Le Journal de l'Economie (Dakar)

Afrique du Sud: Notes d'Afrique du Sud : le pays de Mandela veut tirer le reste du continent

Fayol Dioum Tall - Fayoldtall@yahoo.fr - Djibril Diop - Djibrilmdiop@hotmail.com

10 Novembre 2003


analyse

Dakar — L'Afrique du Sud, c'est bien sûr la légendaire figure de Nelson Mandela, héros d'un autre temps qui plane sur une scène politique internationale dominée par des nains. C'est la pandémie du Sida qui y fait des ravages à nul autre pareil et les dénégations si peu subtiles du président Mbéki. C'est aussi les bafana bafana, les Springboks qui peinent à retrouver leur lustre du milieu des années 90 comme si leurs succès passés étaient liés à l'ère Mandela. Mais, l'Afrique du Sud, c'est surtout la première économie d'un continent qu'elle s'efforce de tirer vers le haut. Arrêt sur images.

- 1- La Bourse de Jo'Burg veut sortir le continent de l'isolation

Johannesburg est sans conteste la première place financière du continent africain. La capitalisation atteint la bagatelle de 208 milliards de dollars (124.800 milliards de francs CFA) à la fin du mois d'août 2003 pour 430 entreprises cotées. Pour comparaison, la capitalisation de la Bourse régionale des Valeurs mobilières de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (BRVM) qui regroupe huit pays tourne autour de 950 milliards de francs CFA, obligations comprises. Les autres places financières du continent ont tout intérêt à tirer profit de l'expérience et de la qualité des infrastructures de Jo'Burg. C'est le moment car le Johannesburg Stock Exchange veut jouer un rôle majeur à l'échelle du continent. La bourse vient de lancer un projet de tableau panafricain. Cette initiative vise à encourager les flux de capitaux vers le continent africain en offrant aux détenteurs de capitaux un point centralisé. On pourrait retrouver sur ce tableau les meilleures valeurs du continent comme Ashanti Goldfields ou encore Sonatel. Cette initiative va contribuer à améliorer la crédibilité des bourses intervenantes. Pour l'heure, le Ghana, le zimbabwe, la Namibie et la zambie sont sur la ligne de départ. Tentative de caporalisation des autres bourses africaines ? Non répond Mme Nicky Newton-King, directeur général adjoint de la JSE " Chaque bourse va continuer à fonctionner selon ses propres règles, percevoir ses commissions selon ses propres modalités. Il ne s'agit pas pour nous de faire de l'argent, mais simplement de rendre visible le continent sur les marchés de capitaux internationaux ". A la différence de l'Afrique du Sud qui dispose d'une bourse de classe mondiale avec une infrastructure de télécommunication de qualité, les marchés financiers de la plupart des s pays africains sont nouveaux, généralement instables et dotés d'infrastructures de télécommunication de qualité médiocre. C'est dire que l'initiative de la JSE arrive à son heure. Les bourses du continent, à l'instar de la BRVM, sont invitées à se joindre à ce projet qui leur donne l'opportunité d'avoir une fenêtre sur le monde.

2- Transformer la société par la croissance

Le débat sur la croissance est partout. Tout comme le Sénégal qui réfléchit à une stratégie de croissance accélérée depuis quelques mois, l'Afrique du Sud cherche aussi à donner un coup de fouet à son économie. A la différence du Sénégal cependant, la réflexion a été lancée par le secteur privé. La famille Oppenheimer, l'une des plus riches du pays, connue dans le monde du diamant à travers les sociétés De Beers et Anglo-American vient de lancer une initiative pour porter la croissance à 6%. L'Initiative Brenthurst appelle le gouvernement à accorder des incitations fiscales à l'industrie sud-africaine pour lui permettre de créer des emplois et contribuer à une redistribution des cartes, notamment au profit de la majorité noire, encore laissée pour compte du processus de développement économique. Cette initiative a été proposée au terme d'une année de recherche menée par le cabinet Bain & Co. Et ce n'est pas du toc. Les arguments sont chiffrés. On y parle de compétitivité, de productivité en tenant compte de l'environnement international. " C'est un stimulant pour un débat pour le futur de ce pays " a déclaré le président Thabo Mbéki en recevant cette initiative fort ambitieuse. Selon Jonathan Oppenheimer, l'un des héritiers de la famille, l'initiative est un moyen pour reconcilier deux impératifs : la croissance économique et la transformation économique. A son avis, la transformation sociale ne doit pas être un facteur de risque, mais un facteur de croissance. Les incitations fiscales seront-elles suffisantes ? Non, pensent certains experts qui citent les nombreuses études démontrant l'inefficacité des incitations de ce type. D'autres s'inquiètent des risques d'évasion fiscale. Le plus important est qu'un débat de qualité est en cours. Et c'est le secteur privé qui en est à la base.

