Fraternité Matin (Abidjan)
Michele Pepe (propos Recueillis Par)
11 Novembre 2003
interview
Abidjan — Lorsque vous avez été nommé à la tête de la Commission nationale de désarmement, démobilisation, réinsertion (CNDDR), les Ivoiriens ont pensé que l'opération de désarmement allait démarrer aussitôt. Plus d'un mois après, toujours rien. Que se passe-t-il?
Je crois qu'il faut rassurer les Ivoiriens en leur disant qu'il se passe beaucoup de choses depuis un mois. C'est par manque de communication que les Ivoiriens ont pensé que le DDR commençait immédiatement par le désarmement. En fait, préalablement à tout cela, il y a la période de communication, de sensibilisation, d'explication, pour que les différentes cibles du DDR participent pleinement à ce processus. Il est évident que l'attente est longue ou peut paraître longue, mais il faut se rassurer, beaucoup de choses sont en train de se faire en ce qui concerne ce programme.
L'on se demande aussi pourquoi, en termes d'efficacité et d'organisation pratique, vous ne laissez pas ce côté sensibilisation aux partis politiques pour vous attaquer véritablement à la mise en oeuvre effective du DDR?
Mais la mise en œuvre effective du DDR passe par la sensibilisation, la sensibilisation, une étape du DDR. Ce n'est pas aux partis politiques de faire la sensibilisation au DDR.
Mais à l'acceptation du processus de paix...
Le processus de paix c'est une chose, mais le processus DDR est une opération qu'il faut expliquer : à ceux qui seront les principaux bénéficiaires et aux ex-combattants, parce que cela s'adresse aux ex-combattants principalement. Et il faut passer par cette phase de sensibilisation de manière à ce que le processus opérationnel démarre véritablement et s'exécute sans heurt. Il faut que toutes les personnes qui doivent participer à ce processus soient informées des séquences, des phases des différentes opérations dans le DDR et l'aboutissement du DDR, pour que ce processus se déroule efficacement une fois qu'il est lancé. Cela, c'est la phase véritablement opérationnelle.
Votre petite phrase selon laquelle le désarmement est à la fin du processus et non pas au début a soulevé un début de polémique. Que vouliez-vous dire concrètement?
En fait je n'ai pas dit que le désarmement est à la fin du processus de paix, mais qu'il est l'aboutissement du processus DDR. C'est différent.
C'est-à-dire?
Parce que d'aucuns auraient pu penser qu'on commence par désarmer. Mais comme je l'ai dit auparavant, il y a d'abord la phase de sensibilisation. Ensuite, une fois que cette sensibilisation est bien faite on peut passer à la phase de regroupement. Mais avant de regrouper les ex-combattants dans des sites de regroupement, il faut non seulement les identifier, les évaluer et les réhabiliter (les sites); une fois que cela est fait, il faut que les personnes qui vont administrer ces sites-là soient préalablement installées et prêtent à accueillir les ex-combattants. Toute cette phase, qui est même le préalable au regroupement lui-même, a besoin d'être préparée, sur le plan théorique, sur la planification, afin de démarrer le processus. Parallèlement à cela, il faut savoir que c'est un processus qui est financièrement coûteux et donc, il faut être capable de le financer. Mais il faut en être capable jusqu'au bout. On ne peut pas se permettre de commencer à regrouper des combattants si le budget prévu n'est pas bouclé.
Il ne l'est pas aujourd'hui?
Non, pas du tout. Nous sommes d'abord dans la phase de confection du programme lui-même. Nous avons discuté avec un certain nombre de bailleurs de fonds, qui sont prêts à financer. L'Etat de Côte d'Ivoire financera également une partie de ce programme. Donc, il faut pouvoir convaincre les bailleurs de fonds, et pour cela il faut avoir un programme bien élaboré, bien détaillé, bien évalué financièrement. Et à partir du moment où on aura bouclé ce budget, ce financement, on pourra véritablement se lancer dans le DDR.
Mais M. le président, le PNDDR (Programme national de DDR) ce n'est pas justement ce programme-là?
Oui, le PNDDR est le programme. Mais le programme est bâti sur une feuille de route qui a été élaborée de façon consensuelle par les ex-belligérants. Cette feuille de route a été préparée, comme je l'ai plusieurs fois répété, depuis 5 mois déjà. Et le programme est bâti là-dessus. Maintenant, pour confectionner ce programme-là, nous avons l'appui d'experts de la Banque mondiale et du PNUD. Il sera présenté au Board de la Banque mondiale pour approbation au niveau du financement.
