Kenge Mukengeshayi
11 Novembre 2003
Kinshasa — L'opinion nationale se réjouit à juste titre des résultats assez flatteurs engrangés par le Président de la République, le général-major Joseph Kabila, lors de son dernier séjour américain, durant lequel il a eu des entretiens très fructueux avec son homologue américain G.W.Bush junior.
On cite généralement, parmi ces résultats, des promesses d'effacement d'une importante partie de la dette congolaise, le soutien à la lutte contre le sida, l'appui à l'organisation des élections démocratiques, libres et transparentes à la fin de la transition.
Confirmant le nouvel engagement américain, le porte-parole du Chef de l'Etat, M. Mulegwa Zihindula, a annoncé samedi dernier l'arrivée au mois de décembre prochain à Kinshasa d'une mission du gouvernement américain chargée de dresser un bilan des besoins de la République démocratique du Congo. «Cette mission va définir les besoins, notamment de la transition et de la lutte contre le sida, afin de fixer la hauteur de l'aide que les Etats-Unis apporteront à notre pays», a indiqué M. Mulegwa.
Le porte-parole du chef de l'Etat a certes reconnu qu'aucun chiffre n'avait été avancé pour cette aide au cours de la visite du Président de la République. IL a cependant qualifié de très grand succès diplomatique cette visite officielle et l'entretien de M. Kabila avec le Président George W. Bush à la Maison Blanche. M. Bush a affirmé son soutien à la transition politique en RDC, alors que le chef de l'Etat congolais qualifiait la rencontre de très positive, estimant qu'elle va avoir beaucoup de résultats. Selon le porte-parole de la Maison Blanche, M.Scott McClellan, M. Bush a félicité son homologue congolais pour son engagement en faveur de la réconciliation, d'élections libres, et de sa volonté de s'occuper des abus en matière de droits de l'homme et de corruption.
Ce qu'il faut souligner ici, c'est que Washington n'est pas le seul dans cet élan, parmi les partenaires de premier plan de la RDC, à s'investir pour la reprise de la coopération et la renaissance d'un pays longtemps isolé sur la scène internationale. Bien que tous ces programmes soient tributaires du respect des règles du jeu définies par l'Accord global et inclusif de décembre dernier, les observateurs à Kinshasa se félicitent du fait que les engagements américains viennent en réalité confirmer ceux de l'Union européenne en termes d'appui à la réunification, de soutien aux nouvelles institutions, de réforme de l'armée et de la fonction publique, de la démobilisation et de la réinsertion des enfants soldats, d'appui à la réforme des entreprises publiques, etc. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne sont pas en reste dans le cadre du PMURR, de la lutte contre la pauvreté et de la réunification du pays en cette période post-conflit.
La Belgique en tête du peloton En tête du peloton des pays membres de l'Union Européenne qui ont clairement affiché leur ambition d'appuyer les efforts des Congolais pour la renaissance de leur pays, il y a la Belgique. Dernière preuve en date, la signature, début octobre, par le ministre de la Coopération M.Verwilghen, de trois conventions de développement: 10 millions d'Euros dans le cadre de l'appui aux initiatives des communautés de base pour les villes de Kisangani (3mio), Kindu (1.5 mio), Bukavu (1.5 mio), Bunia (1.5 mio), ainsi que 2.5 mio pour l'assistance technique; 5 millions d'Euros pour l'appui à l'enseignement primaire et 5 autres millions comme fonds d'experts pour appuyer les différentes réformes engagées par les autorités congolaises.
Les conventions signées début octobre 2003 sont ainsi venues consolider la série signée en juillet 2001 par le Premier ministre belge, M. Guy Verhofstadt, et le général-major Joseph Kabila. Il s'agissait à l'époque des conventions relatives au Fonds social urbain de la ville de Kinshasa, avec 97 micro-projets déjà financés entre avril 2002 et octobre 2003; des conventions pour les réhabilitations électriques; des conventions pour les routes de desserte agricole et pour le soutien aux initiatives locales de développement.
