United States Department of State (Washington, DC)
Par Charles Corey Rédacteur du "Washington File"
10 Novembre 2003
Washington, DC — Les Etats-Unis souhaitent aider Djibouti à se doter des moyens nécessaires pour faire face aux besoins de sa population, a déclaré Mme Marguerita Ragsdale, le 5 novembre, à la commission sénatoriale des affaires étrangères chargée de recommander au Sénat d'entériner ou non sa nomination au poste d'ambassadeur dans ce pays.
L'aide des Etats-Unis à Djibouti, qui compte quelque 650.000 habitants, atteindra problablement 90 millions de dollars tant en 2003 qu'en 2004, a-t-elle dit. La plupart de cette aide est destinée à aider ce pays à renforcer ses institutions.
Un des membres démocrates de la sous-commission sénatoriale des affaires africaines, M. Russell Feingold, qui participait aux travaux de la commission des affaires étrangères, s'est félicité du nouveau renforcement des relations entre les Etats-Unis et Djibouti dans le cadre de la lutte mondiale contre le terrorisme. La seule base militaire des Etats-Unis en Afrique subsaharienne ainsi que le quartier général du corps expéditionnaire chargé des opérations de la coalition contre le terrorisme en Afrique de l'Est et au Yémen sont situés dans ce pays.
Après la déclaration liminaire de Mme Ragsdale, M. Feingold lui a posé plusieurs questions au sujet de Djibouti. Il lui a notamment demandé quel était le montant de l'aide que recevait Djibouti si on le calculait par habitant de ce pays et si cette aide pouvait être utilisée à bon escient et d'une manière rentable.
Mme Ragsdale a répondu que le montant de cette aide était très élevé par rapport au nombre d'habitants du pays. "Nous craignons toujours, a-t-elle dit, lorsqu'un pays pauvre comme Djibouti reçoit une grande quantité de capitaux, qu'il n'utilise pas cet argent à bon escient." La future ambassadrice s'est cependant engagée à collaborer étroitement avec d'autres pays donateurs pour veiller à ce que les directives relatives à l'utilisation de l'aide des Etats-Unis soient suivies scrupuleusement et que les objectifs de l'aide soient bien atteints.
"On peut soutenir, a-t-elle ajouté, que Djibouti va recevoir beaucoup d'argent, semble-t-il, et on peut se demander s'il y a une contrepartie de la part des Djiboutiens. Ce que nous tentons de faire, c'est de faciliter le renforcement des institutions de Djibouti. Du fait de sa pauvreté, ce pays ne peut pas offrir à sa population les services dont elle a besoin et qu'elle mérite. C'est pourquoi notre aide est affectée aux secteurs de l'éducation et de la santé et à la formation de Djiboutiens pour qu'ils puissent assurer la sécurité le long des frontières du pays."
A propos des relations entre l'ambassade des Etats-Unis et la population djiboutienne, M. Feingold a souligné qu'il importait que cette ambassade, comme toutes les autres ambassades des Etats-Unis, transmette le message selon lequel les Etats-Unis n'étaient "pas hostiles à l'islam" et qu'ils voulaient encourager un véritable dialogue avec les musulmans grâce à l'accroissement des échanges.
Mme Ragsdale a donné l'assurance que, sous sa direction, l'ambassade de Djibouti entretiendrait des relations avec la population du pays de diverses manières. "J'ai l'intention d'encourager le personnel de l'ambassade à entrer en contact de façon très visible avec la population en dehors de nos locaux. Je pense que c'est très important car il ne suffit pas de rester dans son bureau et de tenter de comprendre ce qui se passe dans le pays. Si nous faisons ce premier pas, nous aurons déjà parcouru du chemin."
La future ambassadrice s'est aussi engagée à faire usage de toutes les ressources de la diplomatie publique qu'offre le département d'Etat pour atteindre ces objectifs. Les programmes d'échanges entre les Etats-Unis et Djibouti n'ont pas été bien utilisés jusqu'ici, mais il est possible de remédier à cette situation rapidement, a-t-elle dit en ajoutant que son expérience de diplomate au Moyen-Orient et en Afrique lui permettrait de bien comprendre les Djiboutiens.
A propos du retrait de Djibouti des négociations de paix relatives à la Somalie, Mme Ragsdale a attribué cette mesure à des sentiments de frustration. Faisant état d'un entretien récent avec le président Ismaïl Omar Guelleh, elle a indiqué que ce dernier avait exprimé indirectement des sentiments de frustration et qu'il avait semblé critiquer les participants aux négociations. "Il pense, a-t-elle dit, que les seigneurs de la guerre somaliens ne cherchent pas à défendre les intérêts de la population somalien, mais leurs propres intérêts."
Le président Guelleh "se préoccupe aussi beaucoup du conflit entre l'Ethiopie et l'Erythrée, car il a de très bonnes relations avec l'Ethiopie. Tant que ces deux pays ne régleront pas leur conflit, il ne pourra y avoir de stabilité véritable dans la corne de l'Afrique, et le président Guelleh en a conscience", a-t-elle souligné.
En réponse à des questions sur le bilan de Djibouti en matière du respect des droits de l'homme par la police et par les forces de sécurité, Mme Ragsdale a déclaré qu'il était "mauvais", comme le signalait le rapport du département d'Etat sur les droits de l'homme dans le monde. Elle s'est engagée à oeuvrer de concert avec toutes les institutions publiques de Djibouti, notamment avec l'appareil judiciaire et avec le corps législatif, en vue d'améliorer ce bilan, si le Sénat entérinait sa confirmation. Déjà, a-t-elle dit, le pays a pris des mesures importantes à cet effet.
Quant à la réaction de la population djiboutienne à l'intervention des Etats-Unis en Irak, elle a déclaré : "Tout comme dans la plupart des autres pays musulmans, il existe une différence entre la manière dont les Djiboutiens nous considèrent et la manière dont ils considèrent notre politique. En ce qui concerne l'Irak, ils craignent que nous restions dans ce pays pendant longtemps. Toutefois, les Djiboutiens, comme les autres membres de la Ligue arabe, considèrent que notre politique au Moyen-Orient ne se limite pas à l'Irak. Alors qu'ils paraissent être bien disposés à notre égard en tant que nation, ils se préoccupent beaucoup de ce que nous faisons au sujet d'un autre problème du Moyen-Orient, à savoir le conflit israélo-palestinien."
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