La Tribune (Algiers)

Algérie: Electronique et électroménager en Algérie : une vitrine des mutations économiques

Lyès Ibalitène

10 Novembre 2003


Lu dans les journaux : «Achetez le produit ENIE et gagnez des prix». Lu également dans les journaux et vu à la télé : «Gagnez une cuisinière équipée et beaucoup d'autres produits en achetant un des modèles de la cuisinière ENIEM»

Deux messages publicitaires distillés parmi de nombreux autres par les deux entreprises étatiques spécialisées dans l'électronique et l'électroménager pléthoriques de cadeaux qui deviennent de plus en plus le raccourci prisé par les grands distributeurs, tous produits confondus, pour appâter la clientèle potentielle. Sauf que, pour les cas de l'ENIE et l'ENIEM, cette attitude est on ne peut plus révélatrice du chamboulement radical qu'ont connu les moeurs commerciales au sein de ces deux sociétés nationales, longtemps en position de monopole dans leurs domaines respectifs. Autrement dit, il est bien loin, très loin, le temps où l'acquisition d'un téléviseur, d'une petite radiocassette, d'un réfrigérateur ou d'une cuisinière correspondait à un véritable parcours du combattant qui, dans le meilleur des cas, consistait à formuler une demande auprès du Souk el fellah ou des Nouvelles Galeries algériennes dans l'espoir de décrocher le gros lot. Gros lot payant, bien sûr, et sans choix aucun lorsqu'il s'agit de qualité.

Or, si aujourd'hui, il ne reste des Souk el fellah et autres Galeries que les incommodants souvenirs des années de pénurie made in socialisme- d'ailleurs mal étouffés par une affaire de cession de locaux au plus offrant qui s'est payé sa part de scandale -l'ENIE et l'ENIEM ont, pour leur part, essayé de conserver une raison d'être difficilement justifiable en cette période d'ouverture du marché qui a donné naissance à une disponibilité abondante des produits électroniques et électroménagers, induisant automatiquement et inévitablement de nouveaux comportements dans l'offre et la demande. Difficilement justifiable parce qu'il a fallu pour les responsables de ces deux entités économiques faire avec une réforme économique, dont le fameux Plan d'ajustement structurel, initié alors par le premier gouvernement Ouyahia sous la coupe du FMI et de la Banque mondiale, avait, souvenons-nous, acculé de nombreuses entreprises du genre au maelström de la faillite, mises devant le fait accompli de l'impossible redéploiement.

Or, le rétablissement de l'ENIE et de l'ENIEM se devait de passer par plusieurs étapes, dont l'impérative mise à niveau, option en vogue depuis que la production nationale a été sommée de composer dans les lois de l'offre et la demande avec les produits étrangers, solidement installés sur les étals locaux par la grâce de l'ouverture du marché algérien à la libre économie, avec une prédominance exagérée de l'import-import aux dépens de l'investissement et de la production propre au cas algérien.Et, si, aujourd'hui, l'ENIE et l'ENIEM se mettent à la pratique obligatoire de la communication et de la publicité, à coups et coûts d'encarts et spots répétitifs et réguliers, c'est que les responsables au niveau de ces deux entreprises, comme quelques autres d'ailleurs appartenant à différents secteurs, ont fini par comprendre que la survie de leur outil de production en dépendait carrément. Notamment dans un secteur qui, par la force des importations et l'installation des usines à travers quelques wilayas, est devenu une véritable vitrine des mutations économiques en Algérie. Secteur visiblement porteur aussi bien pour le fabricant, localement ou à l'étranger, l'importateur, le grossiste ou le détaillant. Pour preuve, les ambitions des entreprises étrangères dont des usines de montages sont installées en Algérie par voie de concession, à l'image du géant coréen Samsung qui, par l'intermédiaire du DG Samsung Electronics Algérie, M. Hogan-Shin, déclarait la semaine dernière à un confrère vouloir exploiter à fond les opportunités du marché algérien avec des extensions en vue.

Procédant au montage de réfrigérateurs, téléviseurs, machines à laver, climatiseurs, vidéos et lecteurs DVD en Algérie, surtout à l'usine implantée à Bordj Bou Arréridj, Samsung Electronics-Algérie vise plus loin que l'Algérie puisqu'il entreprend même de faire de cette implantation une rampe de lancement et de procéder à des exportations vers les autres pays d'Afrique du Nord et de la rive sud de la Méditerranée. En termes de bilan et de perspectives financières, la production de Samsung passera de 12 000 unités en 2003 à 20 000 l'année prochaine, celle des téléviseurs passera de 50 000 à 160 000 alors que celle des climatiseurs passera de 45 000 à 60 000. Quant à la production des lecteurs DVD, elle se traduira par un chiffre d'affaires de 50 millions de dollars en 2004 contre 31 millions de dollars en 2003. «Notre objectif est d'atteindre le plus rapidement possible la barre psychologique de 100 millions de dollars, car l'atteinte d'un tel objectif est de nature à inciter le groupe Samsung à s'intéresser davantage à l'Algérie où il pourrait promouvoir un éventail de produits encore plus large», avoue, entre autres, M. Hogan-Shin.

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Aveux du responsable d'un des leaders mondiaux de l'électronique et de l'électroménager qui, à eux seuls, illustrent le présent et l'avenir d'un secteur plus que porteur en Algérie. En témoignent d'ailleurs ces centaines de commerces, dont de nombreux propriétaires ont opté pour la conversion, qui poussent comme des champignons aux quatre coins du pays, offrant à Samsung, Thomson, Sony, Philips, Moulinex, LG, Haier ou encore Ariston des espaces de concurrence, qui implantent des mécanismes de marketing inédits encore chez nous il y a quelques années et cultivent chez le client de nouveaux réflexes. Du coup, l'ENIE et l'ENIEM n'ont d'autre choix que de suivre. Ou

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