Younes Hamidouche
12 Novembre 2003
opinion
L'ambition de réformer les structures et le fonctionnement de l'Etat, affichée durant la mandature du président de la République en place parmi tant d'autres chantiers (justice, système éducatif ), est-elle arrivée à saturation avant même que les premiers éléments de changement ne soient encore visibles sur le terrain ?
Illustration est parfaitement donnée par le biais d'une grève qui tient en haleine non seulement le secteur concerné en premier, celui de l'éducation en l'occurrence, mais également l'ensemble du pays. Plus précisément par la gestion gouvernementale de cette situation dramatique pour des millions d'écoliers, collégiens et lycéens. Et ce n'est point par le recours à la centrale UGTA, via sa fédération de branche (FNTE), que l'Exécutif peut sauver aisément la face devant l'intransigeance et l'énorme capacité de mobilisation du duo de syndicats non reconnus, le Conseil national des professeurs de l'enseignement secondaire et technique (CNAPEST) et le Conseil des lycées d'Alger (CLA).
Subsiste-t-il des doutes et soupçons sur la poursuite des atteintes aux libertés, syndicales comprises, après ce que viennent de subir les représentants (CNAPEST et CLA) des enseignants et professeurs ? Le refus et le niet opposés par le ministère du Travail et le premier responsable de ce département Tayeb Louh, au CNAPEST et au CLA dans une démarche de légalisation apparemment nette et sans bavures suggère de la sorte un retour assumé des gouvernants vers davantage d'autoritarisme en faisant fi des rares acquis démocratiques qui restent aux Algériens après deux décennies de luttes à divers niveaux menées par différents acteurs de la société que seul l'espoir de voir se dérouler enfin des changements démocratiques dans leur pays guidait tout au long de leurs multiples et âpres combats.
Les syndicats autonomes du secteur de l'éducation, comme le sont d'ailleurs beaucoup de leurs semblables des autres domaines de la vie de la nation, sont clairement victimes du piétinement continu des lois de la république par les gouvernants eux-mêmes. En soulignant sa prédisposition à ester en justice le ministre de l'Education nationale, Boubekeur Benbouzid du RND, l'association des parents d'élèves à Alger crie sa colère contre «la prise en otages» de leurs enfants mais indique aussi que l'opinion publique algérienne en général sait faire la différence entre la légitimité d'un combat syndical et l'autoritarisme pourrissant du gouvernement. Un gouvernement dont le chef, Ahmed Ouyahia, n'a pas manqué d'affirmer publiquement son «bonheur» à traiter seulement avec l'UGTA. L'aberration se situe dans l'excuse avancée par lui, à savoir le cadre du «respect des lois du pays», un argumentaire peu crédible du fait que d'autres syndicats, pourtant représentatifs et légaux puisque détenteurs du fameux «agrément», n'ont jamais été associés par exemple à la tripartite, censée pourtant être un cadre pour le «dialogue social».
Alors, quel crédit accorder aux ambitieuses promesses des plus hautes autorités du pays d'oeuvrer à l'instauration d'un «pacte social» ? Pour le moment, aucun grain de crédit. On ne peut espérer, et c'est l'exigence autant que l'évidence, attendre qu'un gouvernement, emmuré et abusant de monopoles, mène le pays à la sortie de crise.
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