Emmanuel Gustave Samnick
11 Novembre 2003
Avant d'entreprendre un tour des radios ayant pignon sur rue à Bafoussam, la capitale provinciale de l'Ouest, il faut peut-être au préalable s'être sérieusement entraîné à l'ascension du Mont Mbakou.
Car, c'est d'une véritable ascension qu'il s'agit quand on veut se rendre sur les lieux où sont produits et diffusés les programmes radiophoniques dans diverses chaînes de la localité. Radio Batcham est perchée au cinquième étage de l'immeuble le plus haut de Bafoussam, qu'entourent les sièges de plusieurs compagnies de transport inter-urbain. En face, c'est Radio Bonne nouvelle, qui émet à partir du quatrième étage d'un autre immeuble. Radio Star, la dernière venue, a pris ses quartiers au troisième niveau d'un immeuble en construction à Baleng et appartenant à son promoteur, l'ingénieur Jean Pierre Peto. Il n'y a que la bonne vieille Crtv Bafoussam, la chaîne provinciale de l'opérateur public, qui ne soumet pas ses visiteurs à cette épreuve d'alpinisme forcé...
Qu'ont-ils donc à aller se percher ainsi au sommet des immeubles? "On a des moyens limités et on s'installe là où les locaux sont disponibles", répondent presqu'en choeur les responsables de ces chaînes. Il se trouve que certains profitent également de cette élévation pour installer leur antenne d'émission sur la toiture de l'immeuble qui abrite leurs bureaux.
Les nouvelles chaînes de radio privées ont en tout cas le vent en poupe dans la province qui en compte une dizaine : aux deux chaînes publiques, Crtv Ouest et Crtv Poala Fm, ses sont ajoutées radio Batcham, radio Star et radio Bonne nouvelle à Bafoussam. A Dschang se trouve radio Yemba, à Bafang radio Fotouni, à Foumban la radio communautaire du Noun et à Bangangté, radio Mendumba. Et, apparemment, chacune de ces chaînes a trouvé sa place au soleil. "Ce qui est sûr, c'est que nous sommes très écoutés", affirme M. Ngouadjeu, le rédacteur en chef de radio Star, qui s'affaire sur une table de fortune, tout en donnant des indications à une jeune animatrice qui s'apprête à entrer en studio.
A l'écoute du peuple
Aucune étude concrète n'a été réalisée pour connaître les taux d'écoute de différentes chaînes, mais chacune revendique une bonne part de l'audience. Ce qui n'est pas faux, puisque à chaque taxi qu'on emprunte dans les rues de Bafoussam, on se retrouve branché sur une chaîne de radio différente. "Le courrier et les appels téléphoniques des auditeurs nous donnent une indication précise de l'accueil qui est réservé à nos programmes. D'ailleurs, nous avons réajusté certaines émissions à la demande du public", martèle Yemeli Tala Tadji, le chef de chaîne de radio Batcham. A Bangangté, sa collègue chef de chaîne de radio Mendumba ne dit pas autre chose. Créée à l'initiative de l'ancien directeur général de la Sonel, Marcel Niat Njifendji, cette radio privée associative, logée dans les bâtiments de la commune sur la rue principale de la ville de Bangangté, est devenue en peu de temps le pouls du département du Ndé.
Alternant langues officielles et langues nationales, elle a su se faire un auditoire dense et fidèle à travers une information de proximité. Et de fait, on se rend compte qu'il y avait un besoin réel de ces radios. Pendant notre reportage, nous avons vécu la scène suivante : deux adultes sont venus remettre à radio Mendumba un enfant de trois ans qu'ils ont rencontré errant dans les rues de Bangangté. D'une manière générale, les centres d'intérêt sont orientés vers des thèmes qui touchent à la vie quotidienne des populations : agro-pastoral, environnement, hydraulique, santé communautaire, planning familial, rôle des chefferies traditionnelles, promotion de la femme... Il reste que toutes ces initiatives radiophoniques sont encore embryonnaires.
Les équipements sont juste ce qu'il faut pour diffuser le son, généralement un seul studio où l'animateur est également opérateur de console. Pas de professionnels formés pour la production ou l'élaboration des programmes : la plupart des journalistes et des animateurs sont des volontaires qui se forment sur le terrain. On est encore loin de véritables entreprises de communication audiovisuelle. Les perspectives sont néanmoins intéressantes, puisque sur le plan commercial, les radios privées commencent à enregistrer des rentrées. Et des départements ministériels, organismes internationaux et Ong n'hésitent pas à signer des partenariats avec les radios pour la production des émissions destinées au monde rural. De quoi poursuivre l'ascension vers les sommets de la plénitude radiophonique.
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