3. Coup de cour : Strive Masiwiya, le petit génie du mobile

Strive Masiwiya ? Ce nom est inconnu en Afrique de l'Ouest francophone. En Afrique australe, c'est une référence et un motif de fierté. Ce bonhomme donne des sueurs froides à Vodacom, l'une des sociétés les plus puissantes au monde. Strive Masiwiya est en effet le patron d'Econet Wireless International, une des sociétés de téléphonie mobile les plus dynamiques du continent. La société tient tête à Vocdacom sur les marchés anglophones du continent. Elle est aujourd'hui présente au Lesotho, en Afrique du Sud, au Botswana, au Zimbabwe, au Nigeria, au Maroc, en Angleterre et en . Nouvelle Zélance. Ce Zimbabwéen d'origine a en effet compris très tôt le potentiel du mobile en Afrique. Dès 1993, il demande une licence dans son pays d'origine. Non, lui répond-on car c'est un monopole de l'opérateur public. Comment peut-on avoir un monopole sur quelque chose qui n'existe pas, répond le jeune ingénieur qui n'hésite pas à saisir les tribunaux. La bataille juridique va durer plus de cinq ans. L'homme n'est pas peu fier de ce qu'il a réalisé. " Nous avons lancé le pré-payé avant Vodacom en Angleterre " se plaît à rappeler le patron d'Econet. " Nous y avons pensé avant eux, puisqu'en Afrique, nous avions des problèmes pour trouver l'adresse de nos propres clients ". Econet a développé un service dénommé " News on demand " au profit de la BBC qui a été franchisé et vendu à d'autres opérateurs. Mais le plus charmant chez cet homme, c'est son ambition et sa vision. " Dans quelques années, nous voulons être aussi gros que Vodaphone ou Orange " explique t-il. Sur quoi fonde t-il cet optimisme. Premièrement, " ces gens n'ont pas inventé la technologie qu'ils utilisent. Je suis allé voir Ericsson et leur ai demandé si je pouvais avoir accès à la même technologie que ces gens-là : si vous payez, bien sûr m'ont-ils répondu ". Deuxièmement, " ceux qui gèrent ces entreprises sont allés à Princeton, Cambridge, tout comme de nombreux jeunes africains, je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas aussi bien ". Et oui, pourquoi pas ?

4. Convergence budgétaire

Le pays de Mandela a fait le choix de l'Afrique. Les autorités monétaires sud-africaines pressent pour la convergence budgétaire. L'Union africaine prévoit une union monétaire à l'horizon 2021 avec l'introduction d'une monnaie unique sur le continent. Où en sommes nous ? Selon M. Tito Mboweni, la croissance économique a été de 3,1% en 2002, ce qui n'est pas si mauvais au vu des performances de l'économie mondiale. L'inlflation est ressortie à 9,3%. Le déficit budgétaire est de 2,7%, ce qui s'explique par le fait que de nombreux pays sont sous programme d'ajustement avec le Fonds monétaire international. Le revers de la médialle n'est pas des plus rassurants. Le déficit de la balance des paiements est estimé à 10,5 milliards de dollars pour toute l'Afrique subsaharienne. Le ratio de la dette rapporté au Produit intérieur brut est de 63,5%. Mais surtout, le commerce intra-africain n'a été que de 8% en 2001. C'est un obstacle de taille à l'intégration et à la stabilisation du déficit courant. L'objectif est-il à portée de main ? Selon le gouverneur de la Réserve fédérale sud-africaine, la monnaie unique passe aussi par des banques centrales indépendantes. Il insiste sur le fait que " cette union économique dépendra de la démocratie, de la paix et de la stabilité. Il ne peut y avoir d'intégration alors que les gens se battent et s'entretuent " note M. Mboweni. La transition démocratique exemplaire en Afrique du Sud qui a vu ce pays passer d'un système abject d'Apartheid à une démocratie de premier rang peut toujours servir d'exemple. Seulement, il n'y a pas des Mandela à tous les coins de rue. Comme quoi, on en revient toujours au Grand Homme.

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