Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Tour du Faso - Le Burkina passe à côté

Propos recueillis par ALG

10 Novembre 2003


Du 29 octobre au 9 novembre 2003, le Burkina Faso a vibré au rythme de son Tour, le 17e. Les lampions se sont éteints le 9 novembre au Mess des Officiers par la remise des récompenses aux plus méritants. Que retenir de cette épreuve ?

Tout est parti de l'erreur que le Burkina a commise dès la 1ère étape de Kaya. Ce jour -là, Mahamadi Sawadogo lève les bras de la victoire sur la ligne d'arrivée alors qu'il restait encore un circuit de 5,5 km. Tjallingii endosse le maillot jaune et ne le cédera plus jamais. Cette seule victoire d'étape lui a suffi pour dominer tout le monde. Il était là à presque toutes les étapes. Il est vraiment pétri de talent.

Le Burkina semblait réserver de bonnes surprises en arrachant le maillot vert (Gueswendé Sawadogo) à la 2e étape. Règne d'un jour ! Les Etalons ne verront plus jamais le maillot vert. Il ne leur restait que le maillot du 1er des Africains à conserver. Ce maillot aussi leur échappera à Tenkodogo à la 9e étape à cause d'une option de l'encadrement technique. Mahamadi Sawadogo qui portait ce maillot se met dans tous ses états. Il était vraiment fâché contre son entraîneur mais retrouve son humour à la fin du Tour et déclare : "Je n'ai rien contre personne. Je faisais la bonne bagarre puisque nous étions sur le Tour pour avoir des résultats".

La seule victoire d'étape du Burkina s'enregistre dans la capitale du Passoré, Yako. Là, Laurent Zongo s'est finalement imposé. Les 3 avant-dernières étapes ont été les plus dures pour les Burkinabè puisqu'ils sont passés juste à côté de la victoire. Seulement des millièmes de secondes pour départager les uns et les autres.

Vraiment dur ! Les Européens, notamment Marco Polo et Aliplast étaient très forts.

Côté Afrique, il faut louer la prouesse du Cameroun qui était là pour se faire valoir. Il est reparti avec le maillot du premier des Africains.

Les Burkinabè ont tout essayé. C'est l'une des rares fois où les Etalons terminent un Tour du Faso avec seulement une victoire étape. L'encadrement et les coureurs trouvent la raison à cela : "Nous n'avons pas eu de préparation". Les concurrents européens admirent plutôt le talent des Burkinabè.

On ne doit pas l'oublier, cette édition a été très relevée. Les coureurs sont allés vite et même très vite. Ils ont eu le mérite de rouler à près de 45 km/h sous ce soleil de plomb et ce sur un parcours de 139,5 km (Tenkodogo-Fada). C'est l'une des satisfactions de ce Tour. Sur les 82 coureurs du départ, 65 ont pris le départ de la dernière étape. L'équipe victorieuse (maillot jaune) a terminé avec 3 coureurs dont les deux meilleurs de ce Tour. Le Burkina comme à ses habitudes n'a enregistré aucun abandon sur les 18 coureurs qu'il a alignés.

C'est le lieu de féliciter aussi le Bénin, le Mali, le Togo et le Sénégal qui ont tenu à rendre la fête plus belle.

Organisation

Il faut tout de suite noter avec satisfaction la présence des Radios -Tours sur cette épreuve. Elles ont été d'une grande utilité. Elles ont permis surtout à la presse de travailler de façon adéquate. C'est en l'honneur des organisateurs.

Le problème des motos a failli entacher la course mais fort heureusement le problème a été vite résolu et toutes les motos ont rejoint le peloton. A l'avenir, il faudra prévoir tout, à temps pour que les uns et les autres ne se jettent plus la balle.

A chaque édition, il faut l'appui de partenaires pour que l'événement tienne la route. Cette année encore, le Crédit Lyonnais est venu de la France aux côtés de la SOFITEX dont l'équipe était conduite par Hélène Traoré. La SOFITEX a toujours été aux côtés de la petite reine encourage le coureur le plus combatif.

A côté d'eux, il y a l'ONATEL qui se veut "africaine" en parrainant le maillot du 1er Africain. Au delà de ce maillot, l'investissement de l'ONATEL a été perceptible.

JUMBO, cette année fut un des partenaires de CFI pour ce Tour du Faso. Jean-Paul Ouédraogo et son équipe se disent satisfaits de cette 17e édition. Burkina Moto, la CNSS, le CNLS/IST, Ludic Lydia et autre JSA, Close up ont réaffirmé leur engagement à accompagner la petite reine La leçon à retenir de ce Tour se résume dans cette phrase du DG du Tour de France, Jean-Marie LE BLANC : "Nous pouvons tous être fiers du travail accompli non seulement en faveur du cyclisme, mais encore en faveur des rapports humains".

Rendez-vous a été pris pour la 18e édition.

Encadre

Ils ont dit...

Laurent Jalabert (ancien champion cycliste français): Le Tour du Faso est une belle épreuve que je découvre pour la 1ère fois.

