Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Recouvrement de créances : l'Etat et les institutions doivent 9 milliards à la Senelec

Johnson Mbengue

11 Novembre 2003


Les consommateurs ordinaires ne doivent que 6 milliards de francs Cfa à la Senelec dont le plus gros débiteur est l'Etat et les autres institutions de la République comme l'Assemblée nationale La précision est de Me Massokhna Kâne, le président de Sos Consommateur qui estime que la nouvelle direction de la Senelec fait fausse route en voulant s'acharner sur les consommateurs ordinaires.

L'Etat et les autres institutions de la République sont les plus gros débiteurs de la Société nationale d'électricité (Senelec), avec des arriérés de paiement estimés à environ 9 milliards de francs Cfa. Selon Me Massokhna Kâne, président de Sos Consommateur, la nouvelle direction de la Senelec qui a déclenché un plan de bataille pour le recouvrement de ses créances ne doit pas couper la poire en deux. D'après le détail des chiffres obtenus auprès de la Senelec lors d'une réunion que la nouvelle équipe dirigeante a tenue avec les associations consuméristes en fin octobre, sur les créances cumulées estimées à près de 24 milliards, les consommateurs particuliers ne doivent que 6 milliards à la Senelec, 8 milliards du fait des contrats résiliés. «Ces gens ont résilié leur contrat sans passer à la caisse. Peut-être la Senelec est en train de poursuivre ces personnes mais, en tout cas, les consommateurs ordinaires ne doivent que 6 milliards à la Senelec, contre 9 milliards pour l'Etat et les institutions publiques comme l'Assemblée nationale. Il ne faut donc pas que la direction de la Senelec pointe un doigt accusateur sur les consommateurs», martèle Me Kâne.

Le manque à gagner engendré par les fraudes sur l'électricité est estimé, selon le président de Sos Consommateur, à 6 milliards de francs Cfa. De son avis, la préoccupation majeure de la nouvelle direction de la Senelec devrait être accentuée sur la réduction du coût de l'électricité. «Le directeur général a même reconnu que l'électricité est très chère au Sénégal. Et que, dans sa mission, si son équipe ne réussit pas durant la période 2005-2006 à faire payer moins cher l'électricité, elle aura failli à sa mission. Voilà ce qu'il a déclaré aux associations consuméristes. Un père de famille, de surcroît un goorgoorlu à qui l'on interrompe la distribution d'électricité, ne restera pas les bras croisés. S'il ne peut pas payer sa facture, il est obligé de demander un moratoire. Ce sont l'Etat et les institutions publiques qui doivent 9 milliards qui constituent le danger pour la Senelec. Alors qu'ils ont inscrit cette rubrique dans leur budget. La Senelec doit les poursuivre», soutient l'ancien ministre de l'Intégration africaine.

Poursuivant son réquisitoire contre la Senelec, le président de Sos Consommateur soutient que la qualité de l'électricité fournie par la société nationale laisse à désirer. «La direction de la Senelec a reconnu que le réseau est obsolète et que sa réhabilitation nécessitera 18 milliards. Le problème est que si la Senelec donnait une électricité de qualité régulière, les consommateurs seraient obligés d'honorer leurs engagements. Si maintenant le nouveau directeur veut faire table rase de toute la réalité, cela ne se fera pas comme par un coup de baguette magique. La situation de la Senelec est la résultante d'une mauvaise gestion et d'un mauvais choix. Il ne faut pas casser du consommateur pour essayer de recouvrer», martèle Me Kâne. Selon lui, une telle option ne fera pas réussir le nouveau patron de la Senelec. Le président de Sos Consommateur conseille à la nouvelle direction de mettre en place une politique réaliste, humaine de recouvrement. «Etant entendu que ceux qui doivent la plus grosse ardoise sont les institutions et les gens qui ont résilié leur contrat sans payer», étaye Me Kâne.

Pour la privatisation de la Senelec, l'ancien ministre de l'Intégration avertit: «La Senelec doit 12 milliards 500 mille francs aux 493 000 abonnés à raison de 25 000 F par caution. En cas de privatisation, la Senelec doit tenir compte de cet argent qui appartient aux clients.»

La Senelec a engagé un plan de bataille pour le recouvrement de ses créances. Le nouveau directeur général entend ainsi rétablir l'équilibre des finances de la société. Ce rétablissement entre dans le cadre du plan de gestion interne de l'entreprise mis en place par la nouvelle direction. «Aujourd'hui, la situation financière de la Senelec est catastrophique. On accuse un déficit de 12 milliards de francs Cfa et un acompte client estimé à 22 milliards. Pour combler le gap, il faut que ceux qui doivent de l'argent à l'entreprise honorent leurs engagements», soutenait, la semaine dernière, Samuel Sarr. La nouvelle direction a aussi mis fin au moratoire dont bénéficiaient les consommateurs.

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