Coopération riche et diversifiée Dans une récente interview au Phare, l'ambassadeur de Belgique en RDC, M. Renier Nijskens, avait indiqué que cet activisme belge visait à donner un véritable signal de solidarité à des populations éprouvées et pour appuyer la réunification du territoire où tous les Congolais devraient pouvoir participer au développement de leur pays de la même manière, où qu'ils se trouvent. En passant, M. Nijskens avait confirmé la nouvelle approche de la Belgique en rappelant que depuis la signature des conventions de juillet 2001 et avant la signature de celles d'octobre 2003, Bruxelles avait initié des aides dans d'autres domaines: appui au programme de lutte contre la trypanosomiase d'un montant de 12,2 millions d'Euros; appui au programme national de lutte contre le VIH/SIDA d'un montant de 5,6 millions d'Euros; appui à la réforme de la fonction publique pour un montant de 4 millions d'Euros.
Revenons aux Conventions pour la réhabilitation des infrastructures électriques pour rappeler que trois projets majeurs étaient au programme. D'abord le projet Tshopo de la centrale de Kisangani, dont le contrat confié à la société ACEC est en voie d'exécution, le matériel fabriqué en Belgique ayant été réceptionné à Kinshasa courant juillet dernier. Le deuxième projet concerne la rénovation du réseau moyenne tension/basse tension de Kinshasa. Confiés à la société Sodimel, les travaux avancent de manière satisfaisante, indique-t-on, dans la mesure où la construction des cabines est pratiquement achevée, et où les délais d'exécution devraient être respectés en dépit des difficultés administratives liées au dédouanement des équipements. Quant à la centrale de Kananga, également confiée à la société SODIMEL, le matériel réceptionné chez ABC à Gand est déjà arrivé au chef-lieu du Kasaï Occidental où il est encore bloqué sous douane. Tous comptes faits, estime-t-on, le délai de juin 2004 devrait être respecté.
Pour ce qui est des routes de desserte agricole, les différents projets retenus concernent la réhabilitation et l'entretien des routes rurales dans le Bas-Congo et le Kasaï Oriental. Dans le Kasaï Oriental, on peut citer le tronçon Lukalaba-Kasansa déjà terminé, sous le régime de la méthode de haute intensité de main d'ouvre, depuis juillet dernier. Dans le Bas-Congo, plusieurs tronçons étaient retenus pour la réhabilitation, notamment dans les territoires de Luozi et de Songololo.
Appui aux communautés de base S'agissant des projets Appui aux Initiatives Locales de Développement, il faut signaler qu'ils étaient jusque là uniquement opérationnels dans les cinq provinces non occupées: Kinshasa, Kasaï Occidental, Bas-Congo, Katanga et Bandundu. Au total, explique M. Walter Bresseleers, Coordinateur Principal de l'AILD, environ 275 micro-projets ont déjà été mis en ouvre. Le deuxième volet de ce projet, qui entre dans le cadre de la réunification du pays, va se déployer dans les villes de l'Est jusque là non couvertes par le projet initial à cause de la guerre qui sévissait dans cette partie du pays. Il s'agit des villes de Kisangani, Bunia, Kindu et Bukavu. Ce deuxième volet du projet AILD va mobiliser près de 10 millions d'Euros. Plusieurs secteurs de l'activité gouvernementale, notamment la santé primaire, l'éducation de base, l'eau et l'assainissement, le drainage, la voirie, les activités génératrices de revenu, la diversification et l'intensification agricole, la transformation des produits agricoles, la production animale, la pêche et le soutien aux groupes vulnérables, sont concernés avec, dans le rôle de coordination, le ministère du Plan.
Bref, la spécificité de la coopération belge aujourd'hui est d'être diversifiée mais, surtout, de toucher les populations là où elles vivent en suscitant des activités créatrices et en soutenant les initiatives de développement à la base. Si on y ajoute l'appui de la Belgique au PMURR, il va de soi qu'en dépit de la lecture qui est faite de cette coopération de part et d'autre, sous le prisme des calculs politiciens, tout bien considéré, Bruxelles reste le partenaire dont l'approche investit dans la sensibilité et la solidarité, en puisant dans la richesse, l'intensité et la diversité des liens historiques qui ne se sont jamais démentis dans les cours des deux peuples. La question est de savoir, de part et d'autre, éviter que des calculs politiciens ne viennent déranger un élan de plus en plus salué dans le pays profond, si content de revivre cette coopération de proximité qui est au cour des rapports belgo-congolais.
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