Kimpozo Mayala
10 Novembre 2003
Kinshasa — La querelle opposant le gouvernement de transition au Parlement (Assemblée Nationale et Sénat) au sujet de la hauteur des émoluments à allouer aux membres de cette institution est en train de tourner au bras de fer. Aux dernières nouvelles, il est fait état du plafond de 1.200 dollars par député et sénateur au-delà duquel l'exécutif dit ne pouvoir négocier. Autrement dit, c'est à prendre ou à laisser.
L'étincelle est donc bel et bien en l'air car du côté de hémicycle de Lingwala, les revendications «salariales» se focalisent autour du taux de 2.000 USD (deux mille dollars). On pense ici que la fonction et le rang social d'un parlementaire exigent qu'ils se situent financièrement au même diapason qu'un ministre. Mais qui a fixé l'échelle des valeurs dans la société congolaise et les équivalences qui devraient la sous-tendre? Le vrai débat, pense-t-on, devrait s'organiser autour de la distribution du revenu national. Dans un Etat sans ressources, où le magistrat gagne moins de 20 dollars, où le professeur d'université touché 40 dollars, où des employés de plusieurs entreprises publiques alignent des années entières d'impaiement, où l'agent de l'Etat enregistre plusieurs mois d'arriérés pour un salaire dérisoire équivalent à 10 dollars, les exigences financières des députés et sénateurs troublent les esprits.
Ces élus autoproclamés du peuple auraient pu intégrer toutes les catégories d'emplois du secteur public - magistrat, enseignant, douanier, agent du fisc, policier, soldat, agent des renseignements - dans leur démarche pour mieux en apprécier l'impact financier sur le Trésor public. En effet, tous ceux dont la rémunération émarge au budget de l'Etat rêvent de vivre à l'abri du besoin. Que députés et sénateurs s'évertuent à prêcher pour leur propre chapelle: voilà de quoi attirer les foudres de l'opinion publique sur eux.
Une comptabilité sommaire montre qu'au taux de 1.200 dollars déjà, la paie mensuelle globale des députés et sénateurs (620 unités) se chiffre largement au-dessus du million de dollars. Est-ce un pays confronté à des côtes alarmantes de pauvreté peut se permettre une telle folie? Cette gloutonnerie financière fait peur d'autant qu'il faut prendre en compte, les rémunérations des membres des bureaux de l'Assemblée Nationale et du Sénat ainsi que celles des membres de leurs cabinets politiques et personnels d'appoint. Au bout du compte, l'institution parlementaire de transition est simplement budgétivore. Députés et sénateurs ont-ils réfléchi aux sources de financement de leurs charges alors que la RDC est presqu'inexistante dans le commerce international? Dans des Etats organisés, les animateurs des institutions nationales s'attribuent des émoluments en fonction des moyens disponibles et en tenant compte d'autres prétendants aux dividendes du Trésor public. Ce qui se passe en RDC est une remise en question du patriotisme et du réalisme politique.
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