A quelle date?
Il est prévu que les financements arrivent d'ici avril.
Avril prochain?
Oui, les financements ne vont arriver qu'en avril prochain. Bien sûr nous pourrons pré-financer une partie et nous aurons aussi d'autres aides. Là, c'est le financement de la Banque mondiale dont je parle. Ce programme sera présenté dans quelques semaines; en tout cas, dans sa phase de lettre de politique de DDR, qui est la première phase. La lettre de politique de DDR montre l'engagement du gouvernement à se lancer dans le programme national DDR. Et c'est cette lettre qui sera présentée au Board pour avoir un accord, on va dire préalable, de financement. Nous sommes en contact également avec d'autres bailleurs de fonds, tels que l'Union européenne qui a déjà une ligne de fonds d'urgence pour commencer ce programme, le PNUD avec lequel nous avons déjà signé deux conventions de financement, et bien sûr l'Etat de Côte d'Ivoire qui a déjà commencé à alimenter la Commission pour pouvoir faire face à ses engagements.
Lorsqu'on vous entend parler de ces détails techniques, on se dit que le début d'exécution du DDR n'est pas pour maintenant...
En fait, ça a déjà commencé. Nous ne faisions pas beaucoup de publicité mais ça a déjà commencé. L'évaluation des sites a déjà commencé dans la zone centre, à Yamoussoukro et à Daoukro. Nous avons déjà rencontré les FANCI sur sites, à Yamoussoukro et à Daoukro. Au niveau des forces armées des Forces nouvelles, le casernement a déjà commencé, depuis longtemps; de même que le recensement des effectifs. Ils ont déjà commencé cela à Bouaké. Nous allons donc juger la zone centre, je ne dirai pas comme site pilote, mais comme première phase. Ensuite nous progresserons à l'Ouest, à l'Est, puisa u Nord et au Sud.
Vos propos selon lesquels le début du désarmement ne dépend pas de vous mais de la volonté des hommes politiques n'ont pas non plus rassuré la population...
Le désarmement, comme je l'ai indiqué, est une opération qui est délicate. Le désarmement est volontaire. S'il n'est pas volontaire, c'est la guerre. Pour arriver à un désarmement volontaire il faut être d'accord. Il faut être confiant d'un côté comme de l'autre qu'on ne va pas être attaqué. Donc, tant qu'on aura des hommes politiques qui n'auront pas une convergence d'idées sur le bon déroulement du processus, nous aurons un problème. Ça c'est vrai. Maintenant, de la même façon que la déclaration du 4 juillet a été faite par les forces en présence, c'est-à-dire les FANCI et les forces armées des Forces nouvelles, nous espérons que, encore une fois, les hommes en armes vont tirer le processus. Et nous allons essayer de démontrer sur le terrain que le désarmement en tout cas est une chose qui est réelle, qui est tangible. Ce n'est pas une utopie. Et nous y arriverons, nous en sommes complètement convaincus. Maintenant ce que je peux vous dire pour rassurer la population, c'est que le désarmement en tant que tel -une fois que nous sommes d'accord et que le processus commence- ne prend pas beaucoup de temps.
Combien de temps?
A partir du moment où les gens entrent dans les sites de regroupement, ils déposent leurs armes dans les armureries. Donc ça ne prend pas beaucoup de temps; de 24 heures à 48 heures par groupes de personnes qui sont regroupées.
Donc à quand le regroupement?
Voilà! Je pense que c'est ce dont on devrait parler. Quand est-ce que le regroupement va commencer ? J'ose espérer qu'après le sommet d'Accra, de bonnes nouvelles attendront les Ivoiriens. Je pense que les hommes politiques concernés sont conscients que la nation ivoirienne est fatiguée d'attendre la paix véritable. Nous allons nous engager dans la réunification du pays. Je suis véritablement optimiste.
L'on perçoit quelques sous-entendus lorsque vous parlez des hommes politiques. Dites-nous véritablement ce que vous pensez de leur jeu et de leur comportement dans cette période-là. Que leur reprochez-vous?
