Le Journal de l'Economie (Dakar)
Mbaye Thiam
27 Octobre 2003
Dakar — La faim sera un mauvais souvenir cette année dans le monde rural sénégalais. Après deux campagnes agricoles successives désastreuses, 2003 promet de battre des records de production grâce à une pluviométrie qui s'est bien installée dans le temps et dans l'espace.
Les paysans sénégalais peuvent enfin pousser un ouf de soulagement. Après deux année consécutives marquées par une baisse vertigineuse des récoltes, "la campagne agricole 2003-2004 sera une campagne de grande production", a déclaré M. Latsoukabé Fall, le directeur de l'Agriculture au cours d'une recnontre avec la presse, mardi dernier, 22 octobre 2003.
Pour le directeur de l'Agriculture, des records de rendement et de production seront battus. Certes, les résultats définitifs ne sont pas encore disponibles mais les résultats provisoires sont déjà prometteurs. Pour la production du mil, les prévisions de la campagne portent sur 900.000 ha de surfaces mises en valeur, pour un volume minimal de production de 540.000 tonnes, soit 30,18% d'augmentation par rapport au résultat de la campagne écoulée. Les prévisions d'emblavures du sorgho par contre sont légèrement inférieures aux résultats de la dernière campagne et portent cette année sur une surface de 190.000 ha pour une production attendue à 152.000 tonnes contre 117.000 tonnes en 2002-2003. Ce qui fait une augmentation de 29,91% en valeur relative. Le maïs quant à lui, réalise une très forte progression, tant sur le plan des aires que sur celui de la production, dans la perspective de satisfaire la demande nationale en croissance constante. Ainsi, pour la campagne 2003-2004, les superficies emblavées sont évaluées à 160.000 ha, contre 108.114 réalisés en 2002/2003, soit une progression de 51.886 ha en valeur absolue et 48 en valeur relative. La production est prévue à 500.000 tonnes pour un objectif de production de un million de tonnes. Selon le directeur de l'Agriculture, les rendements moyens pour les semences locales et hybrides tournent autour de 6,25 tonnes à l'hectare, grâce à l'utilisation d'un paquet technologique selon. Le niveau de production représenterait un bond de 1.144,21% par rapport à la campagne agricole précédente qui avait enregistré 80 372 tonnes.
Mais pour M. Latsoukabé Fall, la production de maïs pourrait encore augmenter car les estimations ne tiennent pas compte des possibilités d'emblavure prévue en contre-saison froide et pendant la décrue au niveau de la vallée du fleuve Sénégal qui va s'étaler de novembre à mars.
S'agissant de la production rizicole, les prévisions de production et d'emblavure dépassent celles de la campagne passée. Elles sont établies à 300.000 tonnes contre 172.395 tonnes, soit une hausse de 74%, pour des superficies de 100.000 ha contre 76.025 ha soit 31,54% d'augmentation. Et la production de cette année est légèrement au-dessus de la moyenne des cinq dernières années qui est de 220.000 tonnes.
Au total, pour cette année, les superficies occupées par les céréales sont estimées à près de 1,3 million d'hectares, contre 1,2 million ha pour la campagne 2002-2003, soit une augmentation de 7,84%. La production totale est attendue à 1,466 million de tonnes et expriment une forte progression de 680.604 tonnes en valeur absolue et de 86,66% en valeur relative.
Mais pour le directeur de l'Agriculture, la production céréalière pourra atteindre la barre de 1,5 million de tonnes, production jamais égalée de puis les indépendances alors que les besoins annuels sont estimés à deux millions de tonnes de céréales. AACette performance devrait donc se traduire par une baisse des importations coûteuses de riz, selon M. Fall.
Concernant la diversification des cultures, un développement a été enregistré, selon le directeur de l'Agriculture et concerne les pastèques, le sésame, la patate douce et le manioc. Pour le cas spécifique du manioc, ce produit bénéficie de l'aide de la FAO pour la production de boutures afin de vulgariser sa culture dans certaines localités où elle s'y prête comme à Fatick, Louga et Thiès.
