La Tribune (Algiers)

Algérie: Les entreprises publiques du secteur de l'électroménager en Algérie : surendettement et concurrence déloyale

Mahmoud Mamart

10 Novembre 2003


La consommation des produits électroménagers a connu une ascension vertigineuse durant ces dernières années.

Les entreprises spécialisées y trouvent leur compte ainsi que les incontournables adeptes du marché parallèle. Les produits étrangers envahissent nos marchés et magasins au grand dam des entreprises nationales. Ces dernières, croulant pour certaines sous d'énormes dettes, craignent pour leur avenir. D'autres essaient tant bien que mal de s'adapter afin de livrer bataille dans un combat qui semble inégal. L'ENIEM et l'ENIE sont en pole position dans leurs spécialités respectives. Deux entreprises publiques que l'ouverture brutale et sans transition à l'économie de marché a mises dans la difficulté à l'instar des autres entreprises publiques qui étaient en phase de «restructuration». La dernière synthèse de conjoncture industrielle rendue publique par le ministère de l'Industrie fait ressortir que, dans la branche électrique- électronique, qui a réalisé un indice de production de +17, les produits sont fortement exposés à la concurrence par les produits importés ou réalisés en CKD/SKD, en particulier au niveau des équipements domestiques : téléviseurs, réfrigérateurs, cuisinières et robinetterie. Les efforts déployés pour l'amélioration de la qualité des produits se sont traduits par une amélioration des performances de la branche, en particulier au niveau des entreprises ENIEM et ENIE. Certains produits ont atteint des niveaux satisfaisants, selon le ministère. Parmi ces produits, les réfrigérateurs dont la production a été de 159 541 unités en 2002, représentant une augmentation de 131% par rapport à 2001.