Je leur reproche aujourd'hui de ne pas assez prendre en compte la souffrance des populations. Il faut véritablement se dépasser, accepter de se retrouver, accepter de redonner cette paix-là aux Ivoiriens. Et pour cela il faut faire beaucoup d'efforts, beaucoup de sacrifices, et il faut véritablement accepter de le faire. Le pardon que nous demandons à la population d'accorder par rapport à ce qui s'est passé -ce sont les populations qui ont été les victimes-, il faudrait aussi que les dirigeants politiques acceptent de pardonner, de reconnaître leurs fautes; parce qu'il y a d'un côté ceux qui pardonnent et de l'autre ceux qui doivent reconnaître leurs fautes. Et donc se pardonner mutuellement et accepter de réunifier le pays. Je pense que c'est cela qui est le plus important. On peut se battre mais on est tous des frères; et il faut s'arrêter un jour. Je pense que ce jour-là est arrivé. Il faut s'engager résolument dans la paix.
Des Forces nouvelles et du Chef de l'Etat, selon vous qui fait blocage?
Je ne pense pas que l'un ou l'autre fasse blocage. Je pense qu'on ne peut pas accuser l'un ou l'autre des camps de faire blocage. Je pense qu'il faut accepter de discuter quand il y a des obstacles au processus. Il faut accepter de discuter. La suspension des Forces nouvelles s'est faite certes, mais je pense que cette suspension-là doit être levée. Les Forces nouvelles doivent revenir au gouvernement. Bien sûr elles ne l'ont pas quitté, elles ont simplement suspendu leur participation au Conseil des ministres. Je pense qu'elles devraient revenir. C'est un appel. Elles devraient revenir pour nous permettre de continuer notre processus et de retrouver la paix dans ce pays.
C'est pour cette raison que vous êtes allé les voir à plusieurs reprises à Bouaké récemment?
Je vais à Bouaké dans le cadre de mes fonctions de conseiller spécial du Premier ministre. Je ne pense pas qu'il faille interrompre le contact. Il faut être en contact permanent et il faut aller sur le terrain pour se rendre compte des réalités et de la perception qu'ont les autres de la situation. C'est pour cela qu'il faut s'y rendre. Je suis allé à Bouaké à maintes reprises, par rapport même au travail technique que nous avons à faire. Nous ne pouvons pas rester à Abidjan et penser faire un travail technique à Bouaké, à Korhogo, à Man ou à San-Pédro. Il faut se déplacer. C'est dans ce sens-là que je l'ai fait. Mais ce qu'il faut savoir aussi c'est que, bien qu'ayant suspendu leur participation au Conseil des ministre, les ministres Forces nouvelles continuent de travailler. Les ministères continuent de fonctionner.
Sans les ministres.
Mais les ministres ne sont pas tous rentrés à Bouaké à ce que je sache. Beaucoup sont dans leur cabinet et travaillent. Je pense qu'ils ont suspendu simplement leur participation au Conseil du gouvernement et au Conseil des ministres, mais ils n'ont pas suspendu leur participation au gouvernement de réconciliation nationale.
Et aux travaux de la Commission de DDR?
Aux travaux de la Commission, oui ça a été suspendu. Mais comme je l'ai également dit, nous avons travaillé ensemble depuis le début, donc chacun peut faire ses devoirs de son côté. L'essentiel c'est que chacun fasse ses devoirs.
Le Chef de l'Etat a dit récemment en votre présence, en recevant les ressortissants de Soubré, qu'il n'y a pas de blocage et même que le processus avance. Les Forces nouvelles disent le contraire. Elles disent même qu'il y a beaucoup de blocages.
Est-ce qu'il y a blocages ou pas? Est-ce que le processus avance réellement?
Je ne pourrais pas parler du blocage. Là il faudrait demander au Président. Moi je pourrais parler de ce qui me concerne, c'est-à-dire le processus. Quand le Président a dit que le processus avance, effectivement il avance dans ce sens qu'il y a des phases préparatoires qui sont en train d'être exécutées.
Lesquelles?
Je vous l'ai dit, la reconnaissance des sites, leur évaluation; et nous allons nous préparer au regroupement. Tout cela est en train d'être fait. La finalisation du plan d'opérations conjoint a été faite, la sensibilisation est en train d'être faite. Tout cela fait partie du processus. Et c'est essentiel. Vous savez, dans un processus de DDR, 80% de la réussite de ce processus vient de la communication et de la sensibilisation. Donc il ne faut pas croire que la communication et la sensibilisation ne font pas partie du processus. C'est l'essentiel même de la réussite du processus. Donc nous devons mettre l'accent véritablement sur la sensibilisation et la communication.
Mais ce processus tel que vous l'avez défini semble long?
