Y. Sangaré
11 Novembre 2003
Vendredi soir, «L'ensemble Kotéba», au grand complet, était sur la scène de la salle Kodjo Ebouclé (700 places) du palais de la Cculture. Pour présenter, à nouveau, sa pièce intitulée «La cour».
Il est 21 H 10 quand le rideau s'ouvre, quatre jeunes femmes, le torse nu, un pagne noué autour de la poitrine, chantent les louanges du vieux Jeannot. Non loin de là, un homme athlétique, cheveux grisonnants, vêtu d'un costume vétuste, très plissé, assorti d'un «mougouba» (genre de pantalon ample qu'on porte sous les caftans), posté comme un garde frontier, sort subitement de son silence. «Moi, c'est ancien, je suis un ancien combattant et j'ai fait la guerre chez les blancs jusqu'à...», dit-il. Avant de révéler être un locataire du vieux Jeannot. Justement, dans la cour de ce vieil homme cohabitent non sans heurts, un florilège de personnages écclectiques, de diverses cultures : la vieille mamie Adjoua et son voyou de fils Johnny, M'Baye, l'ébéniste, Haoussa, l'hilarant marabout, son imposante épouse, le sanguin Kossi et sa ravissante Koumba, Maradona, l'infirmier avorteur, vieux Jeannot... Là, la moindre rixe prend des proportions démesurées, une petite dispute suffit pour étaler dans la cour, le secret conjugal. Comme dans une vraie cour commune, chez vieux Jeannot, les commérages côtoient la médisance, la sournoiserie flirte avec l'envie. Bref, tous ces colocataires s'entrechoquent, s'empoignent, mais sous fonds d'une solidarité sous-adjacente. Ainsi quand Johnny, le rejeton de Mamie (rejeté par cette dernière afin qu'il trouve du travail) meurt, tué par ses complices braqueurs, toute la cour s'émeut et l'entoure d'une grande compassion.
Entre solidarité et vivalité, la cour vit paisiblement jusqu'au jour où des promoteurs décident de la raser afin d'y bâtir un building. Pour la sauver, un producteur (Souleymane Koly) propose à vieux Jeannot et des locataires d'enregistrer un album dont les bénéfices serviraient à surseoir à la destruction de la cour... Ecrite et mise en scène par Souleymane Koly, responsable du «Kotéba», «La cour» est une satire pertinente du quotidien du «petit» peuple. Avec humour, réalisme, il dépeint l'ambiance mouvementée des cours communes et surtout rappelle qu'au-delà des différences, la solidarité y est une vertu primordiale de l'existence. Une création riche cruellement d'actualité.
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