des réglages fins, encore en suspens, sont nécessaires pour mieux ressouder la vie commune des deux partenaires.

Quoi qu'il en soit, le débat sur l'adéquation de la formation dispensée dans les universités et les habiletés adaptées aux besoins de l'entreprise est d'ores et déjà ouvert.

La Presse a fait le choix de l'accompagner en organisant une table ronde sur le sujet. Elle y a invité un parterre d'experts, d'universitaires, de responsables et d'hommes d'affaires. Et comme il fallait s'y attendre, les trois heures d'échanges entre les participants sont loin d'avoir épuisé la problématique.

Un diagnostic a été toutefois dégagé à cette occasion recueillant l'adhésion de l'ensemble des participants, à savoir que l'intégration économique mondiale vient définitivement mettre fin à l'époque des privilèges acquis et fonde une nouvelle ère des avantages construits.

Ce qui exige de manière concrète l'injection d'une bonne dose d'adaptabilité et de flexibilité, dans les divers rouages de l'université et de l'entreprise. Autrement dit, dans les processus de formation et les modes de production, tels qu'ils sont mis en oeuvre au quotidien.

Un second constat a été également établi : l'entreprise doit désormais sa pérennité à l'unique atout de l'innovation, engendrée par l'intelligence des ressources humaines qu'elle mobilise. Et que, par conséquent elle doit rompre avec les logiques tayloriennes d'une trop forte rigidité d'organisation ou de gestion et accepter le principe de partage, d'équité et de progrès social.

Les appréciations ont été toutefois nettement plus nuancées dès lors qu'il s'est agi de débattre de modalités plus précises articulées sur la question centrale de qui doit faire quoi et comment ?

Cette table ronde a tout de même abouti à un bouquet de propositions et de suggestions, qu'elles soient réalistes, quelque peu désordonnées ou carrément utopiques auront le mérite d'avoir suscité et enrichi le débat, sur une question vitale, s'il en est et qui engage l'avenir de nos jeunes générations montantes ainsi que celui de notre pays.

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