L'ENIEM : cap sur le design de ses produits

Leader de l'électroménager en Algérie, l'Entreprise nationale de l'industrie de l'électroménager, ENIEM, possède des capacités de production et une expérience de 30 ans dans la fabrication et le développement de l'électroménager, tels les appareils ménagers domestiques, appareils de collectivité, petits appareils ménagers (réfrigérateurs, cuisinières et climatiseurs) les lampes d'éclairage et les produits sanitaires. Entreprise publique économique issue de la restructuration organique de l'ex-Sonelec, l'ENIEM est une entreprise de droit algérien constituée le 2 janvier 1983 mais qui existe depuis 1974 sous tutelle de l'entreprise Sonelec. Elle a été transformée juridiquement en société par actions le 8 octobre 1989. Son capital social est de 2 957 500 000 DA détenu en totalité par le groupe INDELEC alors que son siège social se situe au chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou. L'ENIEM possède des unités de production froid, cuisson, et climatisation implantées dans la zone industrielle Aïssat Idir de Oued Aïssi, à quelque 7 km du chef-lieu de wilaya. L'unité sanitaire est installée à Miliana dans la wilaya de Aïn Defla et la filiale lampe à Mohammadia, wilaya de Mascara. AFAQ en 1998, elle a renouvelé son certificat avec QMI, un cabinet canadien. Ayant un réseau national dense et un service après-vente, l'ENIEM s'attelle actuellement à l'amélioration du design de ses produits pour répondre aux attentes du consommateur. La concurrence des produits étrangers de bonne qualité et pratiquant les prix locaux oblige à produire mieux. A l'instar des autres entreprises publiques du secteur industriel, l'ENIEM a lancé des appels au partenariat, notamment dans le domaine du froid, de la cuisson, de la climatisation et de la fabrication de sanitaires et lampes. Première entreprise en Algérie à s'être certifiée à l'ISO 9002 avec AFAQ en 1998, elle a renouvelé son certificat avec QMI, un cabinet canadien. L'entreprise qui a connu un surendettement est passée par des périodes très difficiles durant lesquelles des dizaines de travailleurs ont été licenciés. Le complexe industriel s'est organisé par centres d'activités stratégiques qui se composent de 4 unités de production, d'une unité commerciale, d'une unité de prestations ainsi que d'une filiale, Filamp, dont le capital est à 100% ENIEM. L'unité froid est une usine, implantée à 7 km à l'est de Tizi Ouzou, qui possède des bâtiments industriels, de stockage et des moyens de soutien adéquats à son exploitation. Elle est composée de trois lignes de production : une ligne de réfrigérateurs dont les capacités installées sont de 110 000 réfrigérateurs/an et dont les modèles fabriqués sous licence Bosch (Allemagne) en 1977 ; une ligne de réfrigérateurs grand modèle comprenant un laboratoire pour les essais de produits, matières et composants et dont les capacités de 390 000 réfrigérateurs/an et dont les modèles fabriqués sous licence Toshiba (Japon) en 1987 ; et une ligne-congélateurs bahut et de réfrigérateurs de 520 litres comprenant un atelier d'assemblage avec des machines pour la fabrication des pièces en tôle et aluminium, la préparation des armoires, ainsi que d'une installation de moussage pour les portes et armoires. Dans le même site que l'unité froid, l'unité de cuisson, équipée de moyens de production est composée de quatre ateliers, dont celui pour la fabrication de composants d'alimentation en gaz, des grilles de cuisinières et des pièces en tôle. L'unité climatisation, dans le même site, est équipée de moyens de production répartis en trois ateliers : un atelier de peinture par électrostatique, un atelier de montage final avec deux chaînes d'assemblage de climatiseurs, une chaîne d'assemblage de chauffe-eau/bain et des équipements pour la fabrication de pièces en tôle, un atelier de montage de centrales autonomes de climatisation, et un atelier de montage de radiateurs à gaz. Les capacités existantes sont de 60 000 climatiseurs. Située à Miliana, l'unité de produits sanitaires est entrée en production en 1979 pour la fabrication sous licence RIA (Allemagne) de produits sanitaires : baignoires, éviers, lavabos et receveurs de douche. Cette unité assure aussi la commercialisation de ses produits et dispose pour la fabrication de pièces en tôle d'un atelier de presses mécaniques et hydrauliques et d'un atelier de traitement et revêtement de surfaces. Quant à l'unité commerciale de l'ENIEM, implantée dans la zone industrielle de Oued Aïssi, ses activités concernent la distribution et l'exportation des produits ENIEM. A cet effet, l'entreprise possède des dépôts de vente ENIEM à l'ouest du pays (Mascara et Aïn Defla), au Centre (Tizi Ouzou et Hamiz) et à l'Est (Annaba). La vente et le service après-vente à travers ses propres moyens et un réseau de plus de 200 agents agréés à travers le territoire national.L'unité de prestations techniques assure les fonctions de soutien aux unités de production dans les domaines de réparation des outils et moules, de fabrication de pièces de rechange mécanique, de conception et réalisation d'outillages, de gestion des énergies et fluides ainsi qu'un bureau d'études et de conception.

Filiale lampes ( Filamp)

Filamp est cette filiale lampes de l'ENIEM dont le capital est de 854 000 000 DA détenu à 100 % par ENIEM. Elle était à l'origine une unité de production ENIEM qui a été filialisée en 1996. Son siège social est situé à la zone industrielle de Mohammadia, wilaya de Mascara. Cette filiale est spécialisée dans la fabrication, la commercialisation ainsi que la recherche et le développement des produits d'éclairage. Ses équipements de production sont constitués de sept chaînes de fabrication de lampes standards de 25 à 200 W de marque Osram (Allemagne) dont les capacités sont par chaîne de 1 700 lampes/heure. Une autre chaîne de fabrication de lampes standards flamme, spot et réfrigérateur de marque Falma (Suisse) est d'une capacité de 3 500 lampes/heures. Celle de fabrication de lampes standards E27 et B22 de marque Falma (Suisse) est d'une capacité de 4 000 lampes/heure et un atelier de fabrication de filaments a une capacité de 80 millions d'unités/an. Alors qu'elle ne pouvait faire face à l'endettement, et en pleine phase de mutation, l'entreprise a fait l'objet d'un incendie l'année dernière, qui renvoie à un autre acte de sabotage ayant détruit il y a quelques années l'usine de téléviseurs de Sidi Bel Abbès. Certains les ont mis sur le compte du terrorisme, d'autres ont désigné les réseaux de l'import-import. Causant des pertes importantes aux entreprises, le marché informel est considéré comme un obstacle de taille que les entreprises doivent affronter. Dernièrement encore, «l'affaire des réfrigérateurs déclarés à 20 euros» a révélé un trafic qui concerne des produits électroménagers (téléviseurs, cuisinières etc.), faisant réagir les entreprises nationale ENIEM et privée FRIGOR. La concurrence déloyale revenait sur toutes les bouches des responsables d'entreprises privées et publiques rencontrés. A ce propos, Hogan Shin, le DG de Samsung Electronics Algérie a récemment indiqué tout en reconnaissant l'importance du phénomène que «tous les pays du monde sont passés par cette phase de marché informel et nous avons bon espoir qu'il disparaîtra au fur et à mesure du développement de l'Algérie».

