Désiré-Israël Kazadi
11 Novembre 2003
Kinshasa — Rentré depuis vendredi à Kinshasa en provenance du Katanga, Jean-Pierre Bemba entend reprendre incessamment son bâton de pélerin pour les autres provinces répertoriées dans son agenda de travail.
Mais à l'étape de Lubumbashi où il a séjourné pendant 6 jours, soit du mercredi au vendredi, le vice-président de la République en charge de la commission économico-financière, dans le cadre d'une visite de travail, est allé tâter le pouls des grandes entreprises, jadis pourvoyeuses de recettes publiques. D'abord à la Générale des Carrières et des Mines, et ensuite à la Société nationale des chemins de fer.
A l'étape de la visite du "poumon économique" aujourd'hui un géant au pied d'argile, Jean-Pierre Bemba, à la tête d'une forte délégation constituée des ministres du Commerce extérieur, de l'Economie, de l'Industrie, des Mines et du vice-ministre au Portefeuille, à laquelle s'est ajouté le conseiller économique principal du chef de l'Etat, se fait expliquer le fonctionnement de l'entreprise. Au regard de "la baisse du cours du métal rouge liée au contexte international, du déclin de la production dû à des difficultés d'approvisionnement, du vieillissement des infrastructures de production et de transport et de la hausse des coûts du matériel importé", Jean-Pierre Bemba a la solution : la restructuration de cette société d'Etat.
Au nom du gouvernement devant "soutenir les efforts destinés à relancer les activités de la Gécamines", le vice-président a indiqué que la commission économique et financière "appuie la restructuration en cours, avec le concours de la Banque mondiale. Restructuration qui vise, selon lui, à assurer "la création d'une nouvelle structure destinée à relancer la production, le financement de cette nouvelle structure et la mise en place d'un plan social pour le personnel assaini ou retraité". Pour lui donc, la réalisation de cet objectif passe irrémédiablement par "une gestion optimale des ressources humaines et financières". Avant de faire remarquer que "les résultats modiques observés au premier semestre de l'exercice en cours démontrent à suffisance que les actions à mener doivent se concentrer sur l'obtention des capitaux frais...". Toujours dans la perspective de restructuration de la Gécamines, et en rapport avec la demande de soutien financier que la Gécamines a adressée au gouvernement et à la Banque mondiale, Jean-Pierre Bemba a fait savoir que sa commission avait chargé le ministère du Portefeuille de soutenir la requête "particulièrement pour ce qui touche au volet destiné à soulager tant soit peu le passif social de l'entreprise". S'adressant au comité de gestion et au personnel de la Gécamines après une visite d'inspection, Jean-Pierre Bemba a porté à la connaissance de ses hôtes que la mission gouvernementale avait tenu informée la commission économico-financière des difficultés que rencontre l'entreprise. Notamment, a-t-il indiqué, la concurrence déloyale que les exploitants miniers artisanaux du Katanga livrent à la Gécamines et les perturbations résultant des départs volontaires en retraite des travailleurs dans le cadre de l'assainissement en cours du personnel. La Gécamines peut compter sur l'Etat pour trois raisons, à en croire Jean-Pierre Bemba. Primo, pour la poursuite de l'assainissement de ses finances, notamment par le règlement des créances croisées, en vue d'attirer les partenaires extérieurs et d'accéder aux mécanismes des financements extérieurs; secundo, pour la définition correcte des règles du jeu en matière des activités des exploitants miniers artisanaux du Katanga et enfin tertio, pour le redémarrage des activités de la Gécamines et le retour de sa contribution au Produit intérieur brut du pays. A ce sujet, l'hôte des Lushois a rassuré l'assistance que le gouvernement mène une politique d'encouragement des investissements dans le secteur minier dans une optique de partenariat entre le secteur privé et l'Etat, et cela, dans le respect des intérêts mutuels. S'agissant des arriérés de salaire estimés à 30 mois, Jean-Pierre Bemba a invité M. Georges Forrest, exploitant de l'entreprise Stl, à verser la part financière destinée à la Gécamines, dans le cadre de joint venture, non plus à la Reconstruction comme auparavant mais bien à la caisse du géant minier.
Jeudi, Jean-Pierre Bemba et sa suite s'était rendus à Musoshi, site d'extraction du cuivre et du cobalt, mis en valeur par la Sodimico sur financement japonais avant de rejoindre la cité de Kasumbalesa, frontalière avec la Zambie par hélicoptère. C'est par la même mobilité que la délégation a regagné les villes de Likasi et Kolwezi. Après cette étape, la délégation kinoise a mis le cap sur la Sncc.
A l'étape de la Sncc
S'adressant - comme à la Gécamines - au gouverneur de province, au Maire de la Ville et au conseil d'administration de la Sncc, Jean-Pierre Bemba a, d'emblée indiqué que face l'étendue de notre pays, "il est inconcevable d'envisager un développement économique durable sans un réseau maillé des voies ferroviaires. "Sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny", phrase-fétiche de l'explorateur Stanley que Bemba a brandie comme d'actualité dans notre pays au regard du rôle intégrateur que joue la société d'Etat. "...je vois aujourd'hui la Sncc comme une société destinée à cimenter l'unité nationale grâce à sa présence dans 5 provinces sur 11 que compte notre pays...".
Mais si la Sncc ne sait pas servir convenablement le pays, c'est notamment, a relevé Bemba, à cause de "la non exploitation du réseau des provinces de l'Est et du Nord-Est depuis le début de la guerre, l'absence du patrimoine propre à la Sncc limitant les mécanismes des financements extérieurs indispensables pour la relance de ses activités, les ponctions importantes opérées par les régies financières, et enfin le non recouvrement des dettes dues par l'Etat et la Gécamines". Les esquisses de solutions plus ou moins durables, a indiqué le vice-président de la République, devront passer impérativement par " l'assainissement de l'exploitation, le re-calibrage des ressources humaines, une re-capitalisation de la Sncc destinée à réhabiliter l'outil de production, la sous-traitance des activités n'ayant pas un lien direct avec l'objet social de l'entreprise et l'ouverture, enfin, l'exploitation des réseaux Est et Nord délaissés depuis le début des conflits". Enfin, Jean-Pierre Bemba s'est rendu, plus tard à la Fédération des entreprises du Congo où il s'est adressé au patronat provincial. Globalement, le patron du secteur économico-financier congolais a reconnu qu'incontestablement, la stabilité politique et institutionnelle est une condition sine qua non de la relance de l'activité économique. S'adressant à un auditoire composé du gouverneur Aimé Ngoy Mukena et autres membres de la Fec, Jean-Pierre Bemba a épinglé les principales difficultés qui frappent, selon lui, le monde économique katangais. C'est le cas de l'absence d'intermédiation financière et la désarticulation du système bancaire. Avant de constater que le décret du 28 mars 2002 limitant à quatre le nombre des services publics aux frontières est violé, rappelant au passage que "seuls l'Ofida, l'Occ, la Dgm et le service d'hygiène publique sont habilités à prester aux postes frontaliers. Bref, pour Bemba, six problèmes freinent l'essor de la province : "manque criant d'infrastructures de transport, multiplicité de taxes et de tracasseries administratives, désintermédiation financière et désarticulation du système bancaire, coût élevé de l'énergie et du transport et poids de la dette publique".
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