La Presse (Tunis)

Tunisie: Un livre, un débat : l'engagement et ses avatars

H.h.

10 Novembre 2003


Parlant de sa conception de la poésie, Noureddine Aziza affirme que celle-ci ne peut être, quel que soit son degré d'implication dans les préoccupations de la société et de l'époque dont elle est issue, l'expression d'une appartenance idéologique.

En nous proposant ce recueil de poèmes écrits durant les années 70, années où se posait avec insistance la question de l'engagement de la littérature et en nous précisant la part de liberté qu'il a toujours revendiquée par rapport au modèle dominant, il cherche à lever une ambiguïté. Certes, la Palestine et les problèmes qu'elle a toujours vécus constituent le thème central de l'ouvrage, mais quand il affirme que «le poète n'a d'engagement que vis-à-vis de lui-même», il place le débat à une autre échelle.

Quand on lit aujourd'hui une littérature qui se situe par rapport à la problématique de l'engagement, on ne peut s'empêcher de se demander s'il ne s'agit pas à l'heure actuelle d'une pratique désuète. Non que l'engagement des personnes pour défendre des causes ou des valeurs universelles soit condamnable en soi, mais parce que le domaine de la littérature et de l'art n'est plus considéré comme l'espace d'intervention adéquat. Même dans les pays ou les sociétés confrontés directement à des hostilités multiples, les mots ne sont plus des armes. En Palestine, le Mahmoud Darwich de «Sajjil ana arabi» (inscris : je suis arabe) n'a plus rien à voir avec celui qui vit aujourd'hui à Ramallah et qui écrit des poèmes d'un autre genre, qui «s'engage» d'une autre manière.

Toutefois, la création n'est pas un retrait par rapport à son contexte. Elle s'y inscrit et l'inscrit dans le produit qu'elle livre au public. Toutes les pratiques artistiques se réclament de ce double processus. Il s'agit là d'une forme de relation avec le réel qui se veut naturelle, peu contraignante et dialectique. Que cela ne coïncide guère avec l'engagement c'est peut-être tant mieux car cela dépasse le cadre d'une notion devenue étriquée.

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La littérature tunisienne semble avoir compris une large part de cette vérité. Excepté quelques voix amateurs, on n'entend pas aujourd'hui des poètes qui visent à faire vibrer des masses, à les tirer de leur léthargie. Le théâtre et le cinéma ont depuis belle lurette renoncé à la tâche de «conscientisation».

La valeur que les romanciers, les poètes et les dramaturges tunisiens considèrent actuellement comme fondamentale est celle de la sincérité. Ils insistent tous sur le fait que «le créateur ne doit pas tricher» (phrase récurrente dans la bouche des auteurs). Cette exigence veut tout dire : l'art ne doit pas être utilisé comme prétexte. Quant à l'acception conférée à la sincérité, elle varie d'un cas à un autre selon la référence qu'on adopte (soi-même, la catégorie à laquelle on appartient, le public qu'on vise, la réalité qu'on aborde, les outils qu'on utilise, l'art qu'on pratique ).

L'engagement a-t-il cédé la place à l'implication?

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