Quand on va arriver au DD, ils se réalisent très rapidement. C'est-à-dire le regroupement, le désarmement, la démobilisation, ça se passe très vite. Ce qui est long c'est la réinsertion. C'est pour cela que nous avons dit que tout ce processus va se dérouler sur 24 mois. Cela en considérant la réinsertion qui prend du temps. Parce qu'il peut y avoir la formation professionnelle, la formation technique... C'est tout cela qui prend du temps. Mais véritablement le processus DD, c'est-à-dire désarmement-démobilisation, ne prend pas beaucoup de temps.
Vous parlez de 24 mois alors qu'il y a les échéances électorales de 2005. Est-ce que ces échéances-là peuvent être tenues si l'on n'a pas bouclé tout le processus?
Bien sûr. A partir du moment où vous avez fait le désarmement et la démobilisation, la réinsertion fait partie d'un processus économique qui peut se passer à tout moment. Donc la réinsertion n'empêche pas les élections de se faire. Et elle se fera avant et après les élections de 2005. Ensuite, nous avons même tout le programme 3R (... ) qui lui est un programme économique et social. Il s'étalera lui aussi sur plusieurs années; il y a des prévisions à moyen et à long termes qui sont à faire.
L'on vous reproche aussi de ne pas être très pressé dans la mise en oeuvre de ce processus de désarmement. Est-ce une fausse impression ou vous pensez réellement qu'il faut y aller lentement?
C'est une fausse impression. Les Ivoiriens pensaient que l'on désarmait tout de suite, mais en fait ce n'est pas comme cela. Donc il ne faut pas désespérer. A partir du moment où les armes se sont tues depuis au moins 8 mois, il ne faut pas désespérer pour le désarmement. Il se fera. Le processus est en cours, nous avançons pas à pas, de façon méticuleuse, parce que nous ne voulons pas avancer trop vite et devoir revenir en arrière après. L'on a eu des exemples dans d'autres pays où le processus a été mal enclenché, mal financé et finalement il y a eu un retour aux combats, un retour à la guerre. Nous voulons véritablement réussir ce programme, c'est pour cela que nous sommes méticuleux dans ce que nous faisons. Et nous voulons l'adhésion et la participation de tous au fur à mesure que les étapes se déroulent.
Mais vous vous êtes quand même fixé une date butoir pour la fin du processus?
Il faut terminer bien avant 2005. Je ne suis pas devin, mais je pense que dans quelques semaines les choses vont changer. Comme je l'ai dit, nous attendons beaucoup du sommet d'Accra qui devrait nous aider à aller vite.
Vous parliez tout à l'heure de la confiance qu'il faut avoir les uns dans les autres pour la réussite du processus. Mais nombreux sont ceux qui doutent de la bonne foi et de la volonté des Forces nouvelles de désarmer. Vous qui les rencontrez souvent, que pouvez-vous nous dire à ce sujet?
Ce que je peux dire c'est que la méfiance est réciproque. Et donc notre travail est de faire en sorte que ce mur de méfiance s'écroule véritablement. La confiance se construit lentement; elle est difficile à construire. Il faut être constant dans ce qu'on fait et montrer que le travail que nous sommes en train de faire c'est pour la paix. Ce n'est pas pour autre chose. Je pense que nous allons arriver à rétablir cette confiance. Mais la méfiance est réciproque et c'est dommage.
Toujours dans le domaine de la confiance, certains également doutent de votre impartialité et de votre capacité à amener les Forces nouvelles à désarmer.L'on vous reproche, à vous et au Premier ministre, d'être trop conciliants avec les ex-rebelles. Qu'avez-vous à dire à ce sujet?
Je crois que c'est mal nous connaître. C'est mal connaître le Premier ministre, c'est mal me connaître en tout cas. Bien sûr je ne pourrais pas parler à la place du Premier ministre mais en ce qui me concerne, je ne me suis pas engagé pour accomplir une telle tâche à la légère. J'ai été accusé d'être un assaillant; ça me fait rigoler. J'ai été accusé à un moment donné aussi d'être ultra nationaliste, d'être ivoiritaire, par les Forces nouvelles. Donc vous voyez, c'est difficile. D'un côté on vous accuse d'être un assaillant; vous allez de l'autre côté on vous accuse d'être un ivoiritaire. Bon, je crois que l'essentiel c'est d'avoir foi en ce que l'on fait et d'être déterminé à le faire. Et c'est mon cas. Je pense que l'impartialité, je n'ai pas à la démontrer, ce sont les faits qui vont le démontrer. Le travail qu'il y a à faire est lourd, fastidieux. Il ne faut pas être perturbé par les commentaires négatifs qui peuvent être faits quand on a conscience qu'on est en train de faire un travail juste.
