La Tribune (Algiers)

Algérie: L'année de tous les bouleversements

Abdelkrim Tazaroute

11 Novembre 2003


opinion

L'année 2003 aura cette particularité d'avoir provoqué tous les bouleversements, des plus attendus aux plus invraisemblables aussi bien sur le plan politique qu'économique et social.

Ce n'est peut-être pas nouveau car il est généralement admis et accepté que l'année qui précède une importante échéance électorale, les élections présidentielles, reste et demeure une année singulière pour tous les acteurs politiques. Les élections présidentielles aiguisent des appétits et les convoitises et restent de nature à favoriser des jeux d'alliance, des tractations de l'ombre et autorisent même, jusqu'à une certaine mesure, une guerre sans merci entre parties rivales. Cependant, ce à quoi nous assistons depuis pratiquement une année dépasse tout entendement que même une élection aux enjeux aussi importants ne peut normalement justifier, si ce n'est en partie.Cette appréciation plutôt peu favorable à cette effervescence de la scène politique au fur et à mesure que l'on se rapproche davantage de la date fatidique du rendez-vous électoral d'avril 2004 n'est pas partagée par ceux, de plus en plus nombreux, qui sont convaincus que nous assistons aujourd'hui réellement aux premiers balbutiements de la démocratie dans notre pays. Ils trouvent alors normal que les affrontements soient musclés parce que par le passé, font-ils remarquer, si rien n'était apparent sur les luttes menées pour la conquête du pouvoir, c'est qu'un consensus sur la question intervenait au moment opportun pour aplanir les divergences et taire les rivalités. En clair, tout est tracé le moment venu.

Tout est réglé comme sur du papier à musique, le reste est affaire de prestidigitateur. Et tout le beau monde s'y met, administration et acteurs politiques, qu'ils soient de l'opposition ou de la coalition. Les partis politiques se prêtent volontiers au jeu de la démocratie de façade, des élections aux résultats déjà connus après avoir au préalable négocié le prix de la compromission.Il en a résulté la défiance des citoyens et grand fut le désarroi des formations politiques balayées par le vent de révolte juvénile qui souffle sur le pays depuis pratiquement trois ans et ce, épisodiquement, dans certaines régions du pays et presque sans interruption durant au moins deux années en Kabylie. Le désaveu des citoyens sera total pour toute la classe politique et les pouvoirs publics.Les citoyens désabusés par tant de promesses non tenues, fatigués par des élections à répétition qui ne changent rien à la société algérienne, désenchantés par l'incapacité avérée des partis politiques à prendre en charge leurs aspirations politiques, sociales et économiques, tourneront le dos à la chose politique. Ils l'auront fortement signifié aux pouvoirs publics et à la classe politique lors des précédentes élections législatives et locales mais apparemment les politiques sont de mauvais élèves et la leçon administrée n'a pas été retenue.

Les partis politiques vivent vraisemblablement en vases clos coupés de la réalité tout en croyant réussir à chaque fois à tromper le pauvre citoyen -électeur sollicité le temps d'une campagne électorale avec un travail de proximité et des promesses en tous genres. Mais à ce jeu personne n'est dupe et des leaders politiques ont appris à leurs dépens le coût des compromissions et autres tergiversations sur la crédibilité du parti et son ancrage dans la société. L'effervescence de cette année particulière rentre dans la logique de la perspective des présidentielles 2004. Le général major Mohamed Lamari tirera le coup de starter annonciateur du début des hostilités pour des présidentielles ouvertes. La déroutante formulation «l'armée reconnaîtra le président élu même s'il est du courant islamiste» en sonnera le glas. Une époque semble se refermer pour céder place à une nouvelle ère. Un changement souhaité peut-être, mais cette neutralité dont veut s'habiller l'armée n'est pas sans créer des troubles, voire un certain désarroi de la classe politique, notamment les partis de la mouvance démocrate et les partis de l'administration. Sans feuille de route donc pour l'instant, le changement opéré dans le sérail laisse la classe politique dans un obscur nuage. Les batailles alors livrées sont des implosions internes.

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Toutes les structures politiques et autres mouvements associatifs et partis politiques sont en prise avec des divergences internes qui s'exacerbent et qui finissent avec l'éclat des ruptures brutales. Et lorsque même la presse est traversée par cette fièvre électoraliste en tenant de surcroît à jouer les premiers rôles, la porte est ouverte aux dérapages et pour l'année de tous les bouleversements.

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