Bassirou Fall
10 Novembre 2003
Sous prétexte d'évacuer les eaux de pluie, freiner la montée des eaux du fleuve et sauver ainsi Saint-Louis d'une inondation certaine, des experts venus d'on ne sait quel horizon ont eu la diabolique idée de creuser un canal d'évacuation sur la langue de Barbarie, ce fragile ruban de sable, véritable miracle de la nature qui, depuis des temps immémoriaux, sépare l'océan Atlantique du fleuve Sénégal.
Je ne vais pas m'attarder sur les motivations réelles de cet acte qui, de toutes façons, me paraît insensé dans la mesure où il n'a fait l'objet d'aucune étude scientifique sérieuse, d'aucune expertise effective, encore moins d'une consultation des populations (notamment des pêcheurs habitant sur la langue de Barbarie) qui devraient pourtant être en principe les premières concernées. En tant que citoyen de la commune de Saint-Louis et donc touché par ce qui, à moyen ou long terme, risque de poser de graves problèmes écologiques, je voudrais lancer ici un appel à contribution pour une réflexion approfondie autour de cette question peut-être cruciale pour l'avenir de Saint-Louis et sa région.
J'en appelle donc à toutes les compétences réelles (pas aux apprentis sorciers, aux faiseurs de catastrophes, qui savent tout mais ne maîtrisent rien) à se prononcer sur la viabilité de cet acte que mon intuition (de profane en la matière certes) me fait ressentir comme gros de périls pour notre chère cité tricentenaire et son environnement immédiat. Ecologistes, environnementalistes, hydrologues, climatologues, spécialistes de la biologie fluviale et marine, je vous demande d'éclairer notre lanterne, je vous conjure de nous dire ce qui risque de se passer et quelles peuvent être, pour la ville de Saint-Louis, ses populations et ses ressources halieutiques, les conséquences d'un acte, accompli, semble-t-il, avec l'insoutenable légèreté d'individus qui ne se soucient que de profits personnels, politiciens ou financiers.
Aujourd'hui la couche d'ozone, la forêt amazonienne et bien d'autres sites naturels nécessaires à l'équilibre écologique de la planète sont menacés par l'action prédatrice d'hommes qui n'ont de logique que celle de leurs intérêts, qui n'ont d'humain que le nom. Car ils n'ont même pas conscience que la nature est d'essence divine et qu'on ne peut impunément violer les lois qui la régissent ou modifier ses composantes de manière inconsidérée, sans que cela n'entraîne de graves perturbations. Etait-il donc nécessaire d'en rajouter en massacrant ce long et beau ruban de sable, cette «exubérance incongrue de la nature, fille du fleuve et de l'océan», comme le dit si joliment le poète Yves Bergeret ? Telle est la question que je me pose et que doivent aussi sans aucun doute se poser tous ceux qui connaissent et aiment la ville de Saint-Louis et sa langue de Barbarie.
Gandiole, par Saint-Louis Email: falbas@hotmail.com Ps : A ceux qui s'intéressent à la question, je recommande le bel ouvrage du poète écologiste Yves Bergeret intitulé : «La langue de Barbarie», éditions Langue et Espace de Paris.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.