Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Solidarité nationale - Comment épargner 33 milliards de F CFA par an

Sylvain THIOMBIANO

9 Novembre 2003


Le "mois de Solidarité" lancé récemment par le ministère de l'Action sociale suscite des réactions. Sylvain Thiombiano, architecte de son état, avait déjà proposé en 2001, une initiative susceptible de créer chaque année, une épargne nationale de 33 milliards 173 millions 500 mille F CFA. Voici le fruit de ses réflexions...

"J'espère n'égratigner personne avec ce cri de coeur sur un sujet d'ordre social vieux comme le monde : la pauvreté.

Y a-t-il en effet, une personne ou un groupe de personnes, une idéologie, une religion ou un parti politique qui ne se soucie pas du social ? Je ne prétends pas égaliser les membres de la société car nous serons toujours différents. Oui, nous ne naissons pas dans les mêmes conditions, nous n'allons pas à la même école, nous ne sommes pas soignés au même endroit, nous ne sommes pas enterrés au même endroit et même devant Dieu, nous sommes traités différemment. Alors, loin de moi le rêve d'égalité arithmétique des hommes sur la terre. Toutefois, il est possible et non aberrant de donner des chances à tout le monde. Il n'est un secret pour personne que nos structures sanitaires, des petites aux grandes, sont dépourvues du strict minimum pour soigner les patients. La mortalité ravage nos compatriotes, pardon, les Burkinabè. Il paraît que dans certains petits villages de nos provinces, on enterre parfois des dizaines par semaine au point que les familles, pour se consoler, s'en remettent au destin, à la fatalité ou à la foi.

Ces enfants morts, s'ils avaient eu une chance, seraient peut-être devenus des chercheurs, des ingénieurs et des médecins pour le Burkina. Les intellectuels appelleront cela la sélection naturelle pour cacher leur embarras ou plutôt leur impuissance à expliquer cela. En réalité, il n'y a pas de sélection naturelle dans la société des hommes civilisés, car Dieu a donné tout à l'homme (esprit et intelligence) pour que son existence soit rose. Il n'y a que dans les sociétés primitives et parmi les animaux qu'on peut parler de sélection naturelle. Or, à part ceux qui sont nés handicapés mentaux et les abonnés de la flemmardise, je pense que si chacun a sa chance, le Burkina peut compter sur tous. Il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas avec les prêts, les subventions ou les dons que le Burkina se développera. Ce n'est pas non plus avec les recettes fiscales ou douanières (surtout avec l'élan d'intégration que nous avons amorcé et qui diminue de façon drastique les recettes douanières), que le Burkina se développera.

"Si rien n'est fait..."

René DUMONT était bien optimiste quand il disait que l'Afrique noire est mal partie. Je pense pour ma part que trois (3) décennies après, elle n'est pas encore partie et qu'elle a plutôt enclenché une marche inexorable vers l'arrière. Nous avons parfois grâce à notre abnégation et à la bonne gestion de nos gouvernants, relevé des défis et pas des moindres : le paiement régulier des salaires des fonctionnaires (je n'ose pas imaginer ce qui adviendrait si nous devrions, comme tous nos voisins, passer des mois sans salaire). Ne nous voilons pas les yeux : ce qui est désormais convenu d'appeler le miracle burkinabè ne peut pas perdurer éternellement d'où la nécessité d'agir maintenant. Nous avons surmonté certes difficilement mais héroïquement des famines ; nous avons réussi l'organisation de la CAN'98 (au point que nous avons créé des émules) et notre participation a été très honorable. Le tour du Faso est désormais connu (là aussi, nous avons créé des émules).

Nous avons organisé brillamment le sommet France-Afrique, le sommet des chefs d'Etat de l'OUA, nous avons organisé la conférence de l'UIP (Union interparlementaire, ndlr) sans bavure ; nos cadets ont porté loin le nom du Burkina Faso, ou plutôt, le continent africain dans les arènes du foot mondial.

Nos étrangers, quelques jours seulement après avoir foulé le sol burkinabè, rendent hommage au courage de son peuple et de ses dirigeants. Je sais que nous pouvons faire mieux si nous prenons conscience que personne ne le fera à notre place. Pour s'en convaincre, il suffit de se rapprocher des services techniques du ministère des Finances (DGCOOP), ou du ministère des Affaires étrangères pour connaître les conditions des prêts aux bailleurs. Sachons que quand on n'a rien, on est généralement prêt à tout et certains prêts vont souvent contre notre développement. Ça, c'était le tableau. En résumé, nous faisons tous partie d'une société de SARL et chacun se bat pour éviter la faillite, malheureusement un jour, nous tomberons tous en faillite si rien n'est fait.