ENIE : un surendettement des plus contraignants

Depuis plus de 25 ans, l'Entreprise nationale des industries électroniques, ENIE, est une entreprise de droit privé algérien de fabrication de produits audio et vidéo et de composants électroniques, dont le siège social est situé à Sidi Bel Abbès. Elle fabrique des téléviseurs, lecteurs DVD, magnétoscopes, chaînes hi-fi, composants actifs et passifs, en plus du montage de micro-ordinateurs au niveau de sa filiale ALFATRON.L'ENIE se donne comme ambition d'être le premier fabricant d'appareils audio-vidéo grand public en Algérie pour un marché national de 500 000 TVC et 1 million d'appareils audio/an. Elle commercialise à travers un réseau de revendeurs chaque année pour un montant de 80 millions de dollars. La valeur de ses importations est de 30 millions de dollars, selon les informations recueillies au niveau de l'entreprise. L'ENIE emploie environ 3 500 travailleurs dans ses différents domaines d'activité. A l'instar des entreprises publiques, le surendettement de l'entreprise a failli l'emporter. Selon son ex-PDG, M. Hazi, les précédents financiers sont de l'ordre de 5 milliards de dinars et des pertes de changes évaluées à 6 milliards de dinars. «L'entreprise n'avait pas les capacités de les rembourser. Seule une échéance d'un demi-siècle lui permettra d'honorer les fonds contractés.» Le surendettement est l'un des obstacles que rencontre ENIE (comme la SNVI ). L'entreprise a produit en 2002 quelque 280 000 téléviseurs, toutes dimensions confondues, représentant une croissance réelle de 8% par rapport à 2001. Son chiffre d'affaires a été évalué à 5 milliards de dinars en 2002, soit une croissance de 9% par rapport à 2001. Les recettes de l'entreprise, l'an dernier, sont de l'ordre de 6 737 millions de dinars, alors que les dépenses réelles sont estimées à 6 000 millions de dinars. En phase de redressement, l'ENIE, en commercialisant l'an dernier quelque 275 000 téléviseurs, malgré toutes les contraintes auxquelles elle fait face, reste leader (53% de parts de marché) dans son domaine, selon la même source, et dans un environnement saturé où la concurrence fait rage. Une concurrence déloyale que lui livrent les nombreux importateurs et entreprises de montage qui ont choisi la formule SKD.Un endettement aussi important freine l'évolution de cette entité industrielle qui ne peut tracer de stratégie de croissance basée sur l'investissement à long terme. «Nous n'avons prévu aucun investissement car nous n'avons pas l'argent nécessaire», dira l'ex-PDG.

L'ENIE mène un combat pour maintenir le cap et conserver ses parts de marché, en lorgnant du côté des autorités pour qu'elles prennent en charge son endettement. Une situation financière difficile qui éloigne la possibilité de contracter un partenariat avec un investisseur étranger. La tentative engagée avec le géant coréen LG, qui réalise un chiffre d'affaires de 80 milliards de dollars et qui voulait un joint-venture avec l'ENIE, a échoué. Ce dernier aurait exigé un licenciement important de travailleurs. L'entreprise compte maintenir un bon rythme de vente des deux produits qui ont connu un succès auprès des clients en 2002, à savoir les téléviseurs 55 et 35 cm. ENIE veut se lancer dans les grands écrans. Une étude de marché aurait fait ressortir un intérêt grandissant pour ce type de téléviseurs. ENIE compte aussi investir le marché maghrébin. Nos tentatives d'avoir de plus amples détails sur ses projets d'avenir et sur bien d'autres questions liées à la vie de l'entreprise ont buté sur le refus de communiquer de la part de ses responsables à l'ère de la révolution de l'information. Des réflexes de gestion bureaucratique et centralisée d'avant aux antipodes des exigences de l'heure.

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