Christophe Bobiokono
10 Novembre 2003
Avant le 08 avril 2003, peu de personnes étaient informées de l'existence et de l'objet de la Sotrafer, la Société des Travaux ferroviaires.
Ce jour-là, à l'Hôtel Sawa à Douala, le Président directeur général de cette entreprise tunisienne, M. Beaoui Mahmoud, et le Directeur général de Camrail, M. Claes Patrick, paraphaient les documents de passation de deux marchés de travaux ferroviaires sur le chemin de fer camerounais. Le premier portait renouvellement de la voie entre Kaa et Zing, et le second concernait la réhabilitation de la même voie, entre Zing et Belabo. Le montant global des travaux dépassait 4 milliards de F Cfa. A peine la moitié de l'enveloppe demandée par des concurrents européens, apprenait-on dans les coulisses. Du pain béni pour Camrail, vu la réputation de la Sotrafer.
Ce même 08 avril 2003, l'événement viendra de la rétrocession de plus de la moitié des marchés âprement conquis à une entreprise camerounaise (homonyme ?). La Sotrafer confiait à son tour, dans le cadre dun partenariat entre entreprises du Sud, 53% des travaux obtenus à la Sitrafer, la jeune Société (camerounaise) internationale des Travaux ferroviaires. La Sotrafer reste donc responsable du marché aux yeux de Camrail, ce qui lui impose de suivre de très près les travaux qui démarreront en 2004. Par ce partenariat, Sotrafer fait des bénéfices (limitation de la mobilisation de ses équipements et de ses hommes) et Sitrafer obtient une part importante dans un marché auquel elle nétait pas éligible du fait de sa capacité et de son expérience. Elle acquiert par ailleurs de lexpérience et fournit du travail aux Camerounais.
Compétitivité
Partenariat mutuellement bénéfique, les deux entreprises ont décidé de le consolider. Le 08 août 2003 donc, à Tunis, la Sitrafer et la Sotrafer se sont engagées dans une coopération d'affaire triangulaire avec un troisième larron, les Travaux du Sud-Ouest (Tso), une société de droit français. Le protocole d'accord commercial signé entre les trois parties portait sur " les travaux ferroviaires de renouvellement, construction et maintenance de voies ferrées sur le continent africain ", dune part, et " la mise en place et la gestion dun centre de formation au Cameroun pour les techniciens ferroviaires ". Les trois entreprises, qui refusent de faire désormais concurrence, s'organisent ainsi pour se donner les moyens de contrôler non seulement les futurs marchés du Cameroun (et il semble qu'ils seront nombreux !), mais aussi faire une incursion dans les autres pays de l'Afrique : Madagascar, Sénégal, République Démocratique du Congo, Gabon, Mozambique et Tanzanie.
Sitrafer, Sotrafer et Tso ont donc une ambition continentale : elles se mettent ensemble pour faire face à la concurrence, notamment "des groupes asiatiques, dans le cadre de la recherche des marchés (chantiers) qui vont se présenter en Afrique". Leur stratégie consiste à mettre en commun leurs ressources. L'union créée devrait par exemple bénéficier de la main d'oeuvre relativement bon marché de la Sitrafer, entreprise d'un pays pauvre, pour être plus compétitive. De même, la Sotrafer, entreprise d'un pays dit émergent et dotée de moyens modernes, doit pouvoir mobiliser son savoir-faire et sa ressource matérielle dans le même objectif. Surtout pour des chantiers qui présentent les mêmes caractéristiques que les chemins de fer camerounais (voie métrique) et tunisien. Le transfert de la technologie, dans ce partenariat, est assuré par la mise sur pied d'un centre de formation au Cameroun.
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