Saliha Aouès
11 Novembre 2003
Ils sont nombreux et leurs activités font des émules, ces commerçants qui changent de vocation à l'occasion de ramadhan.
Au nez et la barbe des autorités locales qui ferment les yeux sur ces ventes illicites, sans aucune norme d'hygiène, exposés à même le sol, à la pollution et à la poussière. On a beau dire, parler, écrire, se plaindre, rien ne peut arrêter ces situations dont se rendent complices le citoyen qui achète et encourage, et encore plus les pouvoirs publics qui laissent faire en toute impunité Regard
Phénomène cyclique que celui qui apparaît à chaque ramadhan : la reconversion des commerçants. Ils laissent de côté les produits initialement vendus le reste de l'année et changent radicalement, comme s'ils avaient toujours fait ça, de métier. Le temps, disent-ils, des faire leur beurre.Entendu à la radio : ce vendeur de chaussures à Annaba déclare fièrement au micro du reporter de la chaîne III qu'il est marchand de chaussures pour femmes. Et chaque année, en cette même période de jeûne, il se transforme en vendeur de zlabia, kalb ellouz et toutes sortes de gâteaux orientaux. Il précise même que son registre du commerce l'autorise à vendre des chaussures, et qu'il n'a pas pris d'autorisation pour le ramadhan puisqu'il n'a jamais été inquiété. Du côté de l'autorité, les services de contrôle des prix et de la qualité, il est exigé des commerçants de prendre autorisation justement pour pouvoir se reconvertir et que cette autorisation est donnée à condition que le vendeur en question se plie aux normes d'hygiène et de la qualité .Et il n'est donc pas étonnant d'assister en ce mois encore une fois à toutes sortes de transformations et de changements. Pour ce vendeur de chaussures, c'est une habitude liée au ramadhan, comme si, pendant ce mois, le citoyen n'avait pas besoin de se chausser. Mais il faut comprendre par là que les friandises rapportent plus. Ceux qui étaient déjà dans le rayon s'en plaignent et se voient concurrencer dans leur métier à quelques pas de leur boutique.
Concurrence et anarchie
Inutile de citer ces revendeurs qui s'improvisent dans les quartiers et cités populaires marchands de zlabia et kalb ellouz. Il suffit d'aménager un petit espace, avec du plastique noir, du carton et quelques piquets pour soutenir le tout afin d'en faire une baraque de fortune et le tour est joué. Côte à côte, ces espaces de vente sont pris d'assaut surtout par les retardataires qui ont oublié ou n'ont pas eu le temps de s'offrir ces dégustations propres à ramadhan ou encore ceux pour lesquels le marchand spécialisé dans ces friandises se trouve loin du domicile. Un peu comme ces marchands de fruits et légumes qui sillonnent les cités et qui évitent aux ménagères de se déplacer au marché. Une aubaine donc pour les jeunes oisifs que le mois de carême, d'autant que c'est net de tout impôt. Sur le dos du contribuable et au nez de l'APC. Quant au souci d'une autorisation préalable, nulle inquiétude. Mais là où le bât blesse, c'est quand ces produits sont agglutinés sur les trottoirs et jusqu'aux chaussées en plein centre-ville. Sans aucune norme d'hygiène ou autre.
En plein air, sans aucune protection sur les articles et produits alimentaires comme les dattes, les fameux gâteaux orientaux au miel, le nougat, le halva turc, des corbeilles entières de pain, de galettes, où viennent se stocker la poussière, la suie des véhicules, les relents des crachats des amateurs de tabac à chiquer, tourner des mouches qui piquent de la tête dans les alentours des dépôts sauvages d'ordures ménagères qui s'amassent à tous les recoins de rues Sans oublier les émanations des regards éclatés et des flaques d'eau boueuses qui emplissent les innombrables nids-de-poule mais à qui en fait revient véritablement la faute ? Certainement à la commune qui laisse faire. Au citoyen qui achète et encourage ce commerce illicite et au contrôle qui ne fait pas son travail. Avec le millier d'agents de la DCP qui courent les marchés, aucune trace. Et à la radio, sensibilisation du consommateur à travers un communiqué du ministère de la Santé et de la Population diffusé et lu dans l'intérêt général : ne pas consommer de ces produits exposés à même le sol, à la poussière et à la pollution, parce que non contrôlés et non autorisés à la vente. Ah, bon !
Flagrante déliquescence
Partout, pourtant, le même spectacle anarchique, de laisser-aller, d'abandon qui investit les grandes artères de la capitale. Qui vend des régimes de bananes dans la rue Hassiba Ben Bouali, créant des embouteillages monstres, empêchant même les piétons de circuler à l'aise sur les trottoirs déjà encombrés par les chantiers qui ont transformé Alger en un immense gruyère. D'autres vendeurs de fruits et légumes ont trouvé refuge dans les ruelles qui traversent les quartiers, pour laisser, comme les autres, après leur départ, des tonnes de détritus, de cartons et de sacs noirs Une image qui ne semble pas déranger outre mesure les autorités communales, alors que les éboueurs de Netcom oublient de passer par là ou font leur ronde tardivement pour le ramassage des ordures. Un état de fait affligeant qui a fini par lasser le citoyen quand il lui prend de dénoncer ces situations ; qui a fait mettre des oeillères aux collectivités ; qui démontre encore une fois l'absence de l'Etat par le biais de ses commis qui n'ont cure de ce qu'il advient de la salubrité de la capitale surtout, de la santé publique particulièrement. Comme si les épidémies de l'été n'avaient pas suffi à la peine du citoyen, des praticiens, soumis à rude épreuve, faute d'hygiène et de propreté. Et c'est quand cela arrive que le branle-bas inutile se fait général pour brasser du vent et récolter des pertes humaines inadmissibles. Et le hic, c'est que ça risque de continuer et de s'aggraver. Quant à des réactions de la part des pouvoirs publics, il n'y a plus qu'à attendre, faute d'espérer
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