Que vouliez-vous dire lorsque vous avez parlé il y a quelques jours de 22 préalables au désarmement?
Les préalables ont été listés par les ex-belligérants, c'est-à-dire par les FANCI et les Forces nouvelles. Elles ont ellesx-mêmes, consensuellement, listé un certain nombre de conditions préalables qu'il fallait remplir avant le déroulement du DDR. Donc nous n'avons pas inventé ces préalables-là. C'était des préalables qui permettaient aux deux forces d'avoir une confiance réciproque de manière à entamer le processus. Les points importants de ces préalables étaient la cessation des hostilités, la déclaration commune de fin de guerre, la loi d'amnistie... Les points qui sont encore troubles on va dire, c'est le cas des milices.
Qu'est-ce qu'on entend par milices?
On entend ici et là, et l'on voit -parce que ce n'est pas une vue de l'esprit non plus- des jeunes gens s'entraîner, se constituer en milices, parce qu'ils ne se cachent pas. Des milices patriotiques qui ont été mises en place pour défendre la nation en guerre. Certaines de ces milices ou de ces forces armées ont combattu, surtout dans la zone ouest, je crois. Et d'autres n'ont pas combattu mais sont dans des camps et s'entraînent pour renforcer peut-être les forces de défense et de sécurité. Il est évident que ces milices font peur. On peut penser que si elles sont armées, elles peuvent échapper au contrôle des forces de défense et de sécurité et elles peuvent être dangereuse pour la stabilité. Il est donc important pour nous de ne pas fuir ce débat-là; d'entrer en contact avec ces milices ou ces groupes qui ont été constitués et de discuter avec eux ou les personnes qui en sont responsables, pour la bonne marche du processus.
L'on se souvient d'une enquête diligentée, au temps du ministre Zémogo, par les Renseignements généraux, et qui avait conclu que ces personnes qui prétendaient s'être constituées en milices ne sont pas armées. L'on avait même dit que ce sont de simples "coureurs". La situation a-t-elle donc évolué et avez-vous d'autres informations à ce sujet?
Je crois qu'il ne faut pas utiliser la langue de bois. Nous avons assisté à des manifestations où les jeunes gens étaient armés de barres de fer, de gourdin et d'armes blanches. Oui, le ministre Zémogo en son temps avait dit que ces milices-là n'étaient pas armées. Armées de quoi? D'armes de guerre. Mais nous avons pu constater les dégâts qui ont été causés lors de certaines manifestations. Nous avons pu lire dans les journaux les déclarations de certains responsables de groupements qui ont déclaré qu'ils étaient armés, etc. Le problème n'est plus là. Le problème est de savoir si ces milices existent; si elles existent, il faut traiter leur cas. Parce que si elles avaient l'intention d'entrer dans l'armée, il faut savoir si elles entrent ou si elles n'y entrent pas. Si leur intention étaient d'entrer dans l'armée et qu'elles ne peuvent pas y entrer, il faut savoir qu'est-ce que ces jeunes gens vont faire; ils ne vont pas rester là à s'entraîner dans des camps alors que nous ne sommes plus en état de guerre. Donc, je pense qu'il faut faire face véritablement à ce problème; et s'adresser à ces milices pour qu'ensemble on trouve une solution à leur problème.
Certains disent également que ces milices existent parce que le MPCI existe, et que vous devriez plutôt vous attacher à désarmerles Forces nouvelles. Ils pensent que cela va contribuer à désarmer aussi ces milices. Ce point de vue est-il exact selon vous?
Je crois que les accords qui ont été signés par les parties belligérantes parlent de réciprocité. Nous devons désarmer sur tout le territoire national. Et quand on parle de milices, il n'y a pas que le sud; quand on parle de nouvelles recrues, il n'y a pas que le sud. C'est sur tout le territoire. Nous, nous ne fonctionnons pas dans la logique de deux camps séparés. Ce programme-là est national. Donc pour nous, il s'agit de régler un problème qui est national. Nous ne sommes pas en train de nous battre pour un camp contre l'autre. Non, pas du tout. Nous ne réfléchissons pas de cette manière dans l'exécution de notre programme. Pour nous, il y a regroupement, il y a désarmement, il y a réinsertion sur toute l'étendue du territoire.
Pouvez-vous nous clarifier une fois pour toutes la situation des FANCI lorsqu'on parle de désarmement?