C'est une compétition bien organisée avec des coureurs bien valeureux qui n'hésitaient pas à attaquer. J'ai vu des coureurs qui avaient toujours envie de se montrer. Ce fut une course très rapide.

Mahamadi Sawadogo (coureur burkinabè) : A la fin de ce Tour, je peux dire que je suis très heureux. Je suis très content cette année. L'année dernière, j'avais contracté une blessure 25 jours avant le début du Tour. Beaucoup n'avaient pas compris cela. Je n'avais donc pas pu m'exprimer comme je le voulais. Cette année, j'ai fait ce que je pouvais faire.

Il y a un aspect sur lequel je ne peux pas me taire. J'avais le maillot du 1er des Africains et je l'ai perdu à Tenkodogo. Sur l'axe Koulbila-Tenkodogo, j'ai constaté entre temps que je risquais de perdre le maillot. Il nous a été présenté 2 mn 40 s comme écart C'est en ce moment que j'ai appelé les coéquipiers pour attaquer. C'est quand l'écart a été ramené à 28 secondes que mes entraîneurs m'ont intimé l'ordre de ne pas aller parce que nous avons 5 coureurs devant. Comme le boulot ne me revient pas à moi tout seul, je ne pouvais pas les contredire ; mais j'étais persuadé qu'on allait perdre le maillot du 1er Africain. Je ne pouvais plus rien faire pour qu'on ne dise pas après que c'est moi Mahamadi qui ai empêché une victoire d'étape du Burkina. A l'arrivée de Tenkodogo, on a tout perdu : on n'a pas gagné l'étape, on a perdu le maillot du 1er des Africains.

Je n'étais vraiment pas content et vous l'aurez remarqué. Est-ce à dire que j'étais incapable de battre celui qui m'a arraché le maillot ? Je ne crois pas, parce que lui et les autres coureurs camerounais me connaissent très bien. Nous sommes tous deux rouleurs et le Camerounais ne pouvait pas me battre si mes encadreurs ne m'avaient pas empêché de partir. Comme toute organisation a un responsable, je ne pouvais pas contredire mes entraîneurs, mais je n'étais pas du tout content.

Nous nous donnons rendez-vous l'année prochaine.

Aboubacar Tao (DTN Burkina) : Je suis satisfait de la prestation des Etalons cyclistes. Bien sûr que ça été dur, mais je crois qu'ils ont su tirer leur épingle du jeu, parce que le niveau était encore plus élevé cette année. Marco Polo et Aliplast n'ont pas amené les coureurs qu'il fallait. Je crois qu'ils ont su glisser 2 ou 3 professionnels. On peut dire que le Burkina a raté la victoire dès les premières étapes en ce sens qu'il pouvait triompher dès la toute première. On a eu le maillot vert pour 24 h. Les Etalons cyclistes n'avaient pas l'énergie qu'il fallait pour contrecarrer la hargne des coureurs européens. S'ils avaient eu cette préparation correcte, on se serait partagé les maillots.

En ce qui concerne le maillot du 1er des Africains que nous avons perdu à Tenkodogo, je dois souligner que nous avons fait un choix sur l'étape Koulbila -Tenkodogo où il y avait une échappée. Nous nous étions dit qu'il fallait, soit opter pour la victoire d'étape, soit essayer d'améliorer notre classement final au temps. L'option était juste parce qu'une autre victoire d'étape allait galvaniser les Etalons et donner du baume au coeur des supporters. On a essayé et ça faillit marcher.

Ce Tour nous a permis de connaître le niveau réel de notre cyclisme. Il faut donner plus de moyens à la Fédération et aux encadreurs pour améliorer les capacités physiques et techniques de nos coureurs pour plus de satisfaction.

Jean Claude Herault (Co-directeur général du Tour du Faso) : Ce qui nous a marqués à cette 17e édition, c'est que la course a été très animée, même si le vainqueur de la 1ère étape a remporté cette édition du Tour du Faso. Tous les jours, il y a eu des attaques. Nous ne nous sommes pas ennuyés. C'est vraiment un point très satisfaisant. Le niveau de la course s'est largement amélioré même si sur certaines étapes nous avons bénéficié d'un vent favorable.

Cette année, il y a eu les tronçons de piste; ce n'est pas sûr que cela ait changé beaucoup de choses. Néanmoins, cette innovation a apporté plus de piment à la course. L'année prochaine, nous pourrions encore augmenter le tronçon de piste.

Laurent Bezault (Directeur de course ): Je fais un bilan positif de cette compétition. Il n' y a pas eu d'incidents particuliers. La course s'est très bien déroulée. Les deux étapes de piste ont été bien perçues par l'ensemble des concurrents. On peut regretter que les coureurs africains notamment burkinabè n'ont pas eu plus de victoire. Cela a été dû au fait que les équipes de Marco Polo et d'Aliplast ont été très fortes. A part le Cameroun, les coureurs africains ont manqué un tout petit peu de panache.

Cette année, on a eu moins de coureurs malades. Sur un plan général, ça s'est très bien passé.

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