Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Après les Entreprises, le drapeau menacé

Fidèle Musangu

10 Novembre 2003


Kinshasa — Dans notre édition du jeudi dernier, nous sommes revenus abondamment sur le débat amorcé au Parlement au sujet de la question gênante des privatisations des entreprises rampantes du Portefeuille de l'Etat. On se souvient des passes d'armes à fleurets mouchetés entre certains membres du parlement et les ministres venus défendre le projet du Collectif Budgétaire.

Il nous a semblé à cet effet rappeler que des congolais épris de paix et de bonne volonté avaient trouvé indécent de procéder à des opérations de privatisation des entreprises du secteur public de l'Etat surtout en cette période de transition politique.

Conscients du manque de légitimité qui frappe toutes les Institutions issues du Dialogue inter congolais, ils avaient à l'unanimité convenu qu'il était plus loyal de s'en remettre aux Institutions qui seront issues des urnes à la fin de cette période de transition politique prévue dans 20 mois tout au moins pour débattre de cette question cruciale.

Ce rappel est fait pour rafraîchir la mémoire de tous, aussi bien les partenaires extérieurs que les acheteurs potentiels au sujet du danger qui placerait les engagements qu'ils pourraient prendre en violation des actes fondateurs de la Transition en situation d'être rejetés par les institutions issues des urnes. C'est pour éviter ce type de désagrément qu'il est préférable que tout le monde joue franc-jeu et que les partenaires extérieurs fassent tout pour accompagner les Congolais dans leurs efforts de redressement économique au lieu de chercher à faire main basse sur des entreprises du Portefeuille de l'Etat et cela à vil prix. En promettant comme contrepartie des soutiens politiques à accorder à certains animateurs des institutions provisoires.

Il s'avère donc que cette affaire appelle une véritable prise de conscience dans le chef des membres du gouvernement, du parlement et plus particulièrement les responsables des ex-composantes. On garde encore fraîche en mémoire la privatisation de la Société Nationale des Chemins de Fer ou S.N.C.Z en une entreprise privée du nom de SIZARAIL qui n'avait emmené aucun apport financier mais s'était arrogée le droit de contrôle sur tous les actifs de la S.N.C.Z. en renvoyant à l'Etat toutes les dettes. Le clan au pouvoir à l'époque dont certains ténors se retrouvent comme par hasard dans les rouages des Institutions actuelles, se préparait à brader d'autres entreprises du Portefeuille de l'Etat. N'eût été la guerre de 1996, l'Etat congolais aurait perdu l'essentiel de son portefeuille au profit d'un clan politique à travers des sociétés écran.

Le Drapeau congolais menacé de bradage Des rumeurs persistantes font état d'un projet du changement des couleurs du drapeau national, une opération qui relève de la compétence du parlement qui sera issu des élections. Il ressort de tous ces bruits que le prétexte avancé pour justifier cette manouvre sordide serait que le fond bleu et les étoiles du drapeau national entreraient en conflit avec le fond bleu ainsi que les étoiles du drapeau de l'Union Européenne. Les tenants de cette thèse et qui se recrutent surtout et le plus curieusement du monde dans les divers camps des ex-bélligerants, chantent à qui veulent les entendre qu'il ne serait pas convenable d'énerver ceux qui se préparent à soutenir financièrement et politiquement le processus de pacification et de démocratisation. Et dont l'apport combien louable, ajoutent-ils, a permis l'organisation et la tenue de tous les forums où les Congolais ont eu le loisir de débattre des questions liées à la crise armée qui a déchiré le pays durant plus de cinq années. C'est ici le moment de réaffirmer haut et fort que le drapeau est l'un des attributs de la souveraineté nationale. Pour en modifier la présentation, il faut solliciter l'avis du souverain primaire et cela ne pourra intervenir qu'au terme de la période de transition. Une question : Combien de drapeaux sur la planète Terre ne portent-ils pas les mêmes couleurs et pourquoi n'a-t-on jamais réclamé qu'ils soient changés? En vérité, certains partenaires tiennent à profiter à fond de la faiblesse des politiciens congolais en cette période de transition pour tout prendre et tout changer. De sorte que lorsque les Congolais ouvriront enfin les yeux, il sera trop tard pour redresser la barre.

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