Kimpozo Mayala, Envoye Special a Libreville
10 Novembre 2003
Kinshasa — Ouvertes par le Premier ministre gabonais, Jean-François Ntoutoume Emane, le mardi 04 novembre 2003 à l'Hôtel Intercontinental de Libreville, les 35ème assises de l'Union Internationale de la Presse Francophone (UIPF), se sont clôturées le vendredi 7 novembre
Dans le même palace en présence du Vice-Premier Ministre Paul Mba Absessole et du ministre de la Communication, des Postes et des Technologies de l'Information, Mehdi Teah. Avant de prononcer la formule rituelle, le représentant du président El Hadj Omar Bongo a réitéré la volonté du gouvernement gabonais de respecter la liberté de presse et d'expression, de déployer des efforts continus dans le processus de libéralisation du secteur de la communication. Très attentif aux échanges entre professionnels des médias ayant eu pour cadre Libreville, cette figure emblématique de l'opposition gabonaise aujourd'hui dans les arcanes du pouvoir, a souhaité l'avènement des véritables entreprises de presse en Afrique. Celles-ci, a-t-il souligné, devaient intégrer les besoins de formation et de perfectionnement non pas des seuls journalistes mais aussi de tous ceux qui participent à la diffusion des nouvelles dans les médias audiovisuels ou écrits, à savoir techniciens et agents administratifs. Le président Bongo, a-t-il indiqué, est prêt à s'impliquer dans des actions de mobilisation des ressources en faveur d'une meilleure qualification professionnelle des journalistes et de leurs auxiliaires. A son avis, le bilan de la formation dans la tranche temporaire de 1960 à 2000 est largement positif au regard du nombre de diplômés africains sortis des écoles de journalisme fonctionnant en Afrique (Yaoundé, Dakar, Kinshasa, Rabat) etc.
Paul Mba Abessole est revenu sur les relations Presse-Justice au Gabon où, depuis décembre 2001, le «Code de Communication» préconise la suppression des peines d'emprisonnement pour les journalistes en matière de délit de presse. En guise de soutien des pouvoirs publics au développement des médias écrits privés, il leur est alloué par le Trésor public, depuis 2001, une enveloppe annuelle de 500 millions CFA (environ un million de dollars américains). Il a terminé par un hommage appuyé à Jean-Helène, «victime d'un acte barbare» à Abidjan le mois dernier, ce qui, à son avis, a encore noirci l'image de l'Afrique en matière des droits de l'homme et de liberté d'expression.
Sévère interpellation pour la presse et les écoles de journalisme
C'est à Jean Pascal Ndong, président de l'UIPF/Gabon et Directeur Général de la radio privée «NOSTALGIE» qu'est revenu le privilège de donner lecture de la résolution finale ramassant les préoccupations de plus de 160 participants venus des 27 pays d'Afrique, d'Europe, d'Amérique et d'Asie pour échanger sur le thème «Formation et perfectionnement des journalistes, bilan (1960-2000) et perspectives». L'unanimité s'est dégagée autour de la nécessité d'adapter les programmes et matériaux de formation ou de recyclage des professionnels des médias aux nouvelles exigences des publics-cibles en information diverses sur des thèmes aussi divers et diversifiés que la démocratie, la politique, l'économie, le droit, les technologies de pointe, etc. Hélas, il a été constaté qu'après avoir rempli leur contrat pendant plusieurs années dans le domaine de la formation, certaines écoles de journalisme du continent se trouvent complètement déconnectées de la profession par manque d'aides publiques suffisantes, d'enseignants alliant connaissances livresques et pratique professionnelle, de matériaux didactiques de la nouvelle génération.
A ce sujet, il a été demandé aux gouvernements africains de se faire violence pour mobiliser des crédits indispensables à la formation des journalistes de qualité au plan aussi bien de la culture générale, des matières et techniques spécifiques au journalisme. Car, si ceux qui manipulent le produit informatif maîtrisent les règles du jeu, il y aurait plus de rigueur dans sa collecte, son traitement et sa diffusion ainsi que moins de dérives d'ordre éthique et déontologique.
Les «congressistes» de Libreville ont également souscrit à la nouvelle méthodologie de renforcement des capacités des ressources humaines consistant en l'intégration, pendant un délai allant de 3 à 4 semaines, des formateurs dans les entreprises de presse. Des expériences plus ou moins positives ont été tentées dans ce sens de février à novembre 2003 au Burkina Fasso, au Niger, au Mali, au Congo-Brazza et en République Démocratique du Congo avec un module en secrétariat de rédaction dans des journaux privés. Cette option a été motivée par l'impératif de combattre le virus des sessions de formation où les professionnels des médias s'inscrivaient juste pour le «perdiem», sans le moindre souci de se bonifier professionnellement. Ensuite, les «élèves» les plus assidus étaient des journalistes sans rédaction. Toutefois, une petite zone d'ombre a été décelée à Kinshasa : c'est le manque évident d'enthousiasme pour les enseignants de l'IFASIC à accompagner l'expert de l'AIF dans les maisons de presse, en dépit des accords passés entre les deux institutions comprenant une dotation en équipements techniques en faveur de cette école de journalisme.
