Fraternité Matin (Abidjan)
Kambiré Élie
11 Novembre 2003
Abidjan — L'Asec mimosas a réussi un vrai passage en force en remportant son 19ème titre cette saison.
Elle s'est retrouvée sur la plus haute marche du podium, grâce à une extraordinaire force morale, qui lui a permis de renverser une situation pas du tout favorable au moment où elle abordait la dernière ligne droite menant au titre. Trois obstacles et non des moindres se dressaient, en effet, sur son chemin : l'Africa, le Stade et Stella. Pour tout dire, un calendrier compliqué. Mais ce n'est pas tout. Car, à côté de la délicatesse de son calendrier, les Mimos avaient, également, à faire face à une succession d'évènements malheureux, qui les mettaient dans une situation inconfortable au moment de l'emballage final. Radioscopie d'un titre sur fond de... tango.
La première phase
Les Mimos ont été les maîtres incontestés de cette première phase. Leur bilan à cet effet est éloquent. Ils ont remporté onze victoires sur quatorze matches. Ils n'ont concédé qu'une seule défaite face au Stade à l'aller : 1-2. Et, un nul devant le Satellite (1-1). Au chapitre des statistiques, ils ont terminé avec la meilleure attaque : 46 buts au total contre 6 encaissés. L'Asec a réussi à cinq reprises un festival de buts : Man (6-0), COK (4-0), SOA (8-1), RIO (5-0) et Bouaflé (7-0). Elle a terminé à la tête de la poule A, avec 35 pts +40. Elle a dominé les deux poules confondues.
La superdivision
L'Asec n'a pas du tout été à son aise. Elle a alterné le bon et le moins bon. Les Mimos ont accumulé des résultats en dents de scie. Contre le Satellite (1-1), l'Africa (0-0) et le Stade (0-1).
Une montagne de difficultés s'est dressée sur leur chemin. A la fois, sur le plan moral et technique. Le mental du groupe s'est effrité, suite aux mauvais résultats en Ligue des Champions. Une crise de confiance s'est installée au sein de l'équipe. Elle s'est aggravée avec la contestation d'Aka Kouamé. Puis a atteint le fond de l'abîme, vu la déchirure entre Me Ouégnin et ses supporters.
Le bilan mi-figue, mi-raison de la phase aller, était révélateur du malaise qui l'a secouait. Les Mimos ont terminé 3ème avec 8 pts +5. Derrière l'Africa et le Stade qui comptaient respectivement 11pts +4 et 9 pts +2. Au terme de cette phase aller, ils ont enregistré deux victoires ( 5-0 devant le Sabé et 1-0 face au Stella).
Le coup de force des Mimos
Les Mimos sont parvenus à faire la différence dans cette dernière ligne droite. Mais non sans mal. En effet, ils se sont imposés de justesse devant le Satellite (1-0). Ils ont aussi échappé à une défaite contre Bouna (2-2). A trois mètres de la banderole d'arrivée, l'Asec a su bander les muscles. Elle a fait montre d'une extraordinaire force morale. Et, débout sur de solides cale-pieds, elle est allée au combat la tête levée, pour être au coude à coude avec les trois gros mollets du peloton : l'Africa, le Stade et le Stella.
Poussée par ce que les Italiens appellent la grinta, la rage de vaincre, elle a su retrouver des ressources morales nécessaires. En prenant ses responsabilités. Ses trois dernières sorties victorieuses devant l'Africa (2-0), le Stade (3-1) et le Stella (3-2), sont aussi révélatrices de cet état d'esprit de conquérant qui l'a habitée.
L'Asec n'a pas du tout volé son titre. Elle est allée le chercher là où il le fallait. Là où ses trois principaux concurrents ont péché. Au niveau du don de soi et la gnac. Bref, l'esprit de compétiteur. La différence s'est faite à ce niveau. Et, non dans des considérations de mauvais perdants.
Le doublé d'Aka Kouamé
Aka Kouamé est entré dans l'histoire de l'Asec Mimosas. Depuis dimanche dernier, il fait partie des entraîneurs mimos à avoir réalisé le doublé championnat-coupe. Il rejoint ainsi au palmarès des illustres techniciens comme Gabo Gérard (70), Anzian Jean Baptiste (73), Philippe Troussier (90), Luis Oscar Fullone (97). Sans crier gare, il a remporté la coupe nationale et le titre de champion. Avec un groupe de joueurs débutant pour la plupart en équipe première. Une excellente performance pour ce jeune technicien (40 ans) qui a beaucoup souffert au cours de la deuxième partie de la saison. Après la qualification en poule finale de la ligue des champions aux dépens de la rugueuse formation marocaine de Hassania, le jeu de l'Asec se dégrade au fil des matches de la coupe nationale. Et en finale, elle est ballottée par une entreprenante équipe de l'Africa sports. Mais la réussite est mimos ce dimanche 3 août 2003. L'Asec s'impose aux tirs au but (4-2) à la suite d'un nul 1-1 au terme de 120 minutes de jeu. Aka Kouamé peut alors brandir son premier trophée en tant qu'entraîneur. Comme en coupe nationale, la super division fut une véritable course d'obstacles pour Aka et ses poulains. Le départ laborieux (1-1) face au Satellite laisse présager un parcours difficile pour les champions en titre. L'attaque, qui a craché du feu ( 46 buts) lors de la première phase du championnat, étale son inefficacité. La victoire 5-0 contre le Sabé ne peut cacher cette indigence offensive des jaune et noir lors des trois matches face à l'Africa, au Stade et au Stella. L'Asec n'a marqué qu'un petit but en 270 minutes.
En ligue des champions, elle est atone. Quatre défaites, un nul et une victoire. Entre l'ensemble solidaire et plein d'enthousiasme du début de saison et cette équipe-là il n'y a pas photo. Pourtant Junior et Romaric étaient des renforts qui auraient dû bonifier le jeu de l'équipe. Hélas, c'est le couac ! A la veille du derby Asec-Africa, la défection de ces deux ténors provoque un effet mobilisateur au sein de l'effectif. Le groupe fait bloc autour d'Aka Kouamé. Les sans-grade sonnent la révolte. Et au bout de trois matches héroïques ponctués par des victoires sur l'Africa, le Stade et le Stella en une semaine, les voilà au sommet du football ivoirien.
Le succès d'Aka Kouamé repose sur la solidité de l'édifice mimosas. Au plus fort de la tempête, le président du club, Me Ouégnin, a, comme d'habitude, protégé son entraîneur. Il a eu les mots pour remobiliser les joueurs et galvaniser les supporters. Cet environnement a redonné confiance à Aka pour aller au bout de sa mission.
NB : L'Asec totalise dix-neuf titres contre quatorze pour l'Africa. Le Stade a gagné cinq titres et le Stella trois fois le championnat. En 1995, les Aiglons ont perdu le titre sur tapis vert suite à l'affaire Bamba Ladji.
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