Le Journal de l'Economie (Dakar)

Afrique de l'Ouest: Nicole Fontaine, ministre française de l'Industrie : "l'Uemoa est l'interlocteur privilégié de l'UE"

Entretien à Ouagadougou avec Amadou B. GUEYE

27 Octobre 2003


interview

Dakar — Madame Nicole Fontaine, ministre française déléguée à l'Industrie a effectué une visite de 24 heures à Ouagadougou où elle a rencontré les officiels burkinabè, dont le Président Blaise Compaoré. Elle en également profité pour élever, au nom du président de la République française, M. Moussa Touré, président de la Commission de l'Uemoa, au rang d'officier de la prestigieuse Légion d'honneur. Elle s'est prêtée ensuite de bonne grâce aux questions du Journal de l'Economie.

Madame la ministre peut-on savoir les raisons de votre visite au Burkina Faso ?

Je suis heureuse de venir dire au Burkina-Faso l'amitié de la France. Mais cette visite s'inscrit dans le prolongement de la visite officielle que j'avais effectué, en tant quePprésidente du Parlement européen au mois de janvier 2000. Parce qu'à mon élection à la présidence du Parlement européen, j'avais considéré un certain nombre de priorités parmi lesquelles la relation entre l'Union européenne et l'Afrique.

Et j'avais donc décidé de faire un voyage en Afrique, lorsque le président Moussa Touré m'a adressé une invitation pour le septième anniversaire de l'Uemoa. Par ailleurs, l'institution Uemoa m'intéressait beaucoup, dans la mesure où nous sommes très favorables au développement d'initiatives qui permettent de renforcer l'intégration régionale. Cette institution est en quelque sorte l'homologue de l'Union européenne, et donc l'interlocuteur privilégié pour le développement du partenariat économique entre les deux institutions.

Aujourd'hui, j'étais venue remettre la Légion d'honneur française au président Moussa Touré. Cette décoration honore l'homme, sa personnalité, mais aussi souligne encore une fois l'intérêt que nous portons à l'action accomplie par l'Uemoa, avec l'union douanière et une monnaie commune. Tout cela représente donc quelque chose qui mérite d'être souligné.

Mais le point de départ de l'Uemoa, c'était la monnaie alors qu'en Europe, l'union monétaire a été la dernière étape.

On a commencé avec la zone de libre circulation, ensuite est venue la monnaie. Et finalement, lorsque les Européens ont créé cette zone de paix, de liberté et de prospérité, ils ont finalement considéré que c'était aussi un espace de valeurs partagées. Je pense qu'il en sera de même pour l'Afrique de l'Ouest et que le même processus se déroulera sous nos yeux pour que la paix et la prospérité puissent s'y ancrer de façon irréversible.

Mais votre visite ne s'est pas arrêtée à la Commission de l'Uemoa.

Bien sûr, parce que l'autre volet de ce séjour concernait aussi le Burkina faso. Comme ministre française de l'Industrie, je suis très heureuse de constater que la coopération commerciale avec le Burkina est excellente, parce que nous sommes le premier partenaire commercial du Burkina avec une centaine d'entreprises françaises présentes ici. Cette coopération commerciale s'inscrit dans le prolongement d'une coopération politique et diplomatique. A cet égard, l'initiative du président Blaise Compaoré avec trois autres pays africains (NDLR : il s'agit du Bénin, duMali et du Tchad) pour l'abandon des subventions des producteurs du Nord sur le coton a été fortement appuyée par le Président Jacques Chirac.

Même si les choses n'ont pas pu se faire avec l'échec des négociations de Cancun, je sais que le président Chirac a l'intention de relancer cette question durant son voyage au Niger et au Mali. Et je peux vous dire qu'avec le président Blaise Campaoré, nous avons évoqué ensemble des pistes concrètes qui nous permettraient de reprendre ce problème et notamment la piste de la transformation industrielle du coton africain.

Justement, quelles formes revêtirait l'appui de la France pour la transformation du coton africain ?

La France apporterait un soutien fort et très appuyé et a l'intention de saisir les instances de l'Union européenne. Mais je laisse au Président Chirac le soin d'annoncer, dans quelques jours, les détails du projet français sur le coton africain.

La Légion d'honneur à Moussa Touré (encadré)

C'est à des "meilleurs amis de la France en Afrique", mais aussi en hommage à son "engagement en faveur de l'intégration économique africaine" que Madame Nicole Fontaine, ministre de l'Industrie, a remis à M. Moussa Touré, président de la Commission de l'Uemoa, la médaille d'officier de la Légion d'honneur française. La cérémonie s'est déroulée le 17 octobre 2003, au siège de la Commission, à Ouagadougou, durant la brève visite officielle de 24 heures que la ministre française a effectuée au Burkina Faso.

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