Le séminaire de sensibilisation qui a eu lieu il y a quelques jours sur le processus a éclairé quelque peu les participants. Je pense qu'ils vont se faire l'écho de ces explications auprès des autres membres des forces de défense et de sécurité. Quand nous sommes en état de paix, les militaires sont en casernes et les armes sont dans les armureries. En temps de paix, vous ne voyez pas les militaires se promener en ville avec leurs armes, à moins qu'ils soient en missions commandées. Donc, nous devons revenir à la normale. Nous ne devons pas laisser nos forces armées au front alors qu'il n'y a plus de guerre. Elles ont autre chose à faire. Il faut que nous acceptions nous aussi au sud de rentrer dans la normalité. C'est normal que l'armée soit en caserne.
Et qu'en est-il de la Police et la Gendarmerie?
La Gendarmerie fait partie des forces de défense et de sécurité. En parlant de la Police et de la Gendarmerie, on va parler de la sécurité dans les zones urbaines et de la sécurité sur l'ensemble du territoire. Nous avons prévu qu'une fois le regroupement commencé, les zones regroupées soient sécurisées par des forces mixtes en présence des forces impartiales. C'est cela aussi l'accord.
Qu'entendez-vous par forces mixtes?
C'est-à-dire FANCI et forces impartiales ou forces armées des Forces nouvelles et forces impartiales. Parce qu'il faut quand même assurer la sécurité des biens et des personnes pendant la phase de DDR. Nous n'allons pas vider le territoire de toutes les forces de défense! Donc, des combinaisons seront faites pour que la sécurité des biens et des personnes soit assurée dans les zones où il y aura les regroupements. Ça c'est clair, ce sera fait.
Le schéma tel que défini fait penser qu'il y aura encore une partition de fait, puisque les Forces nouvelles, par exemple, vont demeurer dans leurs zones pour y assurer la sécurité avec les forces impartiales. C'est bien ce que cela veut dire?
C'est ce que cela veut dire peut-être dans une première phase, parce qu'il faut se rendre compte de la réalité. Il ne faut pas se leurrer. Il sera difficile dans un premier temps de mélanger toutes les forces. C'est au fur et à mesure qu'on pourra le faire. Mais en ce qui concerne les forces qui vont sécuriser, ce sont les Forces armées nationales! N'oubliez pas qu'il y a une loi d'amnistie et une décision de réintégration. Donc nous parlons des Forces armées nationales, et ce sont elles qui vont sécuriser le territoire. On ne parlera donc plus de forces armées des Forces nouvelles d'un côté et de FANCI de l'autre. Pour nous c'est très clair et je dirai pas très simple. Mais on le fera de cette façon-là.
M. le président, le fond et la finalité de Marcoussis, ce sont d'une part des réformes constitutionnelles qui doivent être sanctionnées par un référendum; et d'autre part l'organisation d'élections générales. Dans cette perspective, une mission d'experts de la Francophonie a séjourné il y a quelques semaines à Abidjan et a conclu à la nécessité de faire le désarmement avant la fin de l'année si l'on voulait que le processus électoral soit viable. Cela nous ramène aux dates. A quand donc le désarmement?
Mais nous ne sommes pas encore à la fin de l'année, il nous reste encore un mois et demi. Maintenant, lorsque les experts de la Francophonie ont dit qu'il fallait ça avant que le processus se mette en place... je pense que cela se fera également. Ce qui est important, c'est que les élections puissent se tenir en temps et en heure. Et nous estimons qu'à l'heure actuelle nous pouvons tenir les délais. Nous n'aurons aucun problème pour tenir les délais et aller aux élections en 2005. Aucun problème.
M. le président de la CNDDR, vous avez dit que la réussite de ce processus dépend de la bonne information, de la sensibilisation. Quel message voudriez-vous donc faire passer aux acteurs et aux populations pour qu'ils soient véritablement rassurés?
Lorsque nous avons installé la Commission, nous avons dit la paix, maintenant, ensemble. Je voudrais que les Ivoiriens méditent sur ces trois mots: la paix, maintenant, ensemble. Et après mûre réflexion et bonne méditation, je pense que nous pourrons arriver rapidement à la fin de cette guerre, à la réunification de notre pays. Il ne faut pas qu'on attende que l'autre fasse le premier pas. Parce que si c'est comme ça, on va rester en chiens de faïence. Faisons le pas vers l'autre, sans attendre qu'il fasse le pas vers nous. Faisons chacun d'entre nous le pas vers l'autre. Et nous allons arriver rapidement à la paix.
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