C.o.
12 Novembre 2003
interview
"La spiruline accroît les chances d'éviter la transmission mère-enfant du VIH", selon l'expert Vincent Guigon
Vincent Guigon, responsable technique d'Antenna technology, séjourne au Burkina Faso avec pour mission, d'intensifier la culture de la spiruline. Antenna technology est une structure franco-suisse spécialisée dans la culture de cette algue. Elle collabore depuis longtemps avec le Centre Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
Comment cultive-t-on la spiruline ?
La culture se fait d'abord en bassins de faible hauteur d'eau (20 cm de hauteur d'eau).
L'algue pousse très vite dans ces conditions. Ainsi, on arrive à une production supplémentaire de 20 % par jour. Cela veut dire que la quantité de spiruline mise en bassin double toutes les semaines.
C'est un des intérêts de la culture de la spiruline. Ensuite, elle est récoltée par filtration compte tenu du fait que ce sont des micro-organismes qui poussent par photosynthèse et qui sont de très petite taille. On obtient une espèce de boules vertes que l'on presse pour faire partir l'eau qu'elles contiennent. On les sèche pour les réduire en poudre qu'on conditionne dans des sachets.
Il n'y a pas de produits chimiques qui interviennent dans la culture de la spiruline ?
Tout dépend de ce qu'on appelle produits chimiques. Pour que la spiruline pousse, il faut qu'elle puise de la nourriture dans son milieu qui est l'eau. Donc, elle a besoin de carbone, d'azote et d'un certain nombre d'autres éléments en plus petite quantité comme le calcium, le potassium, le fer, le phosphore, etc. Pour l'obtention de ces éléments, il faut lui donner du sel marin, du bicarbonate, puis un certain nombre de sels, de potassium et de magnésium sous forme de nitrate. Il lui faut également une source d'azote qui est la plupart du temps, l'urée.
Ce sont des produits naturels mais on peut dire aussi qu'ils sont chimiques.
N'importe qui peut-il cultiver la spiruline au Burkina ?
Non. Bien sûr, on peut imaginer de petites cultures que j'appellerai cultures villageoises, c'est-à-dire qu'une famille ou un village peut décider de la cultiver.
On a quelques exemples qui ont été positifs. Par contre, on n'a pas mal d'exemples négatifs. C'est quand même une culture délicate, demandant pas mal de soins.
De ce fait, il peut y avoir des accidents de parcours dans sa culture.
Elle peut brutalement tombée malade, elle peut arrêter de croître, elle peut avoir un problème d'excès ou de manque de soleil, etc.
Donc, il faut une formation initiale non négligeable pour la cultiver.
D'aucuns affirment de façon empirique que la spiruline lutte contre le Sida. Qu'en dites-vous ?
Il faut faire très attention à la façon dont on formule les choses. On a effectivement prêté plein de qualités et de vertus à la fois nutritionnelles et thérapeutiques à la spiruline.
Concernant le Sida, je dirai que comme la spiruline a pour effet d'accroître les défenses immunitaires de l'organisme, il est vrai qu'elle peut aider un organisme infecté par le virus à se défendre contre les maladies opportunistes. Vu de cet aspect, elle peut contribuer à aider la personne infectée à mieux se porter. Mais elle ne guérit pas le Sida.
Par contre, il y a une composante dans la spiruline qui aide à ce que le virus ne soit pas transmis de la mère à l'enfant. Si la femme séropositive enceinte utilise la spiruline, elle accroît les chances d'éviter de contaminer son enfant.
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