Pour cette année, la production de niébé devrait attendre 70.000 tonnes alors qu'il était de 41 000tonnes l'année dernière. Dans le cadre du Programme d'urgence de relance des cultures vivrières pour la campagne agricole 2003-2004, le niébé, le fonio et le gombo font l'objet d'une attention particulière.
Pour ce qui est de l'arachide d'huilerie, les prévisions de production portent sur 543.140 tonnes contre 260.733 tonnes lors de la précédente campagne, avec des superficies de 543.000 ha contre 813.730 ha l'année précédente. Ce qui correspond à une augmentation en valeur relative de 108,31% de la production, imputable à une amélioration des rendements de 206,25% par comparaison aux résultats de l'année passée qui était 320 kg/ha contre 980 kg/ ha pour cette présente campagne.
A l'image des autres cultures, le coton connaît lui aussi une progression à la hausse. D'après les recensements effectués par la Sodefitex sous la supervision de la Fédération nationale des producteurs de coton (FNPC), le plan de campagne pour le coton finalisé et validé porte sur une superficie de 48.000 ha contre 35.478 ha, soit une hausse de 35,29%. Sur la base d'un rendement moyen de 1.100 kg/ ha, l'objectif de production porte sur 52.800 tonnes contre 39.000 tonnes. Ce qui correspond à une progression en valeur relative de 35,38%.
Grâce à une pluie généreuse (encadré)
Les bonnes performances de l'agriculture ont été rendues possibles grâce à une bonne pluviométrie, bien répartie dans le temps et dans l'espace. Pour cette campagne, le démarrage de la saison pluvieuse a commencé par une pluie supérieure ou égale à 20 mm pour le sud du pays, 15 mm pour le nord et dans chacun des cas, aucune pause pluviométrique de 15 jours n'a été observée. La saison des pluies a démarré dès la première décade de juin avec des pluies variant entre 20 et 50 mm dans les zones du sud du pays et certaines localités de l'Est. La deuxième vague est intervenue dans la deuxième décade de juin et a intéressé les départements de Tamba, Kaolack, Nioro et Foundiougne. Dans les dix derniers jours du mois de juin, la moitié sud était suffisamment arrosée pour permettre le démarrage de semis en humide des cultures vivrières surtout. Dans la zone cotonnière du pays comme Tamba, Vélingara et Kolda, des semis précoces de coton ont été effectués dans le courant du mois de juin et au début de juillet.
Enfin pour la partie nord du pays, seules les localités de Saint-Louis, Dagana et Podor ont connu un démarrage légèrement en retard de la saison pluvieuse entre la deuxième et la troisième décade de juillet. Dans l'ensemble du pays, il n'y a pas eu d'interruption des semis par cause pluviométrique. Cette bonne installation spacio-temporelle des pluies a permis un bon développement des végétaux. Dans la moitié sud du pays, une bonne levée des cultures a été notée avec des densités jugées correctes pour le mil, l'arachide, le coton et le maïs. Des levées dans certains départements du centre ont connu une certaine pause pluviométrique variant entre 10 et 15 jours. Les départements concernés sont Bambey, Thiès, Tivaouane, Diourbel et Mbacké. Avec cette pause, une invasion des sauteriaux a été constatée qui a causé des dégâts légers sur le mil, le sorgho et les terrains en jachère. Les localités les plus touchées sont Diourbel, Gossas et Mbacké. Pour éradiquer le fléau, les unités de la Direction de la protection des végétaux et les comités locaux villageois ont procédé à des traitements phytosanitaires. Un autre problème aussi déplorable, ce sont les inondations de certaines parcelles de mil, de sorgho, de bananeraies, de maïs et de coton dans les départements de Podor, Matam, Bakel, Kédougou, Tamba, Vélingara et Kolda. Selon un premier recensement, les superficies de culture inondées sont estimées à 2.786,3 ha.
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