Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Qui a peur de l'école ?

Emmanuel Gustave Samnick

11 Novembre 2003


Nous avons eu le privilège de participer à la réalisation d'une étude très récente sur les besoins en formation dans les radios rurales au Cameroun.

Partout où nous sommes passés, les responsables des chaînes de radios, dont la plupart n'ont pas eux-mêmes suivi une formation dans les métiers de la communication, ont exprimé le voeu de voir leur personnel formé dans les techniques de rédaction, l'élaboration d'une grille de programmes, les actions commerciales, le marketing, le management, la déontologie, les nouvelles technologies, la production...

A l'heure où la vieille polémique "a-t-on nécessairement besoin de passer par une école de formation pour être journaliste?" refait surface, à l'occasion des assises de la presse francophone à Libreville la semaine dernière, et de l'émission "Edito" de samedi sur la télévision publique camerounaise, les résultats de l'étude évoquée plus haut viennent nous conforter dans la thèse que nous avons toujours défendue : le journalisme est un métier délicat qui exige de la part de ses pratiquants une formation adéquate préalable.

C'est Albert Camus, célèbre écrivain français, qui disait, dans les colonnes du journal Le Monde (17 décembre 1957) : "J'ai toujours regretté qu'il n'existe pas un ordre de journalistes qui veillerait à défendre la liberté de la profession et les devoirs que cette liberté comporte nécessairement". Il n'y a que la presse qui peut exercer une discipline sur elle-même, mais elle ne peut le faire si tous ses membres ne sont pas au même pied d'égalité en matière de connaissance du métier qu'ils exercent. Si des professions ouvertement libérales comme la médecine et la profession d'avocat exigent un minimum pour faire partie de leur ordre, pourquoi il n'en serait pas de même pour les journalistes ?

Loin de nous l'idée que l'on ne peut pas être un bon journaliste si l'on n'a pas aligné sur la table des titres académiques récoltés dans une école de formation. Henri Bandolo et Abel Mbengue, deux monstres sacrés de la profession au Cameroun, n'ont pas eu cette onction universitaire spécialisée. Mais, s'ils ne se sont jamais assis sur les bancs d'une école de formation de journalistes, ce n'est pas parce qu'ils n'en ont jamais eu besoin. D'ailleurs, ils ont plusieurs séminaires de recyclage dans leur carrière qui leur ont permis d'affiner le talent qui était en eux. Et puis, à une certaine époque, l'offre en formation de journalistes n'était pas aussi abondante qu'elle l'est aujourd'hui : notre pays compte pas moins de quatre institutions de formation reconnues. Qu'est-ce qu'il coûte aux jeunes gens qui veulent exercer véritablement le métier de journaliste de souffrir de l'apprendre pendant deux ans (le minimum), quatre ans (l'idéal) ou trois ans (la moyenne)?

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Il faut absolument combattre l'idée que le journalisme est un métier trop facile et que l'on n'a pas besoin d'apprendre ou que l'on peut aisément apprendre en un mois en fréquentant une salle de rédaction ou en se faisant établir chez le préfet le plus proche un récépissé de déclaration de journal. Si au moins ceux qui prennent ce raccourci avaient l'humilité d'apprendre véritablement sur le tard, de consulter en permanence les aînés, les ouvrages didactiques de référence, les autres confrères. Mais, non! Qu'est-ce qu'on voit ? Des blancs-becs qui signent des éditoriaux au bout d'une semaine de pratique, qui ne maîtrisent aucun genre journalistique, aucune technique professionnelle ni même aucune notion élémentaire du métier, mais portent le titre de journaliste comme un pantalon serré. Bien entendu, il y en a qui ont des parchemins pleins dans le sac. Quand on sait que le journaliste s'adresse à des milliers de personnes, on ne peut raisonnablement pas soutenir qu'il ne puisse pas être formé à l'exercice de son métier. Et la seule volonté et le talent ne suffisent pas pour en maîtriser les arcanes. On ne perd rien à acquérir des connaissances et un savoir-faire, c'est pourquoi nous ne comprendrons jamais comment certains tiennent tant l'école en horreur quand il s'agit du journalisme.

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