Quant aux professionnels des médias et aux éditeurs, il a été noté un intérêt mitigé pour ce genre de partenariat. Pourtant, il est prévu aussi un volet d'appui aux entreprises de presse. On croit savoir que ce sont les conditions d'éligibilité à ce fonds (disposition d'un siège, emploi d'un personnel permanent, parution régulière du journal, prise en charge de 30% de l'investissement technique) qui ont refroidi certaines candidatures.
Nonobstant ces défauts de la cuirasse, l'expérience va être poursuivie avec des modules destinés aux managers des journaux dans le domaine de la gestion (secret sur les chiffres d'affaires garanti), aux rédacteurs en chefs, aux photographes et graphistes (caricaturistes), aux agents administratifs, aux techniciens). Il s'agit, en fait, de renforcer le savoir et le savoir-faire de toute la chaîne de production d'un journal, en son sein même.
Hervé Bourges, président de l'Union Internationale de la Presse Francophone, dans un exposé académique valant discours de clôture, a totalement approuvé la démarche ainsi amorcée. Il s'est réjoui de noter que la profession elle-même a compris qu'il était temps de réviser la manière dont «le métier est enseigné et pratiqué». Car, il y a un risque évident d'atteinte à la déontologie, à la qualité du travail d'investigation, à la rigueur du travail de recoupement et d'approfondissement des informations. «Informer, dit-il, ce n'est pas tenter d'emporter l'adhésion, c'est fournir les éléments de faits qui permettront à autrui de se forger son opinion». «L'UIPF, a-t-il promis, va réunir dans un bref délai les bailleurs de fonds et les acteurs de la formation afin de favoriser la cohérence et l'efficacité de leurs actions, tout en amplifiant leurs retombées directes ou indirectes".
S'agissant de la déontologie, Hervé Bourges a déploré la montée des médias de la haine dans la presse du Sud (Cas du Rwanda, du Congo Brazza, de la Côte-d'Ivoire, de la RDC). Il pense qu'on pratique de plus en plus «un journalisme qui ne devrait pas avoir cours, et où l'invention romanesque le dispute à l'intention de nuire pour fabriquer des papiers qu'on n'ose plus appeler d'information". Il a cité Jean Hélène comme étant une des victimes des médias de l'intolérance. Aussi, dans l'espoir d'élever la conscience professionnelle, l'UIPF organise, dans cinq mois, à Yaoundé, au Cameroun, les «Etats Généraux de la Presse Francophone, autour de cette question de déontologie journalistique».
Pour autant, le combat pour la liberté de la presse doit se poursuivre. A ce sujet, Hervé Bourges sera présent à New York en décembre prochain, afin de faire entendre la voix de la presse francophone lors du «Sommet Mondial sur la Société de l'Information» que parrainent les Nations Unies. Il compte y délivrer un message sans équivoque: «la liberté de la presse est un élément fondamental de l'information, et elle doit y être à la fois garantie et soutenue». Au sommet de la Francophonie annoncé pour octobre 2004 à Ouagadougou, l'UIPF fonde ses espoirs sur le président gabonais El Hadj Omar Bongo pour pousser ses collègues chefs d'Etat à garantir solennellement la liberté des journalistes par la suppression des peines d'emprisonnement pour des délits de presse. Hélas, dans l'attente d'un jour nouveau pour la presse francophone et africaine, Hervé Bourges a livré séance tenante des informations troublantes: la condamnation d'Ibrahim Souley, directeur de publication de l'hebdomadaire «L'Enquêteur» à Niamey à 12 mois de prison avec sursis, l'arrestation du Directeur de publication de l'hebdomadaire «Le Républicain», Abdou Mamane (Niger), la mise sous les verrous de trois journalistes maliens, Chérif Haïdar, Mamatou Traoré et Gata Bâ, tous de la radio privée «SIDO» ainsi que l'interpellation du journaliste Rodrigo Angue Nguema, correspondant de l'Agence France Presse en Guinée Equatoriale.
Le prix de «La Libre Expression 2001» au journal togolais «Le combat du peuple»
En marge des 35èmes assises de l'UIPF, il a été décerné au journal togolais, «Le combat du peuple» le prix de «La libre expression 2001», une initiative conjuguée de TV5, de l'OIF et de l'Agence de Coopération francophone. C'est la récompense du travail rédactionnel réalisé par cette publication dans le domaine de la défense de la liberté de presse et d'expression, dans un environnement politique hostile à la presse privée indépendante. Présent à Libreville, Lucien Messan, son Directeur de publication, a reçu un chèque de 3.800 Euros (trois mille huit cents), en présence de Denise EPOTE-DURAND, directrice de «TV5 Afrique» et Pierre-Abel DIRAT, chargé de mission du Secrétaire Général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Rappelons que la délégation congolaise à ces assises était composée de Cyrille Kileba Pok-a-mes (président de l'UIPF/RDC et éditeur de «The Post), Chantal Kanyimbo, (Rédactrice en chef principale à la RTNC), Jean-Joseph Indombe Yenduku (Administrateur Directeur technique à l'ACP), Guy Matundu (journaliste à la RTNC) et Jacques Kimpozo Mayala (Conseiller à l'UPC et Secrétaire de Rédaction au «Phare»). Philippe De Boeck, formateur de l'AIF pour les deux Congo, était aussi de la partie.
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