Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Les violences dans les mouvements navétanes : créer des cadres de communication et de collaboration

- Par le Lieutenant Mamadou NDOUR

11 Novembre 2003


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Ce texte du lieutenant Mamadou Ndour, Commandant le Détachement des interventions rapides (Dir), a été publié, il y a deux ans, dans le numéro 24 (spécial) de la revue de la Police nationale " Main Courante ".

La pertinence de cette étude faite par un spécialiste du maintien de la sécurité, en plus de son actualité, nous commande -avec son autorisation- de la proposer à nos lecteurs, mais aussi aux dirigeants du mouvement " Navétanes ", qu'il s'agisse des instances que des clubs. Surtout pour une meilleure gestion de tout ce monde qui converge vers les stages, en attendant des mesures plus drastiques.

Jadis occasions de prédilection de grandes retrouvailles, d'échanges et de joie par le biais du sport et de la culture, les mouvements "Navétanes" sont aujourd'hui en phase de perdre leur essence du fait des violences qui les gangrènent. Ces violences sont encore plus ostensibles dans le football. Elles se manifestent à l'intérieur et en dehors des stades et, celles-ci, avant, pendant et après les rencontres. Nous nous contenterons de donner un aperçu sur leurs auteurs et leurs manifestations avant de livrer les paramètres que nous jugeons nécessaires à une bonne gestion sécuritaire du mouvement.

- LES AUTEURS DES VIOLENCES

Le mouvement "Navétanes" étant d'abord une affaire de quartier où existent des catégories sociales, on assiste à un transfert de groupes sociaux et de leurs vices de quartier au stade. D'abord, il y a un premier groupe constitué par :

- Des repris de justice, des drogués, des agresseurs et des caïds qui se rendent dans les stades armés de couteaux, coupe-coupe, cornes, gourdins, chaînes, câbles, pompes à gaz, cailloux, sachets d'urines, oeuf etc." ;

- Des détenteurs de drogue et d'alcool (chanvre indien, diluant, bouteille de liqueur etc.". D'ailleurs, il y a des associations sportives et culturelles (Asc) qui en font des comités d'action et de protection chargés d'exercer, par divers moyens, la pression sur les adversaires (joueurs et supporters) et surtout sur ceux qui participent à l'équilibre à savoir : arbitres, délégués et forces de l'ordre.

A côté de ce groupe, il y a une deuxième catégorie composée de personnes qui, sans être individuellement violents, sont cependant promptes à partager le même état d'esprit, à prononcer les mêmes paroles et à adopter les mêmes comportements agressifs.

Le troisième groupe est formé de certains dirigeants qui, au lieu de s'acquitter de leurs devoirs administratifs et moraux vis-à-vis des instances et des personnes qu'ils dirigent, préfèrent verser dans la violence en excitant directement ou indirectement ceux qu'ils devraient calmer, raisonner ou faire sanctionner au besoin.

Quant au quatrième et dernier groupe, il est composé de jeunes âgés de seize à vingt ans. Ils se plaisent à s'adonner spontanément à des actes de violence et de vandalisme, chaque fois qu'ils en ont la possibilité.

- LES MANIFESTATIONS

Les violences dans le mouvement "Navétanes" se manifestent avant, pendant et après les rencontres.

Avant les rencontres : Des foyers de violences peuvent naître aux portes d'entrée et d'accès du stade, ainsi que dans ses environs immédiats. C'est la phase des pressions, des menaces et des intimidations entre supporters. Elle est ponctuée par des échanges réciproques d'injures et de projectiles, lesquels deviennent plus violents encore avec l'arrivée des équipes sur l'aire de jeu.

Pendant les rencontres : On assiste souvent à des jets réciproques de projectiles de toutes sortes (sachets d'eau, sachets d'urine, crème glacée etc.) et des bagarres sur les gradins. C'est aussi à cet instant que la première catégorie, soutenue par la deuxième, s'acquitte de l'une de ses missions qui consistent à faire arrêter la rencontre au cas où l'équipe serait en mauvaise posture. Il en découle des actes de violences.

L'après rencontre : C'est le moment le plus dangereux ; les vainqueurs, forts de leur victoire, jubilent et provoquent les perdants qui, faits d'autrui (mystique, magouilles, conspiration etc.), sont avides d'affrontements, de troubles à l'ordre public, de casses de voitures, d'attaques aux personnes et aux biens. La situation aidant, les agresseurs, voleurs et vandales s'y ajoutent, constituant ainsi une foule hostile animée d'intentions n'ayant aucun rapport avec l'essence du mouvement "Navètanes".

Cette foule, à la fois mobile et dévastatrice de biens publics et privés, ne se disloque que tard après la fin des rencontres. Elle étend son action dans les rues et quartiers éloignés des stades, faisant ainsi des victimes innocentes tout le long de leur itinéraire.

- LA GESTION SECURITAIRE DU MOUVEMENT NAVETANE

La gestion sécuritaire requiert des forces qui en ont la charge, la prise en compte effective et conséquente de l'existence du phénomène de violences qui s'intensifie depuis déjà quelques années. Elle requiert aussi, de ces forces, une conception approfondie, intégrant toutes ses facettes et une mise en place de dispositions évolutives articulées autour de trois phases que sont : l'avant, le pendant et l'après manifestation. La prévention, la dissuasion, la séparation des adversaires, la fouille à corps au niveau des portes d'entrées, les patrouilles dans tous les secteurs concernés (environs immédiats des stades, rues menant aux quartiers d'origine des équipes), les interpellations des personnes dangereuses doivent constamment ponctuer le service.

Enfin, des cadres de communication et de collaboration doivent être créés entre les Associations Culturelles et Sportives et les forces de sécurité. Leurs rencontres et leurs échanges d'idées peuvent participer considérablement à une meilleure gestion du phénomène.

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