Pour en sortir, j'appelle tous les compatriotes à un examen de conscience et à se demander ce que chacun peut faire pour que nous nous engagions enfin dans la voie du développement. Je demande aux autorités de consulter par référendum, les burkinabè qui devront dire si oui ou non ils acceptent un effort patriotique annuel. Le Burkina ou du moins le Pays des hommes intègres, a toujours surpris le monde. Il est capable de créer cette fois encore l'exclusivité mondiale. Je souhaite, qu'à la question : êtes-vous pour ou contre une cotisation annuelle et par tête d'habitant de 1000 F, pardon 1000 balles ? La réponse soit unanimement ou tout au moins majoritairement Oui. Je sais que beaucoup de nos compatriotes sont incapables d'honorer cette cotisation et c'est d'ailleurs pour eux que nous nous sacrifierons.

"Nouvelle initiative"

Je sais aussi que certains patriotes ou amis burkinabè seront en mesure dans un élan de solidarité, de prendre en charge la cotisation de 10, 100, 1000, 10 000 et même 100 000 Burkinabè peu nantis. Je propose également, que pour chaque église, chaque mosquée, chaque temple construit, 1/100e de leur coût soit versé dans cette caisse. N'oublions pas aussi que pour certaines causes nationales (les peuples en guerre ou en mouvement de libération par exemple), des peuples ont consenti et consentent un effort de guerre pour aider au triomphe de leur cause. D'autres pays, bien que très riches ont instauré certains impôts comme l'impôt sur la fortune en vue de réaliser des projets sociaux.

Pensez-vous que nos partenaires prendront ce que leurs peuples ont cotisé pour nous donner gratuitement au nom de l'amitié ? Pourquoi, dans ce cas, ne demanderions-nous pas aux plus nantis des efforts supplémentaires ? Je veux parler ici : - des présidents d'institution, - des ministres et des secrétaires généraux, - des députés, - des directeurs généraux, - des directeurs de service et des chefs de projets, - des professions libérales, - des opérateurs économiques.

Concernant les impôts, je veux parler : - de l'impôt sur les maisons, - de l'impôt sur les véhicules, - de l'impôt sur les motocyclettes, - de l'impôt sur les mobylettes.

Notre avenir en dépend. Il n'y a pas d'autres solutions.

C'est ce que j'appelle "la Nouvelle initiative burkinabè pour le Développement" car il ne faut pas être dupe. "La fameuse Nouvelle Initiative Africaine pour le Développement" prônée par certains chefs d'Etat africains ne prennent pas en compte les intérêts des pays trop pauvres comme le Burkina mais ceux à revenus dits intermédiaires.

Que faire alors avec la cagnotte annuelle obtenue ?

Les besoins sont énormes mais les priorités seront : - de construire des infrastructures scolaires et sanitaires dans les villages les plus reculés tout en renforcant les capacités d'accueil du standing des hôpitaux des villes, - d'augmenter le personnel de la santé et de l'éducation, - de soigner gratuitement tous les Burkinabè pour certaines maladies courantes et élémentaires dont l'établissement de la liste reviendra au ministère compétent, - de scolariser gratuitement tous les enfants burkinabè jusqu'à un certain âge, - d'améliorer la qualité de notre eau et la mettre à la portée du plus grand nombre, - de faire avancer la démocratie car elle coûte cher (le personnel de la justice, les bureaux, le matériel, les élections...).

Avec la réalisation de ces programmes sociaux, notre cher Burkina Faso gagnera également des points dans le classement mondial du développement par le PNUD. Que deviendra alors le Burkina dans 20 ans seulement si ce scénario se réalisait ? L'enjeu en vaut bien la chandelle et nos enfants nous le vaudront.

Quelqu'un avait dit que la démocratie est un luxe pour les Africains. Si ces propos sont xénophobes, je m'inscris totalement contre cela. Si ces propos voulaient souligner l'incapcité des pays africains à honorer la facture démocratique, j'y souscris alors entièrement.

Imaginons pour finir qu'après tant d'efforts et de sacrifices, quelqu'un ou des personnes parmi ceux qui auront la charge de gérer cet argent, par gabegie ou par malversation s'en appropriaient une partie. La délation devra s'en suivre, les coupables arrêtés et livrés à la justice".

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Pays. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Burkina Faso

Rubriques